Sir Thomas Stamford Bingley Raffles est surtout connu comme le fondateur du Singapour moderne. Mais savez-vous qu’il a été auparavant gouverneur de Java à 30 ans, et qu’il s’est entretenu avec Napoléon à Sainte Hélène ? Lepetitjourmal.com vous dévoile dans cet article le parcours impressionnant de cette personnalité aux origines modestes et à la santé fragile…


Après des journées de travail bien chargées, il trouve encore le temps de poursuivre son éducation, notamment en étudiant les sciences et le français
Raffles, une origine modeste compensée par une intelligence hors du commun
Raffles naît le 6 juillet 1781 dans une famille modeste de marins. Rien ne le prédestine alors au destin qui sera le sien, si ce n’est peut-être son lieu de naissance : le bateau de son père dans la mer des Caraïbes. Les difficultés financières de sa famille l’amènent à quitter l’école à 14 ans. Grâce à la recommandation d’un de ses oncles, commerçant en thé, il rejoint alors la compagnie britannique des Inde Orientales au plus bas échelon de l’organisation. Son travail consiste à recopier toutes sortes de documents qui transitent par cette énorme bureaucratie. Non seulement, il y apprend à bien écrire, dans tous les sens du terme, mais aussi, il pénètre les arcanes de cette organisation en enregistrant le contenu des documents qu’il copie et des conversations qu’il entend. Après des journées de travail bien chargées, il trouve encore le temps de poursuivre son éducation, notamment en étudiant les sciences et le français. Cette soif de connaissance ne le quittera jamais.
Il se fait aussi des relations grâce auxquelles 10 ans plus tard il est propulsé secrétaire adjoint à Penang, l’un des comptoirs stratégiques de la Compagnie, à l’entrée Nord du détroit de Malacca. En 1805, entre sa nomination et son départ un mois plus tard, il se marie avec une veuve dix ans plus âgée que lui. Elle allait être un support solide pour cet amoureux du grand large.

Agent visionnaire mais turbulent de la compagnie britannique des Indes Orientales
Il met à profit les six mois nécessaires pour atteindre Penang en apprenant le malais et y est nommé traducteur officiel peu de temps après son arrivée. Il devient rapidement la cheville ouvrière du comptoir de Georgetown et un des animateurs de sa vie mondaine, tout en approfondissant ses connaissances sur les cultures et les élites locales.

Les guerres napoléoniennes qui font rage en Europe ont des répercussions directes en Asie du Sud Est, où depuis deux siècles les puissances occidentales se disputent la production et le commerce des épices. La Hollande étant envahie par la France en 1795, l’Angleterre s’empare de Malacca, jusqu’alors néerlandaise, pour éviter que cette ville, contrôlant un détroit stratégique pour le commerce international, tombe entre les mains des Français.
il a un rêve que peu partagent : créer un empire britannique d’orient.
Raffles se rend à Malacca en 1807 et y rencontre le capitaine William Farquhar, qui commande alors cette position et avec lequel Raffles allait avoir des relations tumultueuses jusqu’à la fin de sa vie. Contre les orientations de la compagnie, Raffles, reprenant l’avis de Farquhar, défend, mais avec plus de succès, le maintien de Malacca comme place forte britannique. Car, il a un rêve que peu partagent : créer un empire britannique d’orient.

Raffles est nommé gouverneur de Java. Il n’a alors que 30 ans !
Depuis 1806, la marine britannique bloque les ports javanais paralysant le commerce franco-néerlandais, mais aussi local, ce qui nuit aux affaires de Penang. Raffles parvient à convaincre le gouverneur général de l’Inde, Lord Minto, de conquérir Java, alors que la compagnie, en difficulté financière, cherche plutôt à réduire la voilure. Raffles est désigné responsable de cette opération de bout en bout. Fin 1810, Raffles s’installe à Malacca pour la préparer dans le plus grand secret. Le 4 août 1811, la flotte britannique, forte d’une centaine de navires, arrive dans la baie de Batavia, aujourd’hui Jakarta. Les troupes franco-néerlandaises s’étaient retirées de la ville pour se regrouper un peu plus loin. Le 26 août, une bataille sanglante donne la victoire aux anglais, pourtant inférieurs en nombre, et le 11 septembre, Raffles est nommé gouverneur de Java. Il n’a alors que 30 ans ! Mais Waterloo sonne le glas de cette aventure : Java est rendu aux néerlandais et Raffles quitte l’ile, après y avoir enterré sa première femme.

