Mercredi 19 septembre 2018
Singapour
Singapour
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

De helper à entrepreneur, le fabuleux destin de Nilu Tea

Par Cécile Brosolo | Publié le 27/06/2018 à 15:00 | Mis à jour le 28/06/2018 à 10:14
Nil Tea Sri Lanka Singapour

Nilushika ("Nilu") Silva Jayaweeera est une battante. Orpheline à l’âge de 14 ans, elle a travaillé 16 ans à Singapour en tant que Foreign Domestic Worker, ou Helper, avant de retourner au Sri Lanka pour créer sa propre marque de thé, « Nilu Tea ». Elle est aujourd'hui la première femme entrepreneur à posséder et exploiter une entreprise de thé au Sri Lanka.

 

Nilushika ("Nilu") Silva Jayaweeera
Nilushika ("Nilu") Silva Jayaweeera 

Nilushika ("Nilu") Silva Jayaweeera est une femme d'aujourd'hui, une battante. Son parcours, son histoire, témoignent d’une force vitale, d’un courage et d’une détermination qui lui ont permis de surmonter les épreuves et d’être aujourd’hui une femme indépendante et entrepreneur à la tête d’une entreprise de thé au Sri Lanka et d’une ONG pour l’éducation des femmes de son pays.

Ainée d’une famille de 5 enfants, Nilu n’a que 14 ans lorsque sa mère décède. A seulement 16 ans, elle devient orpheline et responsable de ses frères et sœurs cadets après la mort de son père et de son frère dans un accident. La fratrie est placée dans un orphelinat et Nilu doit travailler dans une usine de fonction de vêtements pour subvenir à leurs besoins ; « un travail très difficile pour très peu d'argent, mais je l'ai fait pour gagner mon indépendance ». A 19 ans, elle part travailler en tant que Foreign Domestic Worker, ou Helper, à Singapour. Elle y restera seize ans.

Une arrivée difficile à Singapour pour cette jeune femme pleine de doutes et de peurs qui n’a jamais quitté son village et qui ne parle ni ne comprend l’anglais. « Je n’oublierais jamais le jour où j’ai quitté mon village. J’avais tellement peur ... mais je devais partir pour protéger mes frères et sœurs ». Elle apprend la langue de son pays d’adoption grâce à sa persévérance (et aux chants de la messe le dimanche) et travaille durant seize années pour cinq employeurs de nationalités différentes - chinois, indiens, hollandais, anglais et français.

Chance, hasard ou destin ? Heureuse rencontre en tous cas avec cette famille française, qui va être un tournant dans sa vie. Cet employeur va lui donner l’opportunité d’étudier pour préparer son avenir. « Je me souviens que dès notre premier entretien, Madame Olivia m’a demandé : "qu’est-ce que vous voulez faire dans la vie ? Vous voulez être Helper toute votre vie ou faire autre chose ?". J’étais tellement étonnée et heureuse ... personne ne m’avait posé cette question avant ! ». Et Nilu n’avait pas eu l’occasion jusque là d’y réfléchir. « A l’époque, je ne savais pas qui j’étais ni ce que je voulais faire. La vie me tombait dessus. Tout ce que je voulais, c’était une vie meilleure pour mes frères et sœurs ».

L’idée d’une vie meilleure, et d’aider les autres. Avec l'aide d'Olivia elle mûrit sa réflexion. Elle est d’abord tentée par des études d’infirmières, mais le rythme des cours ne lui permet pas d’assumer en même temps son travail. Et c’est finalement l’association AIDHA qui retient son attention. Cette organisation singapourienne propose des cours de finance, de management et d'entrepreneuriat aux Helpers et leur offre l’opportunité d’acquérir des compétences et une indépendance.

Intégrer AIDHA fut la meilleure décision de toute ma vie !

« Intégrer AIDHA fut la meilleure décision de toute ma vie ! J’étais si heureuse parce que j’avais l’impression de retourner à l’école. C’était comme un rêve devenu réalité. J’ai pu apprendre à me servir d’un ordinateur, à parler en public, à monter un business. Et les cours de management m’ont donné une confiance en moi et le leadership indispensable ».

Petit à petit, des projets se dessinent, un petit commerce qu’elle créerait dans son pays d’origine où elle rejoindrait sa fratrie et son mari, rencontré quelques années auparavant à l’église à Singapour... Elle réalise en même temps que l’éducation et l’indépendance des femmes est la clef pour une vie meilleure. Elle veut, d’une manière ou d’une autre, « agir pour une meilleure société, travailler et soutenir les femmes au Sri Lanka. Je veux leur enseigner ce que j'ai appris à AIDHA, afin de briser le cycle de la pauvreté ; qu'elles deviennent plus indépendantes et plus instruites. Cela aidera aussi leurs enfants et leur famille ».

