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SOPHIE LELLOUCHE - Interview avec la réalisatrice de Paris-Manhattan

De passage à Melbourne, Sophie Lellouche a pris le temps de répondre aux questions de la rédaction. De la genèse d'un scénario original à l'influence de Woody Allen dans son travail et sa vie, la réalisatrice a tout raconté avec gentillesse et générosité.

Paris-Manhattan, en bref: Alice (Alice Taglioni) est une pharmacienne à la vie professionnelle réussie, mais sa famille s'inquiète de la voir encore célibataire. Lorsque son père (Michel Aumont) parvient à organiser une rencontre avec Victor ( Patrick Bruel), la question semble enfin réglée. Mais il faudra de nombreuses autres péripéties avant qu'Alice reconnaisse en Victor l'homme de sa vie...

LePetitJournal.com/Melbourne : Comment êtes-vous venue au cinéma ?
Sophie Lellouche : J'ai un parcours atypique. J'ai toujours rêvé de faire du cinéma mais sans savoir comment, ni sans me donner l'autorisation de le faire. A 25 ans, j'ai eu l'opportunité de rencontrer le réalisateur Claude Lelouch (aucun lien de parenté) et il a accepté de me prendre pour 8 mois en tant que stagiaire réalisatrice. A la fin du stage Lelouch m'a dit "Il faut que tu fasses tes films, lance-toi". Cela m'a donné l'autorisation "symbolique" de passer à la réalisation d'un court-métrage. Le film Dieu, que la nature est bien faite ! avec Gad Elmaleh et Clotilde Hesme s'est fait très vite. Gad Elmaleh, encore inconnu à l'époque, est devenu une star du cinéma français et on peut dire qu'il a "porté" mon court métrage. Puis, j'ai perdu confiance en moi et j'ai pensé que le passage du court au long métrage serait trop difficile. Alors, j'ai mis ça de côté, j'ai travaillé dans le commerce, fondé une famille.

Les années passant, je me suis dit que si je ne le faisais pas maintenant, je ne le ferais jamais. J'ai passé un concours de scénariste et j'ai été sélectionnée. Cela m'a donné un cadre et des outils pour écrire le scénario. Ça a été un long processus : 7 ans entre le début de l'écriture et la fin du tournage. C'était comme apprendre un nouveau métier. Une fois le scénario écrit, j'ai trouvé un producteur et le film s'est fait rapidement.

Vous avez dit que vous aviez des points communs avec le personnage principal, son manque de confiance par exemple. Est-ce que sa famille est aussi un peu à l'image de la votre ?
Pas vraiment - je n'ai pas de s?ur et ma mère n'est pas alcoolique (!). Mais le personnage du père est très proche de la réalité. Ce que j'ai gardé de mon histoire personnelle, c'est la faculté à s'investir dans la vie des autres : dans le film, à plusieurs reprises, certains personnage sont si inquiets pour les autres qu'ils envahissent leur espace privé ce qui pose la question : est-ce que par amour on a le droit de tout faire?

Parlons de Woody Allen qui est présent dans le titre et tout au long du film, qu'est-ce qui vous plaît le plus chez lui ?
C'est lui, à travers son cinéma, qui m'a donné le courage de passer à la réalisation. Il a un cinéma tellement optimiste, tout y est possible : devenir invisible, voler dans les airs, entrer dans un écran de cinéma. Il y a une imagination et une poésie sans limite et comme il s'autorise tout, je me suis dit "C'est génial, toutes les idées peuvent être bonnes. Je ne dois pas avoir peur de mon imaginaire". En regardant Play It Again, Sam l'idée de Paris-Manhattan m'est venue. Jeune, je rêvais d'être amie avec Woody Allen, j'aurais aimé l'appeler pour lui dire "J'ai tel problème, dans ma vie, ou mes amours" et avoir ses conseils. En regardant Play It Again, Sam, je me suis fait la réflexion que lui aussi avait besoin d'Humphrey Bogart, comme ami, pour séduire les femmes. Et c'est comme ça qu'est venu le scénario. (Dans Play It Again, Sam des scènes de films d'Humphrey Bogart sont montées à l'intérieur du film de Woody Allen, et ce dernier suit les stratégies de séduction que lui conseil son idole Bogart).

Est-ce que Manhattan (dans votre titre) est une allusion au film de Woody Allen ?
Non, pas le film mais c'est la ville de Woody Allen et donc je voulais engager une conversation virtuelle entre Paris et Manhattan. Deux esprits, celui de Woody Allen et celui d'Alice, mon héroïne, qui se rencontrent entre les deux villes.

Parlez-nous de la rencontre avec Woody Allen.
J'avais été l'écouter jouer de la clarinette au Carlisle à New York et ensuite je l'ai attendu à la sortie des artistes. C'est un homme d'une infinie gentillesse et générosité. Il m'a dit : "Envoyez-moi le scripte et je le lis". A partir du moment où il a dit "Oui", je me suis dit que ça avait dû le toucher. Il ne m'a donné aucun conseil, il m'a juste dit de me faire confiance et c'est ça que j'ai retenu de lui. Ça sera LA rencontre de ma vie car il m'a donné confiance.

C'est donc votre premier long métrage, qu'est-ce qui vous a le plus marqué ?
C'est une expérience unique que je garderai à vie. Il y a un enthousiasme, une magie particulière au premier film. Je repense à une conversation que j'avais eue avec Claude Lelouch dans laquelle il m'avait dit "Qu'est-ce que je vous envie, vous allez faire votre premier film, vous ne pouvez pas savoir ce que c'est, un premier film" et à l'époque je ne comprenais pas ce qu'il voulait dire. Malgré toutes les imperfections, j'ai vécu quelque chose d'unique et même si mon deuxième est cent fois plus réussi, ça ne sera pas la même chose.

Tous les acteurs, l'équipe technique, ont été fantastiques. Ils ont tous voulu participer à cette grande aventure. Patrick Bruel, par exemple, m'a donné le même enthousiasme que si ça avait été son premier film. C'était extraordinaire. Alice n'en parlons pas, tout le film repose sur elle. Je me sentais véritablement enveloppée de cette générosité et chacun me faisait bénéficier de son expérience. J'étais portée par une énergie commune qui était magnifique.

Quel est votre rapport avec la critique ?
La réalisation est un métier très difficile car à partir du moment où vous montrez votre film, vous avez des critiques. Mais aujourd'hui je me sens dans la création et dans ce processus là, la critique n'a pas vraiment d'importance. C'est ce que j'ai appris de Woody Allen. Il fait un film par an, parfois les critiques sont mauvaises mais il est déjà sur le prochain. En étant tout le temps dans le travail, vous ne vous arrêtez pas sur un point du temps. Même si vous êtes loué par la critique, vous savez à quel point c'est éphémère, vous pouvez avoir perdu la grâce la fois d'après. Donc, il n'y a pas de quoi être abattu quand vous faites un mauvais film, ou se sentir génial quand vous en faites un bon. C'est comme si il y avait quelque chose qui ne vous appartenait pas à 100%.

Votre impression de l'Australie ?
Je vais revenir ! Avec ma famille, j'espère à Noël prochain. J'ai trop envie de partager ça avec les gens que j'aime. J'ai adoré ce pays. C'est mon premier séjour et c'est trop court ; je pars avec cette envie de revenir très vite.
Propos recueillis par Edith Nicolas
(www.lepetitjournal.com/melbourne) vendredi 14 décembre 2012

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