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Le fondateur de Singapour Raffles, un esprit éclairé, curieux de tout

Sir Thomas Stamford Bingley Raffles est surtout connu comme le fondateur du Singapour moderne. Mais savez-vous qu’il est à l’origine du zoo de Londres et que plus de 2000 objets qu’il a collectés se trouvent aujourd’hui au British Museum à Londres ? Après vous avoir décrit dans un précédent article la carrière impressionnante de cet autodidacte aux origines modestes, Lepetitjourmal.com vous dévoile des aspects souvent méconnus de ce personnage hors du commun.

La Rafflesia (© Wikimedia)La Rafflesia (© Wikimedia)
La Rafflesia (© Wikimedia)
Écrit par Jean-Michel Bardin
Publié le 20 février 2026, mis à jour le 1 mars 2026

 

 

Raffles, un administrateur éclairé, soucieux du bien-être des populations 

Raffles est un homme de principe. Il est notamment contre l’esclavage, le jeu, et la drogue, qu’il s’attache à éradiquer dans tous les endroits qu’il a en charge, en se mettant souvent à dos les élites coloniales locales. Cela a d’ailleurs été parmi les nombreux sujets de friction avec Faquhar, l’officier qui l’a assisté en plusieurs occasions, notamment lors de la fondation de Singapour : Faquhar, faute de moyens légaux, avait laissé se développer quelques commerces troubles pour financer le développement de Singapour. Avant de quitter définitivement Singapour, en 1924, Raffles y met en place un système visant à une justice efficace.

 

C’est aussi un organisateur. Il fait de Singapour un port franc, facteur décisif de son succès.

 

Raffles met aussi un point d’honneur à régler les problèmes de fond des territoires qu’il dirige. À Java, bien qu’il sache son séjour limité par la fin des guerres napoléoniennes, il entreprend des réformes agraires et des campagnes de vaccination antivariolique, pour le bien-être de la population locale.  C’est aussi un organisateur. Il fait de Singapour un port franc, facteur décisif de son succès. Il conçoit le premier plan de Singapour avec ses quartiers communautaires, tel que nous les connaissons aujourd’hui. Le 5 foot way c’est aussi lui.

 

 

Le plan Jackson exécuté d’après les directives de Raffles (© National Archives of Singapore)
Le plan Jackson exécuté d’après les directives de Raffles (© National Archives of Singapore)

 

 

Il donne une grande place à l’instruction et à la culture. A Java, il ressuscite la société batave des arts et des sciences et achève un immeuble destiné à accueillir des concerts. Malgré son court séjour à Singapour, il y fonde un établissement d’enseignement, devenu depuis la Raffles Institution, ouverte aux étudiants de toutes origines. Tout cela ne plaisait pas trop à son employeur, la compagnie britannique des Indes orientales, qui était avant tout une entreprise commerciale soucieuse de faire des bénéfices. Raffles n’était pas un homme d’affaires. Il se sentait investi d’une mission au service de son pays et de son ambition. Il fut endetté toute sa vie et même au-delà : sa veuve a dû continue à rembourser ses dettes.

 

 

Borobudur, il récupère des têtes de Bouddha tombées du temple.

 

 

Un esprit scientifique curieux de tout

Raffles quitte l’école à 14 ans, car sa famille ne peut plus subvenir à ses études. Mais il ne cesse de poursuivre son éducation avortée, par la lecture, les conversations et les expéditions. Les loisirs ne font pas partie de son emploi du temps. Où qu’il soit, il va explorer le pays, découvrir la faune, la flore, la culture locale, collectionner et documenter tout ce qui lui tombait sous la main, s’informer sur l’histoire locale. A Malacca, il amasse des spécimens de plantes et d’animaux de tous types, les fait dessiner, et crée une ménagerie avec des oiseaux et des animaux, jusqu’à un couple d’orang-outang.

 

Lors de son séjour à Java en tant que gouverneur, il parcourt l’île en long et en large et va même jusqu’à Bali. A Borobudur, il récupère des têtes de Bouddha tombées du temple. Il collectionne des objets de tous types, comme deux orchestres complets de Gamelan et des marionnettes de théâtre d’ombre (le wayang). Tant et si bien que lors de son retour en Angleterre en 1816, il est chargé de 30 tonnes de malles. Parmi les objets qu’elles contiennent, plus de 2000 figurent aujourd’hui dans les collections du British Museum. Il met à profit son séjour à Londres en 1816-1817 pour écrire une Histoire de Java, une encyclopédie de près de 600 pages, comportant de nombreuses illustrations et couvrant les aspects les plus divers de l'île : faune, flore, population, mœurs, musique, littérature, religion, méthodes de chasse, … 

 

 

Un instrument de gamelan ramené par Raffles de Java à Londres (© British Museum)
Un instrument de gamelan ramené par Raffles de Java à Londres (© British Museum)

 

 

C’est à Sumatra, qu’il tombe sur la plus grande fleur du monde, en fait un parasite, qui porte désormais son nom : la Rafflesia

 

Lors d’un tour en Europe qu’il effectua en 1817, il s’intéresse à l’agriculture française et admire le jardin des plantes de Paris et son zoo. Autour de sa maison de Bencoolen, il plante du café et des épices. A Singapour, il lança un premier jardin botanique au pied de Fort Canning. De retour à Londres, il devient président de la société zoologique de Londres : le zoo, qu’il projette, n’ouvrira qu’après sa mort en 1828. En 1825, il achète une maison de campagne, où il va jouer le fermier.

 

Si vous souhaitez en savoir plus sur Raffles, lisez le livre de Victoria Glendinning, Raffles and the Golden Opportunity

 

A Bencoolen, il continue ses activités de collectionneur, mais malheureusement tous les objets qu’il amasse sont perdus dans le naufrage du bateau qui le ramène en Angleterre. C’est à Sumatra, qu’il tombe sur la plus grande fleur du monde, en fait un parasite, qui porte désormais son nom : la Rafflesia. Native des forêts tropicales d’Asie du Sud-Est, mesurant jusqu’à un mètre de diamètre, et dégageant une odeur pestilentielle, elle est rare et sa floraison ne dure pas plus d’une semaine. Il trouve aussi le temps d’aller visiter une île de cannibales au large de Sumatra pour s’informer de leurs mœurs.

Raffles s’intéresse aussi à la technologie. Lors de son séjour en Angleterre en 1816, il visite une fabrique de tapis et une mine de cuivre utilisant déjà une machine à vapeur, allant jusqu’au fond de la mine pour bien en comprendre le fonctionnement. Si vous souhaitez en savoir plus sur Raffles, lisez le livre de Victoria Glendinning, Raffles and the Golden Opportunity, disponible dans le réseau des bibliothèques publiques de Singapour.

 

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