

Des salariés mécontents, des patrons séquestrés, des usines bloquées, des préfectures saccagées, des élus inquiets? le climat social est très tendu dans l'Hexagone. Le marché de l'emploi étant de plus en en plus instable, les représentants salariaux sont prêts à tout pour limiter les licenciements. Les Français auraient-ils troqué leurs banderoles pour un manuel du parfait révolutionnaire ?
Des ouvriers de Continental mettent le feu à des pneus (AFP)
(Rédaction Internationale) - La crise financière, encore elle, n'en finit pas de chambouler son petit monde. A l'heure où le chômage fait un bond avec un taux qui avoisinera les 11 % d'ici à la fin de l'année*, les Français sont prêts à tout pour défendre leurs emplois, quitte à user de techniques radicales.
Séquestrer ou saccager ?
Sony, Scapa, 3M, Caterpillar, Molex ou encore Continental, les salariés de ces entreprises ont tous fait parler d'eux ces dernières semaines. Menacés de perdre leur travail, ils ont préféré choisir la méthode forte lassés du dialogue social traditionnel, qui se révèle souvent inefficace. Les deux dirigeants de l'équipementier automobile américain Molex sont les derniers en avoir fait les frais. Séquestrés depuis lundi soir par leurs salariés, ils ont finalement été libérés le lendemain, en échange de la promesse de négociations sur la fermeture du site de Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne) prévue pour mi-2009. Et dans le cas où on ne peut pas retenir de force son patron, on peut toujours s'en prendre directement à l'Etat. Les salariés de Continental, après avoir envisagé de mettre le feu à leur usine, ont saccagé mardi dernier les bureaux de la sous-préfecture de Compiègne après le rejet par le tribunal de Sarreguemines de leur demande de suspension ou d'annulation de la fermeture de l'usine de Clairoix, qui emploie 1.120 salariés.
Les élus UMP inquiets
Ces situations extrêmes font les choux gras de l'opposition, qui peut pointer du doigt l'inefficacité des mesures mises en place par le gouvernement, mais fait beaucoup moins rire les élus de la majorité. Eric Raoult, député UMP de Seine-Saint-Denis a pu constater "la dureté du regard des gens, plus froid et parfois directement hostile". Il avoue qu'aujourd'hui, "il n'est pas facile d'être sarkozyste. A défaut de bomber le torse, il faut assumer." Les tensions sont de plus en plus nombreuses et apparaissent souvent au niveau local, là où ces élus sont en première ligne et souvent impuissants face au désespoir grandissant de la population. « Les gens sont plus agressifs, moins patients, exigeants et irrités. Ils ne supportent plus grand-chose », explique Yves Albarello (Seine- et-Marne). "Il y a une société violente qui ressurgit, une inquiétude diffuse avec des cas ponctuels de désespoir", ajoute Marie-Anne Montchamp (Val-de-Marne).
Des mesures doivent être prises
La radicalisation des mouvements sociaux est proportionnelle à la montée de l'angoisse quant à l'incertitude du futur. Pour l'ancien chef de gouvernement de Jacques Chirac, Dominique de Villepin, "un risque révolutionnaire"existe bel et bien en France. Interrogé lors du Grand Rendez-vous (Europe 1/Le parisien-Aujourd'hui en France), l'ex-Premier ministre s'est inquiété de "cette situation difficile, voire dangereuse" et conjure le gouvernement de "passer à la vitesse supérieure".
Sans attendre des mesures de la part de l'Elysée, le président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises, Jean-François Roubaud, a encouragé "les patrons maltraités ou simplement menacés à porter plainte". "Si l'Etat n'intervient pas, un drame arrivera. On ne règle pas les problèmes de cette façon" a déploré le leader de la CGPME. La présidente du Medef, Laurence Parisot se fait toutefois plus mesurée quant à d'éventuelles plaintes suite à des cas de séquestration : "On ne peut pas avoir d'approche uniforme, unilatérale sur la question. Il y a le principe mais c'est au cas par cas que les choses peuvent se décider en matière d'éventuelles poursuites".
Si ces actes restent toutefois isolés et que l'on ne peut encore réellement parler de "révolution sociale", le désespoir et les frustrations des salariés ne risquent pas de s'atténuer de si tôt, 800.000 emplois devant être détruits en 2009 et 2010*.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) jeudi 23 avril 2009
* Prévisions de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)
En savoir plus
Voir notre article, SOCIAL ? Séquestrer son patron : c'est radical, et ça marche !
Article Les Echos, Sur le terrain, les députés UMP tentent d'apaiser les tensions sociales
Article de Libération, Villepin: il existe «un risque révolutionnaire en France»
Article du Figaro, Séquestrations : Parisot pour des plaintes au cas par cas
Article du Point, L'OFCE prévoit la destruction de 800.000 emplois en 2009 et 2010




































