Jeudi 6 août 2020
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Hôtels avec Histoire – Les néo-classiques et néo-renaissance, partie 1

Par Catherine Soulas Baron | Publié le 03/03/2020 à 14:30 | Mis à jour le 27/04/2020 à 11:31
Photo : @F.Ozda
LE RAFFLES - GOODWOOD PARK HOTEL - HOTEL KEMPINSKI

Le patrimoine de Singapour est riche en bâtisses anciennes et remarquables qui abritent des hôtels. Si certains comme l’hôtel de l’Europe, l’hôtel Adelphi, l’hôtel de la Paix ont disparu, emportés par la rénovation urbaine, d’autres ont été préservés et restaurés. Lieu de mémoire, chaque hôtel, du plus iconique au plus confidentiel raconte à sa manière l’histoire de la cité-Etat. Dans une série inédite, Lepetitjournal.com passe en revue ces lieux en fonction de leur style architectural. Les parties I et II dévoilent les histoires portées par les hôtels au style néo-classiques et néo-Renaissance. Cette première partie s’attache au Raffles, au Goodwood, et au Kempinski.

 

L’Architecture symbolise des courants artistiques, politiques, économiques et donne naissance à des types variés de constructions qui demeurent les témoins silencieux du lointain passé et de l’histoire contemporaine. Singapour, colonie britannique, a été façonnée en grande partie par une architecture à la mode durant la période du règne de la Reine Victoria (1837-1901). Cette architecture dite Victorienne n’est pas une, elle regroupe une variété de styles historiques repris, interprétés, développés et utilisés dans la construction, du milieu jusqu’à la fin du XIXe siècle. Les plus populaires furent le néo-gothique qui s’inscrit dans le mouvement intellectuel du romantisme et reprend les formes médiévales, le néo- classique (1750-1900) qui, succédant au classicisme, a recours à des formes antiques gréco-romaines, colonnes, fronton, portique (on y inclut le style palladien) et le néo-renaissance (1860-1914), pilastres, frises, inspiré de l’architecture de la renaissance, courant artistique né en Italie au XVe siècle. Ces styles ont survécu longtemps à Victoria. A partir de 1920, l’Art Déco et le Modernisme prennent le relais.

 

LE RAFFLES 1887 - Le Joyau d’Extrême Orient   

L’un des plus beaux hôtels au monde, l’éblouissant Raffles de Singapour, incarne à lui seul une légende.                 

 

Raffles Hotel
@F. Ozda

 

Plus ancien hôtel d’Asie, il a vu passer la plupart des grands de ce monde, a été un havre et une source d’inspiration pour Joseph Conrad, Rudyard Kipling et Somerset Maughan. Un tigre échappé d’un cirque fût tué près de sa salle de billard.  Il a survécu à la grande dépression, à la seconde guerre mondiale et l’occupation japonaise, aux différentes crises économiques du XXe et XXIe siècle et à une concurrence féroce.

Témoin inébranlable de l’histoire de Singapour, il fût déclaré Monument National lors de son centenaire en 1987.

Difficile d’imaginer que ce magnifique bâtiment n‘était en 1887 qu’un simple bungalow-hotel de 10 chambres surplombant la mer. Dans son plan d’urbanisation de la ville, Stamford Raffles avait en effet réservé un endroit sur Beach road alors route côtière, aux marchands européens pour la construction de leurs résidences (Jackson Plan 1922). Une de ses maisons datées de 1830 devenue hôtel des Indes fût rachetée en 1886 par les frères arméniens Sarkies, afin d’être transformée en hôtel huppé.

Joliment placé avec un service impeccable et un grand standing, le petit hôtel devint vite populaire chez les personnes fortunées. En 1890 deux ailes à double étage furent rajoutées de chaque côté de la maison originelle, chacune contenant 22 suites. Le Palm Court Wing, un bâtiment en L racheté au numéro 3 de Beach Road et rénové en 1894 complétera l’ensemble avec en 1904 l’aile de Bras Basah.

