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Épopée des naturalistes français à Singapour au XIXeme siècle

Par Leslie Colin | Publié le 18/11/2019 à 15:30 | Mis à jour le 19/11/2019 à 07:41
Photo : Le Nirvana 1903
Le Nirvana 1903

A Singapour, le 8 novembre 2019, a été lancé le livre « Voyageurs, Explorateurs et Scientifiques, The French and Natural History in Singapore ». Ce recueil d’histoire fournit une description détaillée des expéditions effectuées vers Singapour par les explorateurs français du XIXème siècle. Il revient sur les découvertes majeures des naturalistes qui participèrent à ces voyages pour identifier et classifier la faune et la flore locales.

Une passion commune

L’ouvrage intitulé « Les français de Singapour : de 1819 à nos jours », de Danièle Weiler et Maxime Pilon (2011), constitue le point de départ du projet. Huit ans plus tard, chercheurs français et singapouriens, en collaboration avec D. Weiler, reprennent les investigations. Ils complètent l’Histoire en s’appuyant sur de nouveaux documents d’archives, comme des coupures de presses, des journaux personnels et des correspondances manuscrites. En parallèle, les archives du MNHN leur permettent de clarifier certaines dénominations actuelles, voire de corriger des erreurs d’identification.

Le fruit d’un travail minutieux

Ce travail aboutit à la publication de « Voyageurs, Explorateurs et Scientifiques, The French and Natural History in Singapore», un ouvrage superbement illustré de gravures et photographies permettant de voyager dans le temps. On y découvre avec admiration des paysages de Singapour au XIXème siècle, ainsi de précieuses planches botaniques et zoologiques issues des archives du MNHN.

photo riviere singapour naturalistes francais
Rivière de Singapour (1839)

 

Retour au XIXème siècle…

Après l’abdication de Napoléon I en 1814 et le retour des Bourbon sur le trône de France, le pays est sous La Restauration. Cette période de calme relatif est propice à la reprise des explorations et des découvertes scientifiques. La planète est alors parcourue de voyageurs en quête de découvertes. La faune et la flore des pays « exotiques » fascinent ces explorateurs, qui leur consacrent de multiples expéditions scientifiques. Ces recherches ont plusieurs intérêts : décrire, identifier et classer le vivant ; connaître les particularités de chaque espèce, en identifier les dangers et les propriétés utiles aux pays occidentaux (alimentation, médecine, matériaux de construction).

Quelques faits marquants

Les premiers naturalistes

Les premières explorations européennes de Singapour sont marquées par le travail de deux naturalistes français : Pierre Médard Diard (1794-1863) et Alfred Duvaucel (1793-1824). Les deux jeunes hommes accompagnent Sir Stamford Raffles (1781-1826) au cours de sa mission à Singapour en 1818, pendant un peu plus d’un an.

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Tri de spécimens à bord du « Travailleur », environ 1870

 

Jules Dumont D’Urville (1790-1842) visite Singapour en 1839, à bord de l’ « Astrolabe », accompagné du « Zélée ». Les navires sont alors en route pour l’Antarctique. L’expédition rapportera de Singapour un dauphin, un serpent, des oursins, des mollusques et des plantes. Deux des chirurgiens embarqués dans l’expédition, Jacques Bernard Hombron (1798-1852) et Honoré Jacquinot (1815-1887), publieront leurs découvertes dans l’ « Atlas d’Histoire Naturelle Zoologie », en 1848.

astrolabe
Les navires « Astrolabe » et « Zélée »

 

L’exploitation des ressources naturelles

Dans les années 1850, les européens découvrent les propriétés isolantes du gutta percha, latex issu d’un arbre nommé Palaquium gutta (Hook.) Baill. Celui-ci est alors utilisé à grande échelle pour isoler les câbles du télégraphe marin connectant la France à l’Angleterre. Plus de 27 millions d’arbres sont abattus pour ce projet. En 1857, l’espèce est considérée comme « éteinte » à Singapour. Quarante-ans plus tard, de nouveaux arbres à gutta percha sont découverts sur la plantation Chassériau.

