Samedi 31 octobre 2020
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"U Aung Khin, Master of Colours" – Un livre à quatre mains

Par Catherine Soulas Baron | Publié le 14/05/2020 à 14:30 | Mis à jour le 21/05/2020 à 12:09
U Aung Khin, Master of Colours

Le livre ‘’U Aung Khin, Master of Colours” retrace l’itinéraire artistique et intellectuel du plus grand peintre moderne birman.

Une réalisation exceptionnelle qui permet de découvrir et comprendre, à travers 83 de ses œuvres (inconnues jusque-là du grand public) la peinture birmane du 20e siècle.

Le livre est le fruit de la rencontre et collaboration de trois femmes, deux Françaises et une Birmane, passionnées par l’Art : Marie-Pierre Mol, à la tête de la galerie d’Art Intersections à Singapour, Madeleine de Langalerie, ancienne directrice de TV5 en Asie et ChoCho Aung, fille de U Aung Khin, elle-même artiste. LePetitjournal.com s’est entretenu avec les deux auteures du livre, Marie-Pierre et Madeleine.

 

 

Madeleine, Marie-Pierre, comment vous êtes-vous rencontrées ?

Nous avons fait connaissance il y a quelques années, grâce à un ami commun photographe.  

Notre amitié est née, telle une évidence. Toutes les deux, nous vivons en Asie depuis plus de trente ans. Chacune de notre côté, nous nous sommes intéressées à la vie artistique du sud-est asiatique. Chacune de notre côté, nous avons mené des projets pour soutenir les artistes contemporains et les oubliés de l’histoire. Au Myanmar et à Singapour et au Cambodge où Madeleine a même réussi à faire venir Christie’s pour une vente de charité. Bourlingueuses, avec de nombreux amis communs, nous ne pouvions que nous rencontrer ! Il est clair que le livre n'aurait jamais vu le jour sans cette force qui nous lie.

 

Comment est né ce projet ?

Nous avions déjà travaillé ensemble de façon très enrichissante sur un projet de vente aux enchères en Birmanie qui, pour des raisons administratives, n’a pas vu le jour. Nous nous sommes promis de collaborer à nouveau sur le thème de l’Art.

Une magnifique opportunité sur un sujet passionnant s’est présentée avec la proposition de Cho Cho Aung, fille du peintre Aung Khin. Marie-Pierre avait été mise en contact grâce à l’intermédiaire d’une amie birmane commune. Cho Cho souhaitait publier un livre en anglais afin de divulguer au monde l’œuvre de son père. Lors d’une réunion organisée avec elle, en octobre 2018, nous avons découvert ce peintre talentueux. Le courant est tout de suite passé ; et nous nous sommes lancées dans l’aventure.

 

‘’U Aung Khin, Master of Colours” – Un livre à quatre mains

 

Pourquoi ce peintre ? Quelle est sa cote ?

Aung Khin est né avec de l’or dans les doigts. Il a vécu durant une période passionnante (1921-1996) qui a vu la naissance du nationalisme birman, l'accession à l'indépendance et la dictature militaire. Artistiquement parlant, il a été l’un des pionniers du modernisme birman. Son œuvre fait la jonction entre le classique et le contemporain. Elle témoigne aussi de sa recherche de l'identité birmane. U Ba Nyan, le plus grand maître birman de son temps fut son professeur. Aung Khin a aussi fondé une école de peinture toujours gérée sa fille. Il nous a paru immédiatement digne d’intérêt.

La fermeture hermétique du Myanmar pendant 50 ans, l’interdiction des publications en anglais par le régime ont abouti à une méconnaissance des artistes birmans et donc à un déficit de reconnaissance internationale. Nous espérons que la diffusion de ce livre lui procurera l’aura qu’il mérite.

 

En quoi le peintre rend-il hommage à la Birmanie ?

Toute sa vie durant Aung Khin s'est efforcé d'exprimer l'identité birmane. Il souhaitait que sa peinture sublime l’âme birmane.

 

Quelle est la place de la France dans ses œuvres ?

Aung Khin ne s'est jamais rendu en France. Cependant il connaissait les grands peintres modernes français : grâce à son professeur qui avait étudié à Londres et visité la France dans les années 1920 et grâce aux livres procurés par des amis diplomates. Il avait ainsi découvert les techniques introduites par les impressionnistes et les cubistes. Tout son génie a résidé dans l’élaboration d’un style très personnel, par sa palette (qui lui a valu le titre de Maître des couleurs) ses sujets et ses compositions.

 

u-aung-khin-master-colours

 

Comment votre travail s’est-il partagé ?

C’est un livre élaboré à quatre mains. Tout, de la conception à l’édition en passant par le choix des œuvres, le graphisme, les couleurs a été orchestré en commun, en totale harmonie.