Mais en réalité, on doit son aspect actuel à l’architecte Regent Alfred John Bidwell qui élève à la place de  l’ancien bungalow de plage, un bâtiment de trois étages de style néo-Renaissance caractérisé par une grande symétrie architecturale avec une touche coloniale renforcée par de hauts plafonds et larges vérandas. Il est le premier hôtel de la région à être électrifié grâce à des générateurs. Un porche élégant en fonte est érigé en 1913 devant l’entrée principale puis démantelé en 1920 pour laisser place à une salle de bal. Une reproduction exacte sera à nouveau installée en 1991.Le magnifique hôtel ouvre en 1899 avec aux fourneaux un chef français. Il attire le gotha mondain et les voyageurs du monde entier. Durant l’occupation il abrite les officiers de l’armée japonaise qui établissent un centre opérationnel des transports et du ravitaillement. Il réouvrira en1946. Afin de lui rendre son lustre et son glamour d’autrefois une première restauration est entreprise en 1989 puis une seconde en 2017 cette fois-ci sous le pavillon du groupe Accor, groupe hôtelier français. Somptueux, il s’est paré d’un restaurant gastronomique avec aux manettes une cheffe Française, Anne Sophie Pic. La boucle est bouclée.

 

Raflles hotel histoire singapour fanny aussedat sling

 

Le saviez-vous ?  Le Sling, cocktail inventé par un barman du Raffles, Ngiam Tong Boon, vers 1915 contient de la Bénédictine, digestif toujours fabriqué à Fécamp en Normandie et du Cointreau liqueur triple sec, fabriquée près d’Angers.

 

GOODWOOD PARK HOTEL 1900 - L’icône coloniale

On dit que sans lui, Singapour ne serait pas Singapour.

Perché sur un promontoire, le long de Scott Road, le luxueux Goodwood Park Hôtel a l’apparence d’un château de conte de fées. Vestige d’un passé colonial insouciant, il porte aussi la souvenance d’évènements dramatiques. Il est un des hôtels les plus prisés de Singapour.

 

Goodwood hotel histoire singapour fanny aussedat

 

Avec sa façade décorée, ses murs de briques et sa grâcieuse tourelle, sublimé par les toutes premières lumières électriques du siècle, l’édifice fit, lors de son inauguration fastueuse le 21 septembre 1900, l’admiration des invités et de l’hôte d’honneur, le gouverneur de Singapour. Il se voulait l’expression de la fierté allemande et la représentation du succès de la communauté allemande en Asie du Sud. Est. Ce furent en tous cas les instructions que reçut R. A. J. Bidwell architecte (du Raffles) mandaté par les allemands expatriés de Singapour pour construire le très sélect Teutonia Club, un des premiers clubs européens.  Il fut donc bâti sur 6 hectares, à l’époque où de grandes plantations s’étendaient autour d’Orchard où il n’était pas rare d’y rencontrer des tigres. De style victorien assez éclectique avec quelques réminiscences du style néo queen Anne, il évoque l’architecture des châteaux rhénans. Il fût un club très prisé où l’on donnait des concerts en buvant du cognac et du claret. Cependant, la première guerre mondiale change sa destinée.  Confisqué en 1918 par les britanniques, il est mis aux enchères. Les trois frères Manasseh, heureux propriétaires, le transforment en théâtre où se produit en 1922 Anna Pavlova, l’immense Ballerine russe. En 1929 il devient un hôtel de luxe le Goodwood Park Hotel avec pas moins de 14 courts de tennis et reçoit des invités de marque comme le Prince de Galles et le duc de Windsor. Durant la deuxième guerre mondiale, l’hôtel héberge le siège de l’armée japonaise. En 1946, une tente érigée temporairement dans son jardin devient une cour pénale pour juger les crimes de guerre. Rendu à ses propriétaires, l’hôtel reprend ses activités. Rénovations et extensions se succèdent au fil des ans. Hôtel de grande classe, réputé pour son high tea et ses restaurants, il est Monument National depuis 1989. 

 

Goodwood hotel histoire singapour fanny aussedat

 

Le saviez-vous ?  Le Goodwood Park fut le premier hôtel de Singapour avec piscine pour les clients.

 

HOTEL KEMPINSKI 1904 / 1930 - Un mariage élégant

Il est né du mariage tout en élégance du néo-classicisme et du romantisme italien. Résultat de l’adjonction de deux immeubles du début du XXe siècle superbement restaurés, le Capitol Building et le Stamford House, l’hôtel Capitol Kempinski a ouvert ses portes en 2018 au cœur du complexe luxueux Capitol Singapour.

Le Capitol Building 1930

 

Capitil Building - Kempiski Singapour
@F. Ozda

 

Son destin est intimement lié au célèbre et extravagant Capitol Theater qu’il jouxte, édifié, lui aussi à la demande de Monsieur Mirza Mohamed Ali Namazie, homme d’affaires Perse par les architectes Keys and Dowdeswell.

