La French Tech, le mouvement français des start-ups à Singapour

Par Jean-Michel Bardin | Publié le 25/08/2021 à 14:00 | Mis à jour le 28/08/2021 à 15:37
La French Tech Singapore

Initiée par le gouvernement français il y a 7 ans, la French Tech est un écosystème qui réunit tous les acteurs contribuant au succès des start-ups opérant dans le digital de toute nature (« Tech »), pour faire de la France un des pays les plus attractifs dans ce domaine.

 

Avec 7 nouvelles « licornes » (entreprises valorisées plus de 1Md$) depuis le début de l’année 2021, sur les 17 actuellement recensées, on assiste à un décollage puissant de cet écosystème. C’est aussi un réseau de communautés implantées dans de nombreuses villes en France et à travers le monde, dont Singapour, dont la situation stratégique et l’environnement règlementaire, fiscal, humain, technique, et financier sont particulièrement favorables. Ces communautés donnent l’impulsion à leur écosystème local, en accueillant les start-ups françaises, et en les assistant dans leur démarrage et leur développement. Interview de 7 acteurs particulièrement engagés dans la French Tech à Singapour : Amel Rigneau, Emilie Wolff, Marie Lemonnier, Aurore Duhamel, Julien Condamines, Arnaud Brolly et Sébastien de Peretti.

 

La French Tech en France

station F, siège de la French Tech

La Station F, qui occupe les halles Freyssinet (ancien dépôt ferroviaire) dans le 13ème arrondissement de Paris et qui est le siège de la Mission French Tech, est reconnue, en France comme le plus grand campus de start-ups du monde (copyright Quartz)

Diverses mesures ont été élaborées par la Mission French Tech, administration qui relève du gouvernement français.

Tout d’abord, il s’agit d’attirer des ressources vers ce domaine à risque, que ce soient des jeunes diplômés français ou des investisseurs, tant français qu’étrangers.

Ensuite, diverses mesures d’accompagnement ont été mises en place pour aider les start-ups dans divers domaines : promotion, conseil, financement, marketing, recrutement, et développement international. Certaines procédures administratives ont été simplifiées et les contacts avec l’administration facilités par la nomination de correspondants dans les services publics.

Enfin des relais locaux contribuent au plus près à l’essor des start-ups dans une cinquantaine de villes.

 

La French Tech à Singapour

French Tech à Singapour
Lunch de la French Tech Singapour en petits groupes (copyright French Tech Singapour)

 

C’est une association qui rassemble des entrepreneurs français et étrangers dans l’industrie purement digitale mais aussi ses applications à la finance, l’industrie, et tous les domaines où la technologie prend une place croissante. Elle concerne aussi bien les représentants de startups françaises ou singapouriennes, mais aussi tous les professionnels intéressés par ces sujets.

La French Tech facilite la mise en relation des entrepreneurs et sociétés basés à Singapour et les entrepreneurs français désireux de s’y développer. Elle offre de la visibilité aux start-ups fondées par des Français, francophones, ou francophiles opérant à Singapour. Elle fait connaitre les initiatives et organisations publiques et privées qui aident les start-ups françaises dans leur développement à Singapour. Elle est le point d’entrée pour les investisseurs, sociétés ou ingénieurs singapouriens désireux d’explorer de nouvelles possibilités en France.

Plus concrètement, elle guide les nouveaux-venus dans les formalités d’immigration, aide les sociétés à se constituer et à trouver des investisseurs, des experts dans leur domaine, et des partenaires pour les accompagner dans leur développement. Elle les assiste également dans la connaissance des diverses incitations que le gouvernement singapourien a mis en place pour attirer les entrepreneurs et les sociétés.

Des groupes de discussions sont en place pour faciliter les échanges sur des sujets d’intérêt communs (cybersécurité, blockchain, technologie financière, intelligence artificielle, marché asiatique, durabilité, …). Une bourse d’échange a été instituée pour faciliter les contacts entre recruteurs et personnes en recherche d’emploi. Des interviews d’acteurs de la French Tech sont régulièrement diffusées (articles, podcasts).

