Marie Léautey ou la marathonienne inépuisable !

Par Catherine Zaccaria | Publié le 06/10/2022 à 17:30 | Mis à jour le 10/10/2022 à 04:29
Photo : Arrivee a Sydney Opera House, Australia @James Brown
marie leautey à Sydney

Marie, Lootie’s run around the world sur les réseaux sociaux, vient de terminer en beauté son tour du monde en courant à Sydney !

 

Eh oui, vous avez bien lu ! Partie le 7 décembre du Portugal, le projet de Marie était de courir 700 marathons pendant 2 ans, au rythme de 6 par semaine afin de couvrir les 26232 km exigés pour valider son tour du monde auprès de la WRA (World Runners Association). C’est finalement 28300 km et 2 ans et demi qu’il lui a fallu pour boucler cet incroyable exploit sportif. Le covid a bousculé l’agenda de Marie ainsi que son itinéraire et les deux « lock down » lui ont fait perdre du temps et gagner des kilomètres ; elle a dû maintenir sa forme pendant ces arrêts forcés !

 

Nous l’avions rencontrée en juin 2019, quelques mois avant son départ, elle nous parlait de son désir de découvrir le monde, de ses entrainements, de son organisation, de Bob sa poussette Ironman et indéfectible compagnon de route qui lui portera ses 30kg d’équipements sur une bonne partie du trajet.

 

bob ironman

 

 

Son itinéraire elle l’a préparé minutieusement, calculant ses dépenses, les risques selon les pays à traverser, les saisons les plus propices pour courir ici ou là. Ce fut des mois de préparation physique mais aussi mentale. Elle a appris la méditation, le « self-defense », rien ne fut laissé au hasard.

Le covid a fait fondre ses économies, chamboulé son itinéraire et permis de retrouver James, un ami de longue date qui l’a accompagnée dès l’Amérique du Sud. Fini Bob, place à James et son camping-car. Marie court sans pousser 30kg de charge et dort dans les bras de son homme.

 

marie et james et le campervan

 

Nous avons eu la chance de lui parler peu après son arrivée à Sydney le 30 août dernier. Nous lui avons posé en vrac les questions qui nous trottaient dans la tête durant son voyage.

 

Lepetitjournal.com : Est-ce que ton désir de découvrir le monde est satisfait ?

Marie : Non et heureusement d’ailleurs, je pense que la découverte du monde pour moi est la quête d’une vie, elle ne sera jamais satisfaite mais à la limite c’est très bien parce que c’est ça qui me tient debout finalement.

 

As-tu des regrets ?

Le seul regret que j’ai c’est que, dû au covid, je n’ai pas pu faire tous les pays que j’aurais voulu faire, notamment l’Asie du Sud-Est et l’Afrique.

 

Comment tu te sens physiquement ?

En super forme ! Je n’ai eu absolument aucune blessure, aucune douleur pendant ce tour du monde. Mon corps m’a permis de faire tout ce que je voulais.

 

Y’a-t-il un manque de ne plus courir chaque jour ?

Le manque n’est pas physique. Je cours un peu tous les jours ou presque. C’est plus le manque de nouveauté. Quand on est sur la route tous les jours, chaque matin est une découverte. Une nouvelle route, une nouvelle ville, des nouvelles personnes. C’est cette intensité là qui manque un peu.

 

As-tu un suivi médical depuis ton retour ?

A part les visites de routine que je n’ai pas faites depuis 3 ans, rien de particulier. Un groupe de médecins voulait faire une étude sur ma résistance physique à un tel effort ce qui m’intéressait beaucoup mais finalement ça ne s’est pas fait. Il aurait fallu que l’étude commence en amont de mon effort physique mais la rencontre s’est faite trop tard. L’analyse pourrait être faite uniquement si l’étude du corps se fait avant, pendant et après l’exploit physique. Elle pourra se faire sur un prochain projet sportif de ce type.

 

Quels sont tes pires souvenirs ?

Il n’y a pas de pire souvenir. Aucune mauvaise journée ! La traversée de l’Italie a été très difficile physiquement entre Pompéi et les Pouilles. J’ai traversé les Apennines sous la pluie et dans la boue, à traverser des rivières, ce fut très compliqué. C’était un peu le sel de l’aventure ! Les Andes étaient difficiles aussi.

 

Marie dans les Andes
@James Brown

 

Dans ma traversée du Montana, j’ai commis une erreur d’itinéraire et je me suis retrouvée dans une propriété privée. Entrer dans un domaine prive dans le Montana constitue un crime de lèse-majesté ! La loi dit que tu peux tirer même à balle réelle si tu te sens en danger ! Je suis tombée sur un chasseur dont le pick-up était rempli d’armes !! Il en avait une dans chaque main. Ma poussette Bob m’a surement sauvée, tout le monde croyait que je courais avec un bébé ! Je peux dire que j’ai détalé sans demander mon reste ! Mon sprint le plus rapide ! C’est la seule fois où j’ai eu peur.

