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SINGAPOUR AUTREMENT – AIDHA œuvre pour un avenir meilleur par l’éducation financière des femmes

Par Cécile Brosolo | Publié le 25/05/2017 à 13:06 | Mis à jour le 01/06/2018 à 15:46
Hanging out on campus

L'organisation à but non lucratif singapourienne AIDHA, du sanskrit signifiant « ce à quoi nous aspirons », propose depuis sa création en 2006 des cours de finance, de management et d'entrepreneuriat aux employées domestiques étrangères à Singapour. Une belle initiative qui offre à ces femmes l'opportunité d'acquérir des compétences et une indépendance pour se construire un meilleur avenir.

Entretien avec Marie-Laure Caille, consultante et intervenante à l'ESSEC business school, et enseignante bénévole à Aidha. 



Pouvez-vous nous parler de votre parcours, en quelques mots ?

Marie-Laure CailléMarie-Laure Caille ? Je suis en Asie depuis très longtemps et à Singapour depuis plus de 15 ans. J'ai d'abord vécu en Indonésie où j'ai travaillé pour les Nations-Unies, puis au sein du cabinet de conseil Boston Consulting Group. A Singapour j'ai également travaillé dans le conseil avant de me tourner vers l'éducation. J'enseigne aujourd'hui la finance et le consulting à l'ESSEC.

Je suis impliquée dans Aidha depuis 2008. J'ai commencé en tant que « mentor », c'est-à-dire la personne qui donne les cours et anime les ateliers. Aujourd'hui, je travaille avec une équipe de 15 personnes sur la refonte des cours. Les contenus sont ajustés et améliorés en permanence, mais cette année nous procédons à une refonte en profondeur, à une revue de la pédagogie et du programme. Et à partir de septembre, je serai à nouveau mentor pour les deux cours que je réécris en ce moment, et j'en suis ravie.
 

Qu'est-ce qui vous a poussé à devenir Mentor à Aidha et vous motive à continuer ?

- Deux choses importantes pour moi, auxquelles je me consacre et qui me passionnent, m'ont menées vers Aidha : l'éducation et la cause des femmes, leur émancipation, et prise d'autonomie et de pouvoir.

En Indonésie déjà, j'avais une implication auprès des femmes en tant que co-présidente du Forum for Executive Women (FIW). Par ailleurs, enseigner est quelque chose de très important pour moi. A Singapour, quand j'ai entendu parler de l'association, cela a résonné en moi.

Je pense que le sentiment d'être utile et d'avoir un impact positif sur ces femmes est un moteur fort. Ces femmes font un énorme sacrifice personnel et familial en quittant leur pays pour plusieurs années, et nous essayons de faire en sorte que ce sacrifice leur permette vraiment d'avoir une vie meilleure quand elles rentreront chez elles. Aussi, toute l'énergie et l'enthousiasme que l'on reçoit de la part des étudiantes, les émotions partagées et leur gratitude envers l'organisation et ses mentors sont des choses très fortes qui motivent énormément sur le long terme.

 

Comment sont conçus les cours ?

- Il y a un lien très fort entre Aidha et le monde académique. C'est assez inédit, et c'est à l'origine même de l'organisation, qui a été créée sous l'impulsion de l'UNIFEM (aujourd'hui UN Women). Sarah Mavrinac, l'une des fondatrices était alors professeur à l'INSEAD et a conçu les premiers cours.

Le contenu est fourni aux mentors, sous la forme de slides, de présentations et de supports divers avec des notes détaillées, les exemples qu'on peut donner, etc. Il y a un vrai processus académique, et un programme à respecter. Chaque mentor apporte sa personnalité et ses qualités, mais c'est très confortable et rassurant, surtout si on a jamais enseigné avant.
 

Quelle est l'approche pédagogique et quels sont les cours proposés ?


- Aidha a vraiment une approche holistique, et c'est, je pense, ce qui fait sa spécificité. Les cours couvrent donc des domaines larges de compétences : la finance, le leadership, les technologies de l'information, l'entreprenariat et le business management. Ils sont organisés de façon progressive, avec des prérequis pour accéder à certains modules.

Dans un premier temps, nous donnons aux étudiantes les bases importantes pour pouvoir faire un budget et épargner. La composante leadership, très forte, leur permet ensuite de gagner confiance en elles, de pouvoir s'exprimer correctement en public et de s'imposer, face à leurs proches notamment. Nous les formons également à l'utilisation de tous les outils IT modernes pour gérer au mieux tous les aspects de leur vie et les relations avec l'extérieur, mieux communiquer, être plus indépendantes, etc.

Le module le plus avancé couvre toutes les composantes de l'entreprenariat. On aborde le business plan, la partie financière, le cash flow, le management du risque, l'approche marketing, la négociation avec les fournisseurs et la gestion de la relation client, etc.

Ce sont des cours très adaptés aux étudiantes, très pragmatiques, qui alternent des concepts, des discussions, des exemples et des activités. L'objectif est vraiment de leur donner des outils pour préparer leur futur.

 Etudiantes AIDHA - Computer class
Aidha - Computer skills class 

Par rapport à vos autres expériences, donner des cours de finance aux helpers est-il différent ?