La French Tech de Singapour fait partie du réseau de près de 50 communautés à l’étranger. Elle est particulière en ce qu’elle dispose d’un support permanent à l’Ambassade, au-delà des nombreux participants volontaires qui animent la structure, et qu’elle couvre non seulement la cite-état, mais d’autres pays de l’Asie du Sud-Est (Cambodge, Malaisie, Philippines, Thaïlande, et Vietnam) avec des relais locaux.

 

Pour avoir une idée plus vivante de ce qu’est la French Tech, nous avons interviewé 7 de ses acteurs particulièrement engagés à Singapour.

French Tech à Singapour

Comment avez-vous connu la French Tech de Singapour ?

Amel Rigneau : En Asie depuis plus de 8 ans, à Hong Kong puis à Singapour, j’ai cofondé une start-up dans le domaine de contenus digitaux ludiques ; puis aujourd’hui j’ai fondé DigitalMind Media qui accélère la croissance des startups en Asie. Dans l’écosystème de la tech depuis plusieurs années, j’ai rejoint la French Tech de Singapour dès mon arrivée après une rencontre avec l’équipe, notamment Julien, dont la vision et l’enthousiasme m’ont inspirée. Je fais maintenant partie de son comité de pilotage. Je participe activement au groupe « French Tech Women in Tech », qui identifie les talents féminins, les promeut, et les aide à démontrer leurs capacités et leurs résultats et également au groupe « French Tech Asia », qui aide les sociétés à se développer dans ce continent et à d’autres groupes dont la verticale ou les valeurs m’animent (French Tech for kids, Blockchain, AI…).

Emilie Wolff : Je suis arrivée de Londres il y a 4 ans et ne connaissais pas la French Tech à Londres. J’ai découvert la French Tech après un an à Singapour et grâce à un ami qui comme moi travaillait dans le domaine de la cyber sécurité et m’a proposé d’aller au premier afterwork « Cyber Security » de la FT. J’ai ensuite rapidement rejoint deux super nanas pour co-leader le groupe. Je n’avais jamais rencontré auparavant d’autres Français dans le domaine à Singapour et ai été surprise de voir qu’il y avait déjà plus d’une vingtaine de Français sur le sujet à Singapour lors du premier afterwork !

Marie Lemonnier : Je suis venue à Singapour pour accompagner mon mari il y a un peu plus de 2 ans. Auparavant, j’étais à Paris où je connaissais déjà la French Tech, car je travaillais dans une start-up vendant des solutions numériques. Donc quand je suis arrivée à Singapour, sans emploi, je me suis naturellement tournée vers la communauté locale pour connaitre du monde et chercher des opportunités. Aujourd’hui je travaille à la Chambre de commerce française de Singapour (FCCS), en charge du secteur Tech dans l’équipe Team France Export, qui accompagne les sociétés françaises sur le marché singapourien.

Aurore Duhamel : Je suis venue à Singapour il y a 4 ans pour faire un Master à l’ESSEC. Après être passée par plusieurs sociétés travaillant dans le secteur de l’aviation, je m’occupe aujourd’hui d’innovation numérique dans une grande airline régionale. Ce travail m’a naturellement amenée à me rapprocher de la French Tech.

Julien Condamines : il y a 5 ans, j’ai fondé au Brésil Co-Creation Lab, qui fait du conseil à l’innovation, en aidant les organisations à identifier des défis complexes et à donner à leurs équipes les moyens d’élaborer des solutions créatives concrètes à travers des expériences pratiques, éducatives et amusantes. J’étais déjà engagé dans la French Tech de Sao Paulo que j’ai aidée à lancer. Quand je suis arrivé à Singapour il y a 4 ans, j’ai rencontré l’équipe qui avait lancé la French Tech ici. C’était un petit groupe de gens avec un esprit d’entrepreneur, bien connectés, avec de bonnes intentions, et un goût pour s’entraider.