Immeuble de quatre étages de style néo-classique aux lignes géométriques précises mixé avec des éléments contemporains d’Art Déco, il prend le nom de Namazie Mansions puis en 1978 de Shaw building et enfin en 1992 de Capitol Building. A la croisée de Stamford road et North Bridge road, sa façade concave et son portique convexe en font un des immeubles les plus emblématiques de Singapour. Seize commerces se tenaient alors au rez de chaussée. Les locataires des 48 appartements privés utilisaient l’entrée du Capitol Theater. Celui-ci inspiré du Roxy Theatre de New York, avec son intérieur Rococo et Art Déco, ses installations acoustiques, son contrôle manuel de la température (certainement une des premières climatisations à Singapour), devint avec le Alhambra et le Pavilion le plus populaire des cinémas de Singapour. Nul doute que les habitants de Namizie Mansions durant toutes ces années glamour, se sont régalés à la vue des stars Hollywoodiennes tels que Charlie Chaplin, Ava Gadner ou Douglas Fairbanks venus en personne promouvoir leurs films. Les films en langues anglaises seront interdits lors de l’occupation japonaise et remplacés par des films japonais et de propagande. En 1946, Shaw Organisation achète les deux immeubles et les met en vente en 1978. Depuis le Capitol Theater, minutieusement restauré, (ses fauteuils grâce à un système hydraulique disparaissent sous un parquet pour se transformer en salle de réception) peut être loué pour des évènements variés, concerts ou célébrations.

 

Stamford House 1904

 

Stamford House - Kempinski
@ F. Ozda

 

Le long de Stamford Road et jusqu’à Hill street s’élève un ravissant bâtiment blanc de style ‘’Renaissance Italienne’’, style romantique en vogue à la grande époque victorienne pour les immeubles à vocation commerciale. Entouré de larges arcades, orné de moulures, de frises florales et agrémenté de fenêtres vénitiennes, il fut bâti en 1904. Regent A.J. Bidwell, architecte des hôtels Raffles et Goodwood Park le conçut à la demande de Seth Paul, propriétaire d’une entreprise de détail très prospère qui souhaitait y installer ses bureaux.

Après le déménagement de la société pour cause d’expansion, l’immeuble fût loué en lots. Dénommé The Oranje Building, surmonté par une coupole par la suite démontée, il devint sur deux de ses trois étages le Raffles Lodge, une annexe du Raffles et ce jusqu’en 1913.

En 1921 The Oranje Building fut rénové par un des frères Sarkies qui le transforma en hôtel moderne et haut de gamme de 50 chambres le Governor Hotel offrant le même menu que le Raffles. En 1926, après une nouvelle rénovation, le Stamford Hotel ouvrit ses portes pour les fermer un an plus tard. Puis en 1934, Klara Van Hein, le réouvrit sous le nom de Oranje Hotel. Il fut géré avec succès jusqu’à l’occupation japonaise, les japonais l’utilisant également comme hôtel. Après la guerre, converti en appartements privés on le nomme Stamford House.

Les années soixante voient Stamford House et Shaw building convertis en centre commercial. Les deux immeubles sont finalement acquis en 1984 par le Urban Redevelopment Authority (URA) qui les sauve d’une démolition certaine.

 

Le saviez-vous ?  Le 29 décembre 1998, le Capitol Theater donnait son dernier film Soldats et fermait officiellement ses portes le lendemain.

Le saviez-vous ? Le Stamford House fut témoin en 1930 de l’énorme chaos qui survint au Carrefour de North Bridge road et Stamford road à la suite de l’installation des feux de circulation automatiques jusque-là manuels ce qui provoqua une grande confusion chez les automobilistes !

 

Un grand merci à Fanny Ozda pour les illustrations !

Merci aux départements Marketing et Communications des hôtels pour leur collaboration.

 

Catherine Soulas Baron

Catherine Soulas Baron

Ancien directeur juridique, Catherine est passionnée par le patrimoine, l'histoire et les questions interculturelles. Fondatrice de Savoir Vivre Ltd à Hong Kong, elle est lauréate du Prix Art de Vivre des Trophées des Français de l'étranger 2014
2 Commentaire (s)Réagir
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Shanghai girl mer 04/03/2020 - 02:36

Très bel article. Bravo Catherine

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CATH jeu 05/03/2020 - 12:25

Merci Infiniment !

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