- Nous avons en effet des groupes d'étudiantes qui ont des niveaux très divers. Cela va d'une personne qui a quitté l'école jeune, à d'autres qui ont fini le lycée, voire qui ont fait une ou deux années d'études supérieures. Ce n'est pas toujours facile à gérer, mais cette diversité apporte une grande richesse aux discussions.

Même si elles n'ont pas toutes une éducation très formelle, ce sont des femmes très débrouillardes avec beaucoup de sens pratique, et on peut utiliser leur vécu dans les cours. On cite beaucoup de cas concrets, pour illustrer et expliquer les concepts et montrer comment les utiliser au quotidien. Je pense qu'il est important aussi de créer un espace de confiance, où elles se sentent à l'aise, et il faut laisser de la place pour que tout le monde puisse s'exprimer.

Ce sont des étudiantes extrêmement enthousiastes, elles sont avides de connaissances et recherchent vraiment un soutien. Cela se ressent énormément, et c'est un vrai plaisir d'enseigner, une belle expérience.

Mais beaucoup de ces éléments sont valables dans n'importe quel environnement d'enseignement et l'approche n'est donc pas très différente de la façon dont je conçois un cours pour des étudiants de l'enseignement supérieur par exemple.
 

 Créer son entreprise est-elle l'unique motivation pour ces femmes qui viennent vous voir ?

- Elles ne viennent pas toutes dans l'idée de créer une entreprise, non, et à peu près 40% des étudiantes ayant terminé le cursus le font. Leurs motivations sont diverses. Certaines veulent apprendre à gérer leur argent, d'autres souhaitent monter un business, parfois elles recherchent plus une communauté, car c'est aussi un lieu de rencontres et de socialisation où elles se font des amies.

En fait, beaucoup de helpers qui arrivent à Singapour pour gagner leur vie et mettre de l'argent de côté restent plusieurs années, parfois plus de 10 ans, et rentrent dans leur pays sans avoir épargné. La partie du cursus qui leur apprend à gérer leur argent et faire un budget est très importante ; elle les aide dans leur vie actuelle et les aidera aussi par la suite, pour épargner ou investir.

Faire la démarche de venir à Aidha n'est pas facile pour certaines étudiantes au départ. Cela peut être intimidant de retourner à l'école, dans une salle de cours, car c'est environnement qu'elles ont peut-être laissé il y a très longtemps. Ce premier pas est déjà critique et elles sont souvent timides quand elles arrivent, puis au fur et à mesure, elles s'ouvrent et communiquent beaucoup plus. Les étudiantes gagnent énormément en compétences et en confiance en elles.
 

Quels sont les types d'entreprises créées ?

- Il s'agit souvent d'ouvrir un mini-market, un restaurant, avoir une ferme, être couturière, ou investir dans des terres ou de l'immobilier. Cela peut aller de l'entreprise familiale simple à des business modèles plus sophistiqués. Nous avons l'exemple récent d'une étudiante qui a lancé un business de thé en ligne au Sri Lanka, et une autre une station d'eau potable dans son village aux Philippines.
 

Comment devient-on mentor chez Aidha ?

- Pour assurer un certain niveau et une cohérence, les mentors doivent connaitre le monde de l'entreprise, être actifs ou avoir une expérience professionnelle préalable de plusieurs années, quel que soit le secteur d'activité.

Tous les mois, Aidha organise une session de présentation détaillée aux personnes qui souhaitent rejoindre l'organisation, avec des témoignages de mentors et d'anciens élèves. Ensuite, les personnes qui souhaitent devenir mentor suivent une formation qui traite du contenu des cours et surtout de la pédagogie, pour savoir animer un cours. Enfin, chaque mentor débutant est accompagné d'un buddy mentor expérimenté, qui est dans la salle de cours les premiers temps pour aider et conseiller.

C'est une expérience tellement enrichissante et gratifiante, je recommande à tous ceux et celles qui sont intéressés de ne pas hésiter a franchir le pas!

Par ailleurs, Aidha offre également de nombreuses opportunités de s'impliquer en tant que volontaire sur d'autres missions ou projets en fonction des disponibilités, compétences et des centres d'intérêt de chacun.

 

Propos recueillis par Cécile Brosolo, www.lepetitjournal.com/singapour , le Jeudi 25 avril 2017.

Les témoignages des étudiantes à lire prochainement dans notre édition : notre rencontre avec Maria, Damayanti et Sri Yanah.

 

AIDHA EN BREF

Aida - graduation

Les chiffres

Organisation à but non lucratif créée en Juillet 2006,
reconnue d'utilité publique (statut IPC, Institutions of A Public Character)

250 volontaires actifs.

Plus de 3350 étudiantes depuis 2006

Environ 550 à 600 étudiantes chaque année

4 étudiantes sur 10 créent leur entreprise

8 étudiantes sur 10 investissent dans des actifs de production
(terres, immobilier, élevage)

9 étudiantes sur 10 épargnent au moins 250$ par mois
 

Les Cours

En anglais, les dimanches, sur le campus du United World College de Dover.

Module 1 : Finance, leadership et IT

Module 2 : entreprenariat et business management

Cours d'anglais sur 6 mois pour mise à niveau si nécessaire

 

http://www.aidha.org et https://www.facebook.com/aidha.org/  

 

Cecile Brosolo

Cécile Brosolo

Ingénieur de formation et passionnée par la photo, Cécile s'intéresse en particulier à la science et à la technique, à la photographie et à l'environnement.
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