Arnaud Brolly : Je suis depuis 8 ans à Singapour, où je travaille chez SITA, un des principaux fournisseurs de solutions Tech pour le secteur de l’aéronautique. Mon activité consiste à transférer des innovations nées dans des start-ups pour en faire des solutions ou des évolutions utilisables par l’aéronautique ou les marchés adjacents. C’est Amel qui m’a fait connaitre la French Tech. J’ai participé à un événement où j’ai pu apprécier la bonne ambiance. Compte tenu de mon expertise en matière de « blockchains », on m’a invité à lancer un groupe sur ce sujet, ce que j’ai accepté avec enthousiasme.

Sébastien de Peretti : Je suis arrivé à Singapour il y a 4 ans avec ma femme et mon premier enfant. J’y ai créé la société Jumpster, qui aide les compagnies européennes en croissance dans les domaines de la cybersécurité, l’intelligence artificielle, et l’industrie 4.0 à s’installer en Asie. Naturellement je me suis rapproché de la French Tech où j’ai cofondé le syndicat des investisseurs.

 

Pourquoi avez-vous rejoint la French Tech? Qu’est-ce qu’elle vous apporte et qu’est-ce que vous lui apportez?

Amel Rigneau : Ce qui m’a séduite, c’est l‘esprit direct et très entrepreneur qui anime le French Tech, loin de toute considération politique. Cette organisation laisse la place à beaucoup de liberté, de créativité, il y a un vrai respect des opinions ou actions des autres avec un esprit d’inclusion et de partage. Tous les membres sont alignés et vont dans la même direction. Toutes ces valeurs qui ont été rassemblées dans notre manifeste sont aussi importantes, sinon plus, que l’expertise. La French Tech m’a apportée des amis, ce qui a facilité mon intégration venant de Hong Kong : des personnes locales ou internationales, brillantes et partageant mes valeurs, de vrais experts. Au fils des années, La French Tech est devenue une institution reconnue à Singapour, dans le milieu des start-ups comme dans le milieu gouvernemental, elle est de plus en plus souvent sollicitée pour donner des retours comme Représentants de la communauté Tech.  J’apporte à la French Tech mon énergie et mon expertise, mon temps pour lancer ou soutenir des projets, accueillir les nouveaux arrivants ou faciliter les échanges. La French Tech étant une activité bénévole en sus de ses activités professionnelles, il est important que les deux soient liées pour garantir la pérennisation de l’engagement des volontaires et la pertinence des projets menés. J’ai eu la chance de lancer plusieurs projets, dont le dernier en date est d’avoir initié plus de 10 projets avec 150 volontaires rassemblant les 14 communautés d’Asie.

Emilie Wolff : J’ai rejoint au départ la French Tech via le chapitre cyber sécurité, j’y ai rencontré un super groupe de personnes travaillant dans le domaine. J’aime particulièrement la bienveillance, l’entraide de ce groupe et le fait que ce soit un super melting-pot d’entrepreneurs, personnes travaillant dans de nombreux domaines, investisseurs et étudiants. J’ai beaucoup appris des membres. On organise une dizaine d’évènements par an et les membres peuvent y partager leurs expertises avec le reste de la communauté. Bien sûr un peu moins d’évènements ces derniers temps…  J’aide à faire grossir la communauté, à connecter les personnes quand il y a synergie. On a des membres qui trouvent des clients, du travail ou encore des solutions à leur challenge grâce au réseau French Tech.

Marie Lemonnier : J’ai toujours eu de l’appétence pour la Tech. Il y a beaucoup de synergies avec mon travail à la Chambre de commerce. Cela me permet de répondre aux questions, en particulier pour aider les sociétés françaises à s’installer à Singapour, par exemple au travers d’évènements. La French Tech apporte un enrichissement personnel et professionnel au contact d’une communauté active et dynamique, mais aussi des relations entre pairs dans une ambiance décontractée. La communauté de nationalité facilite aussi les contacts, particulièrement pour les nouveaux arrivants.