 

Les meilleurs ?

Il y en a eu tellement ! Mais je crois que mon meilleur souvenir est quand j’ai terminé l’Europe à Istanbul. Cette traversée de l’Europe aurait dû durer 7 mois. Le covid m’ayant stoppé puis empêché de passer d’un pays à l’autre, elle a duré un an et demi. Au lieu de 7000 km j’en ai fait plus de 15000. Lorsque la Grèce a ouvert ses frontières avec la Turquie, je me suis dépêchée d’y aller mais j’étais seule ! Personne ne pouvant voyager librement, ma famille ou mes amis qui devaient m’y rejoindre pour fêter le premier continent traversé n'ont pas pu. J’ai donc contacté le consul de France à Istanbul qui m’a réservé un accueil incroyable.

 

Marie et Olivier Gauvin consul de France a Istanbul
Marie et Olivier Gauvin consul de France à Istanbul

 

Etant un coureur lui aussi, il a organisé une arrivée avec tous les coureurs de marathon d’Istanbul pour traverser le Bosphore avec moi, l’agence France Presse était sur place et nous avons fini dans les jardins du Palais de France où il m’a reçue pendant une semaine. C’était enfin la fin de la première partie et je pouvais continuer sur le reste du monde.

 

marathoniens istanbul

 

Comment as-tu géré la pandémie ?

A la première vague je me suis retrouvée bloquée à Pise le 11 mars avec un laisser-passer de mon hôtel pour me rendre à l’aéroport et rentrer à Paris. J’y suis restée 3 mois à livrer des repas aux sans-abris en courant. J’avais un laisser-passer et je courais entre 20 et 30 km par jour avec ma poussette ce qui m’a permis de maintenir ma forme.

 

livraison de repas

 

La deuxième vague je l’ai passée en Grèce pendant 5 semaines où je me suis mise à la disposition d’une association qui s’occupe de migrants. J’aidais au service traduction, légal et médical. Je me rendais sur les différents lieux en courant.

 

Quelles rencontres incroyables as-tu faites ?

Il y en a eu pas mal mais j’ai eu la chance de rencontrer dans l’état de Washington une fille à vélo, Lisa, qui s’est avérer être une grande coureuse d’Ultra aux Etats-Unis. Elle m’a mise en contact avec tout son réseau de coureurs et régulièrement j’avais de personnes qui m’accompagnaient sur une portion de mon trajet. Et un jour, dans l’Idaho, je rencontre une dame de 78 ans et c’est la plus senior des coureuses d’Ultra aux USA. A son âge, elle avait bouclé une course de 160 km ! Très inspirante pour moi ! J'ai été accueillie chaleureusement tout au long de ma traversée des US.

 

marie et ses fans

 

Tu n’as pas pu suivre les règles de la WAR ? Ton tour du monde est-il validé ?

Oui !! Je fais partie du club en étant la 7eme personne à valider ce tour du monde. Je suis ravie d’avoir pu valider ce record malgré les aléas du parcours. J’ai fait plus de 2000 km en plus que ce qui était prévu et deux mois de course en plus sans compter les kilomètres durant les confinements.

 

Comment va Bob ? Et James ?

Très bien ! En fait j’avais deux Bob au cas où j’avais une avarie avec Bob 1 ! Le premier, épuisé après 17000 km a pris sa retraite. Puis à la suite du 2eme confinement, James m’a accompagné dans les Andes où j’avais besoin d’assistance (puis il a prolongé son accompagnement). Mon sac était donc dans le camping-car et Bob 2 est resté à Paris. Par hasard j’apprends que Mark, un coureur anglais, cours autour du monde avec un sac à dos. Je trouve moyen de le contacter et lui propose Bob 2 qui donc lui aussi va faire son tour du monde !

 

Quels sont tes projets ?

Dans l’immédiat c’est l’écriture d’un livre. Ceci me prendra surement quelques mois. Je suis aussi sollicitée pour des conférences et à plus long terme de retrouver un travail. Je suis assez attirée par des ONG sur le droit des femmes qui est une cause à laquelle je suis très attachée. J’aimerais rester en Europe.

 

As-tu levé les fonds que tu espérais ?

Presque ! La cagnotte est encore ouverte. Je voulais lever un dollar par kilomètre couru et il me manque encore quelques centaines de kilomètres.

Si vous désirez participer à la levée de fonds de Marie en faveur de Women for Women International, vous pouvez faire un don sur le site. Les petits ruisseaux font les grandes rivières…

 

marie et wfwi

 

 

 

Catherine Zaccaria

Catherine Zaccaria

Éducatrice et enseignante, Catherine réoriente ses activités au fil des années. Elle est aujourd'hui Rédactrice en chef de l'édition singapourienne de Lepetitjournal.com.
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