 

Women in Sri Lanka tea Plantations

 

« J’ai partagé mes idées avec Madame Olivia et, comme je bois beaucoup de thé et que j’en ramenais toujours du Sri Lanka, et aussi du Samahan pour soigner les rhumes, elle m’a dit "pourquoi tu ne monterais pas un business dans le thé ?", et c’est comme ça que ça a commencé ».

Nilu va au Sri Lanka à la rencontre de producteurs et crée son premier site "Natural Products by Nilu". « C’était un vrai challenge pour moi d’aller négocier avec des producteurs au Sri Lanka. J’avais peur qu’ils me jugent parce que je suis une femme et par mon origine et mon histoire. Mais j’ai pris mon courage à deux mains, j’ai parlé de mon projet et ils m’ont fait confiance ». Elle commence ainsi à vendre le thé en ligne dans son réseau de connaissances et par le bouche-à-oreille ; et son mari envoie les commandes depuis le Sri Lanka aux quatre coins du monde : Singapour, France, Hong-Kong, US, … C’est Olivia, webdesigner, qui a fait le site web. « Il est toujours là et je ne veux pas le fermer. Je crois que je garderai pour toujours ! ».

 

Nil Tea

 

Durant 4 ans, elle continue de travailler en tant que Helper à Singapour tout en faisant grossir son réseau et son entreprise. Elle reste aussi active dans AIDHA et suit le AsiaWorks Basic Training. Forte de cette expérience, elle se sent enfin prête à quitter Singapour. « Singapour, c’est chez moi aussi, je m’y sens bien, en sécurité, et je n’arrivais pas à partir. Mais il fallait aussi que je donne leur chance à ma vie et à mon mariage. Il était temps. »

Nilu est ainsi rentrée dans son pays et y a créé sa propre marque de thé, Nilu Tea, enregistrée officiellement le 5 mai 2018, et une association à but on lucratif, Emerging Hope Lanka, qui vise à éduquer les femmes et les rendre indépendantes pour qu'elles puissent démarrer leur propre micro-entreprise. 10% des bénéfices des ventes de Nilu Tea sont reversés à son ONG.

Nilu sélectionne des thés de Ceylan de qualité supérieure, issus de deux plantations, Kelani Valley et Talawakelle, éthiques et éco-responsables, certifiées par Rainforest Allianceet Ethical Tea Partnership.Dans le cadre de l'initiative "A Home for Every Plantation Worker", ces producteurs sont engagés pour le bien-être de leurs employés.

Nilu Tea est disponible en ligne et distribué à Singapour chez Redmart et à Food for Thoughts (National Museum), avec une sélection de six thés : thé vert, earl grey, camomille, menthe, citron-gingembre et cannelle. « Je veux remercier de tout mon cœur Mary Gomez Camba qui a fait mon nouveau site, Leticia Murillo pour mon logo et le branding de Nilu Tea, ainsi que Jeanne (Aidha) et Gilles (Vintage Wine) qui m’ont recommandés auprès de Redmart. Grâce à eux, nous avons pu vendre 500 boites de thés en un mois. Mon objectif est de 2000 boites cette année atteindre le seuil de rentabilité, et poursuivre cette aventure ».

Nous lui souhaitons une belle réussite !

Inauguration de Nilu Tea avec Mr Geeth Jayasinghe, Premier secrétaire de la Haute Comission du Sri Lanka à Singapour, et la famille Lambert-Dissescou
Inauguration de Nilu Tea avec Mr Geeth Jayasinghe, Premier secrétaire de la Haute Comission du Sri Lanka à Singapour, et la famille Lambert-Dissescou

 

 

 

 

Cecile Brosolo

Cécile Brosolo

Co-directrice éditoriale. Ingénieur de formation et passionnée par la photo, Cécile a naturellement pris en main les aspects de l'actualité qui touchent à la science et à la technique, à la photographie et à l'environnement.
1 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

Karin jeu 28/06/2018 - 08:53

Une histoire qui donne chaud au cœur! La destinée de Nilu à du être dirigée par sa foie, et, évidemment, par l'aide précieux d'Olivia et sa famille. Il faudrait pouvoir trouver plus d'histoire de ce genre, je suis persuadée qu'il a d'autre helpers qui ont eu la chance de recevoir du soutient de leurs employeurs.. Bonne continuation à Nilu!

Répondre