Les établissements Chassériau sont installés près de Bukit Timah depuis les années 1870. Léopold Es. Chassériau (1825-1891) y cultive successivement du tapioca, du café du Liberia, puis du caoutchouc naturel. La présence d’une autre plante originaire, d’Amérique du Sud, est découverte sur la plantation, plusieurs années après la mort de Chassériau. Il s’agit du Jatropha gossypiifolia. Ce végétal aurait pu être planté ici dans le but de servir de support à une plante grimpante comme la Vanille.

L’intensification des voyages vers Singapour

Après l’ouverture du Canal de Suez en 1869, la Compagnie des Messageries Maritimes met en place des services réguliers de bateaux à moteurs, assurant la liaison entre l’Europe et Singapour. Voyager à destination de l’Asie est désormais plus rapide, mais aussi plus confortable.

Entrée du Canal de Suez à Port Saïd, 1880
Entrée du Canal de Suez à Port Saïd, 1880

 

En 1903, la très riche Comtesse du Béarn (1869-1938) embarque à bord de son navire personnel, le Nirvana, pour un voyage autour du monde. Elle emmène avec elle le naturaliste Joseph Ernest Olivier (1844-1914), passionné de fireflies. Ce dernier nommera l’une de ces espèces d’après le nom de la Comtesse : Pteroptyx bearni Olivier, 1909.

Firefly
Firefly  Pteroptyx bearni Olivier, 1909.

 

Les « trésors » du Muséum National d’Histoire Naturelle

Aujourd’hui, le MNHN est une véritable bible pour les biologistes. L’institut regorge de collections de spécimens prélevés au cours des expéditions françaises à Singapour. Y sont notamment archivés les travaux de naturalistes célèbres tels que ceux du Marquis de Folin sur les fonds marins, et de l’arachnologue Eugène Simon.

Le plus vieux modèle de vertébrés du MNHN est celui d’un serpent Cylindrophis ruffus, rapporté de Singapour en 1830. Les spécimens de poissons les plus anciens jamais prélevés à Singapour sont ceux d’un Poisson crevette rigide Centriscus scutatus Linnaeus, 1758, et d’un hippocampe tacheté Hippocampus kuda Bleeker, 1852.

Poisson crevette
Poisson crevette rigide Centriscus scutatus Linnaeus 1758

 

Certaines espèces décrites par les naturalistes du XIXème siècle sont aujourd’hui introuvables à Singapour. Il s’agit notamment de la crevette stomatopode Clorida latreilli, de l’oiseau podarge « Large Frogmouth » Batrachostomus auritus (Gray, 1829), et du dauphin à petites pectorales Delphinus brevimanus. Il est aujourd’hui difficile de savoir si ces animaux sont « éteints » à Singapour, ou s’ils n’ont jamais vraiment fait partie de la faune locale.

Perspectives du livre

Le travail d’investigation fourni au travers du livre « Voyageurs, Explorateurs et Scientifiques, The French and Natural History in Singapore» constitue donc une base de données culturelles précieuses pour l’histoire de nos deux pays, mais aussi pour la préservation de la biodiversité de Singapour.

« The past is merely a prologue to the future »,

Peter K. L. Ng, Président du Lee Kong Chian Natural History Museum,

Bruno David, Président du Muséum National d’Histoire Naturelle

L’ouvrage « Voyageurs, Explorateurs et Scientifiques, The French and Natural History in Singapore» est réservé, pour le moment, à l’usage de la National University of Singapore (NUS).

Leslie Colin

Leslie Colin

Agronome et phytothérapeute de formation, Leslie se passionne pour l’écriture depuis quelques années. Elle aime immortaliser ses expériences au travers de ses récits.
1 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

Singapour Sur Seine mar 19/11/2019 - 00:56

Merci pour ce bel article. Les Français de Singapour, reste mon livre référence à Singapour. J'attends avec impatience la réédition.

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