Aurore Duhamel : La French Tech permet de rencontrer beaucoup de gens très intéressants et de savoir ce qui se passe dans ses domaines d’intérêt, tout cela dans une ambiance très sympathique, par exemple dans le cadre d’évènements. Cela facilite les relations dans des projets ultérieurs. Avoir des réponses aux questions que l’on se pose est important, particulièrement au début des projets. La French Tech, c’est aussi la possibilité de trouver un travail ou de permettre à d’autres d’en trouver un.

Julien Condamines : J’avais un a priori assez négatif des réseaux d’expats français quand je suis arrivé au Brésil. Mais à la French Tech, régnait un esprit entrepreneur dans lequel je me suis retrouvé. Avec des gens parlant la langue locale, développant des projets profitant au pays, dans un esprit collectif. C’est un réseau d’entrepreneurs qui grandissent ensemble, au-delà de l’aspect français, et qui sont plus forts par leur association. Le French Tech est en fait plus « Tech » que « French ». La French Tech apporte très rapidement et de manière bienveillante une réponse à n’importe quelle question, qu’il s’agisse de conseils, de références, de contacts, de feedback. Dans le long terme, elle peut apporter des partenaires, des clients, et même des amis. C’est une plateforme qui favorise la créativité. Au sein de la French Tech de Singapour, je me suis surtout occupé de stratégie pour identifier les besoins de la communauté et je m’assure que la communication est fluide entre les différentes initiatives et personnes. J’ai aussi travaillé sur des partenariats avec des entités externes, notamment des institutions singapouriennes et je m’occupe de la bourse d’échange d’emplois.

Arnaud Brolly : La French Tech apporte un réseau. Rencontrer des personnes d’autres horizons permet d’élargir les perspectives en apportant d’autres idées. Les start-ups qui démarrent sont souvent seules et avoir accès à une communauté est important. La French Tech peut aussi leur offrir un support pratique lorsqu’elles s’installent à Singapour. Un autre avantage de la French Tech est son réseau international, ce qui permet d’organiser des échanges entre pays. Ma seule déception est le manque d’évènements festifs ces derniers temps.

Sébastien de Peretti : L’organisation des French Tech varie fortement d’un pays à un autre. A Singapour, on a fait le choix original d’une organisation informelle, décentralisée, très collégiale. Il n’y a pas d’adhérents. Les gens viennent parce qu’ils sont intéressés. Il leur suffit de s’inscrire à un groupe ou à un évènement pour participer à la French Tech Singapour. Il y a d’ailleurs une proportion significative d’étrangers dans certains groupes. Il n’y a pas formellement de Président ou de Trésorier. Le comité de pilotage, qui est mixte et compte 15 personnes, veille au partage des valeurs et des idées, mais n’est pas là pour ordonner ou autoriser des projets. Nous sommes une communauté ouverte, ce qui a conduit à une forte croissance de notre communauté : de 300-400 personnes il y a 4 ans, jusqu’à 3.500 aujourd’hui. La mobilité fait que certaines personnes partent, mais ils continuent à interagir avec nous et deviennent nos Ambassadeurs une fois partis. Si quelqu’un arrive avec un projet qui en intéresse d’autres, il est libre d’avancer dans le respect des valeurs partagées. Il y a d’ailleurs des sujets qui ne sont pas traités aujourd’hui, mais qui seraient intéressants pour Singapour (Med Tech, Ed Tech par exemple). Des leaders susceptibles de les lancer sont les bienvenus, comme plus généralement tous les experts de bonne volonté.

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Jean-Michel Bardin

Scientifique de formation, mais curieux de tout. Ingénieur IT de profession, mais artiste de coeur. Citoyen du monde, d'une jeunesse au Maroc à la retraite à Singapour.
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