Madeleine particulièrement intéressée par la vie romanesque d'Aung Khin et la personnalité de sa fille a naturellement rédigé l'introduction du livre. Les interviews des artistes birmans et leurs retranscriptions ont été conduites par Victor Paul Brang Tun, singapourien né au Myanmar, sous la supervision de Marie-Pierre. Leur appréciation de l'œuvre et de la contribution d'Aung Khin au développement du modernisme dans leur pays nous semblait essentielle.

 

Ce livre aurait-il pu être réalisé sans connaissance de l’Asie ?

Aung Khin a un talent immense et sa peinture est accessible à tous. Il sait jouer avec les couleurs et raconter dans ses tableaux la vie dans les villages et la vie sur les rivières de son pays.

Cependant ce livre n’aurait pu voir le jour sans notre longue et double expérience en Asie.

 

‘’U Aung Khin, Master of Colours” – Un livre à quatre mains

 

Quelles ont été les difficultés dans la réalisation du livre ? 

Cela a exigé un investissement considérable en temps et en argent. Une vraie course de fond avec des voyages incessants entre Singapour, la Birmanie et le Cambodge (où Madeleine réside) une recherche de sponsors, sans parler de la difficulté de ne pas parler la langue du pays ! Heureusement notre soutien mutuel a été le fil rouge qui nous a permis d’aller jusqu’au bout du projet.

 

Est-ce que le gouvernement birman est intervenu ? Y voit-il un intérêt ? 

À notre grand regret et malgré les introductions de l'Ambassadeur de France en Birmanie nous n'avons pas réussi à les convaincre.

 

Sentez-vous un intérêt des Birmans pour l’art et la peinture ?

La Birmanie a une tradition artistique très ancienne. La période du Royaume de Pagan, qui correspond au moyen-âge en Europe, fut un siècle d'or pour l'art birman. Comme dans toutes les civilisations, l'art a d'abord été un art religieux puis un art commissionné par le roi et son entourage. L'idée que la peinture peut décorer un intérieur privé a été introduite par les Anglais et les Birmans fortunés sont devenus collectionneurs. De façon générale, les Birmans sont très attachés à leur identité propre et à leur patrimoine culturel.  

 

Où se trouvent les œuvres ?

Sa famille détient plus de 250 œuvres réalisées entre 1937 et 1996, année de son décès. Le Singapore Art Museum et la National Gallery de Singapour en possède plusieurs. Certaines se trouvent aussi dans des collections privées birmanes et étrangères. 

 

Quelle est la date de publication de votre livre ?

Le livre est sorti hier, 14 mai.

 

D’après-vous, qu’aurait-il peint dans cette période de confinement ?

Aung Khin a vécu 50 ans en confinement ! Peut-être que le tableau de sa chambre (ci-après) en est la meilleure représentation. Pendant ces années il n'a cessé de célébrer la beauté de son pays et de rendre hommage à la vie simple de la Birmanie. Il a aussi démontré, bien avant internet, que l'on peut suivre ce qui se passe dans le reste du monde sans quitter son pays.

 

Le livre ‘’U Aung Khin, Master of Colours”

 

Pour plus d'information et pour commander ce livre cliquez sur ce lien  ou contactez Marie-Pierre Mol à art@intersections.com.sg 

"Le titre du livre, "Yaung Sin Aung Khin", est le surnom qui était donné à U Aung Khin par ses amis peintres (U exprime le respect et correspond à peu près à Monsieur en birman). La traduction est toujours un exercice difficile et la traduction du Birman l’est tout particulièrement car s’y ajoute l’exercice de translitération de l’alphabet birman à notre alphabet. De plus, le Birman est une langue poétique et imagée qui très souvent n’a pas d’équivalent dans notre langue. Yaung Sin Aung Khin fait référence au talent de coloriste d’U Aung Khin et à ses recherches sur la lumière et le spectre des couleurs. Nous avons  choisi de traduire Yaung Sin Aung Khin par Le Maître des Couleurs. Le graphisme de la couverture a été emprunté à une des oeuvres abstraites d’Aung Khin intitulée “Sound” et  illustre la remarque suivante d’un des artistes et amis d'Aung Khin : “dans les peintures d’Aung Khin on peut voir les sons et entendre les couleur.”  L'effet irisé  introduit dans le graphisme fait pour sa part  référence au spectre des couleurs." Marie-Pierre Mol

 

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Catherine Soulas Baron

Catherine Soulas Baron

Ancien directeur juridique, Catherine est passionnée par le patrimoine, l'histoire et les questions interculturelles. Fondatrice de Savoir Vivre Ltd à Hong Kong, elle est lauréate du Prix Art de Vivre des Trophées des Français de l'étranger 2014
1 Commentaire (s)Réagir
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Marie-Pierre Mol ven 15/05/2020 - 04:48

Un chaleureux merci à toute l'équipe du petit journal et encore plus particulièrement à Catherine Baron pour cette merveilleuse revue du livre que Madeleine et moi venons de publier. Le soutien inconditionnel du petit journal à toute la communauté française est inestimable dans la période si difficile que nous traversons tous mais plus particulièrement les entrepreneurs dont je suis et tous ceux engagés dans le monde de l'art dont je suis aussi.

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