

(Rédaction Internationale) - La Russie, via son comité antiterroriste, a annoncé dans un communiqué avoir"annulé le 16 avril à 00H00 (20H00 GMT mercredi) l'ordre décrétant que le territoire de la république (de Tchétchénie) était une zone d'opérations antiterroristes". Les dizaines de milliers de soldats et de policiers russes quitteront donc la province, qui sera maintenant traitée au même titre que n'importe quelle autre région russe. Le géant soviétique prend ainsi acte de la relative stabilité de la république du Caucase, théâtre depuis le début des années 1990 de violents affrontements entre forces armées russes et rebelles tchétchènes.
Grozny, la capitale de la République tchétchène, champ de bataille entre soldats russes et rebelles indépendantistes (AFP/Michael Evstafiev)
Chronologie d'un conflit fratricide
Suite à la courte "indépendance"de la Tchétchénie après sa victoire dans la 1ère guerre l'opposant à la Russie en 1994, le Kremlin n'a eu de cesse de vouloir remettre la région sécessionniste dans les rangs. Après une série d'attentats meurtriers en Russie, attribués aux indépendantistes tchétchènes, en septembre 1999, Moscou bombarde Grozny et proclame un régime d'exception pour la république caucasienne. La Russie de Vladimir Poutine ferme alors les portes de sa province (les journalistes n'auront qu'un accès limité) et peut à tout moment y déclencher des couvre-feux, des barrages routiers, des perquisitions, des détentions et des exécutions. Le pays, isolé du reste du monde, a cependant retrouvé une certaine stabilité depuis 2002, les actes terroristes de la guérilla tchétchène s'étant fait plus rares, bien que toujours existants (notamment la prise d'otages de l'école de Beslan en septembre, ou celle du théâtre de la Doubrovka à Moscou en 2002).
Ramzan Kadyrov, un président aligné avec Moscou
Cette levée des "opérations antiterroristes"décidée par le président russe Dmitri Medvedev est perçue comme un hommage rendu par le Kremlin à la politique menée le président tchétchène Ramzan Kadyrov, qui a permis de réduire la rébellion séparatiste et islamiste. L'homme fort de Grozny gouverne d'une main de fer la région caucasienne et est souvent fustigé pour ses méthodes violentes et anti-démocratiques. Ramzan Kadyrov se félicite de la décision russe en soulignant le lourd tribut que chaque famille Tchétchène, dont la sienne, a dû payer pendant les opérations antiterroristes: "Nous avons longtemps attendu ce jour, en perdant tout ce qu'il y avait de plus précieux à nos yeux: nos parents, nos proches, nos maisons et notre patrimoine. Rien que notre famille a perdu 420 personnes depuis le lancement de l'opération antiterroriste en Tchétchénie."
La Tchétchénie doit maintenant se reconstruire
La population tchétchène, dont 10% a été tuée depuis 1994 (soit 100.000 personnes), n'a pas caché sa joie ni son émotion à l'annonce de la nouvelle. "Nous attendions cette journée depuis plus de 15 ans, notre peuple est fatigué de ces guerres, de ces meurtres (...) j'ai eu du mal à retenir mes larmes lorsque j'ai appris la nouvelle", a reconnu Akhmed Saïdoulaïev, un fonctionnaire de 45 ans. Le 16 avril a donc été déclaré journée de fête nationale. Le pays doit maintenant se reconstruire et profiter de sa nouvelle ouverture au commerce extérieur pour développer une économie régionale, pour l'instant soutenue à 90% par la Russie. Plus que les pressions internationales, la crise économique serait la principale raison du changement d'avis des responsables russes. Devant s'occuper des républiques voisines d'Ingouchie et du Daguestan en proie à des soulèvements islamistes, Moscou doit resserrer son budget. Aux Tchétchènes maintenant de trouver leur nouvel élan ?
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) lundi 20 avril 2009
En savoir plus
Dépêche AFP, La Russie annonce la fin du conflit en Tchétchénie, après presque 10 ans
Chronologie de l'Express, Chronologie de la Tchétchénie (1991-2008)
Article de Libération, La Russie annonce la fin de la guerre en Tchétchénie




