Sur le chemin du retour vers l’Angleterre le navire fait escale à Sainte Hélène. Cette ile britannique, isolée au milieu de l’Atlantique Sud, est alors un point de ravitaillement habituel pour les navires anglais en transit entre l’Europe et l’Asie. Raffles ne peut résister à la tentation de rencontrer l’ex-empereur qui y est prisonnier. Mais il est déçu tant par son apparence physique de vieux bourgeois que par la rudesse de son comportement.
Il redore son blason auprès de la compagnie des Indes Orientales, qui n’avait pas apprécié la coûteuse aventure javanaise.
Raffles et ses relations dans la haute société britannique
Il arrive en Angleterre en 1816, plus de dix ans après l’avoir quittée. Il renoue avec sa famille, se remarie avec Sophia, et étend son cercle de relations. Il devient un ami intime de la fille du prince héritier de la couronne britannique et fréquente la famille royale, ce qui contribue à le faire chevalier. Il est désormais Sir Stamford Raffles, ce qui le ravit. Cette promotion l’introduit dans les cercles les plus élevés de la société londonienne, et redore son blason auprès de la compagnie des Indes Orientales, qui n’avait pas apprécié la coûteuse aventure javanaise. Il est alors nommé gouverneur de la compagnie à Bencoolen (aujourd’hui Bengkulu), un comptoir de la compagnie sur la côte sud de l'île de Sumatra. Le poste est modeste, mais il espère s’y enrichir pour préparer sa retraite. Fin 1817, le voilà de nouveau en route vers le théâtre de ses anciens exploits.
Il découvre Bencoolen dans un état pitoyable. Un tremblement de terre vient de frapper l’île, endommageant les habitations. L’économie se porte mal. Raffles ne baisse pas les bras pour autant. Il engage des reformes, explore son territoire en profondeur, et cherche même à négocier son extension. Il finit par se mettre un fois de plus son employeur à dos en s’immisçant dans un conflit entre néerlandais et britanniques à Palembang.
La fondation de Singapour, une intuition prophétique
Après le retour de Malacca aux néerlandais en 1815, les anglais ne disposent plus que de Penang et de Bencoolen dans la région. Cela était insuffisant pour contrôler le commerce des épices, face à des néerlandais qui étendent leur influence dans l’archipel malais. Une implantation au sud de Malacca apparaît indispensable pour la survie de la compagnie. Grâce à son entregent et malgré l’incident de Palembang, Raffles se fait désigner pour cette mission. Il fait revenir de congé William Farquhar, vieux routier de la région, pour l’assister.
Il quitte définitivement l’Asie début 1824.
Le 18 janvier 1819, Raffles quitte Penang pour explorer la côte malaise vers le sud en quête d’un site pour établir un port. Le 28 janvier, il jette l’ancre au large de Singapour, site jugé favorable. Il note que les néerlandais n’y sont jamais venus. Il joue de querelles de succession dans la famille des sultans de Johore pour négocier en 9 jours un traité donnant à la compagnie des Indes Orientales le droit d’implanter un comptoir à Singapour, au grand dam des néerlandais et de son employeur qui ne croit pas en la pérennité de cette implantation. Le 13 février, Raffles est de retour à Penang, ayant laissé Faquhar en charge de ce nouveau poste, mais avec moultes instructions. Le 31 mai, il fait escale quelques semaines à Singapour sur la route de Bencoolen. En octobre, il est à Calcutta pour plaider en faveur d’un regroupement des comptoirs britanniques d’Asie du Sud Est sous une seule autorité : cela sera concrétisé sous la forme des Straits Settlements, mais bien après le départ de Raffles. Il revient à Singapour en 1822 pour 9 mois avant de repartir vers sa résidence de Bencoolen. Il quitte définitivement l’Asie début 1824.

Sa population, estimée à 150 à l’arrivée de Raffles, est de plus de 10.000 lors du recensement de 1824 !
En cumulant ses divers séjours, Raffles aura passé moins d’un an à Singapour, ce qui fait douter certains, déjà de son vivant, de sa réelle part dans la fondation de ce qui allait devenir le fleuron de l’empire britannique en orient. William Faquhar, qui a débarqué avec Raffles sur le bord de la Singapore river le 28 janvier 1819, y réside en permanence pendant plus de quatre ans, construisant toutes les infrastructures permettant à la cité de prospérer : sa population, estimée à 150 à l’arrivée de Raffles, est de plus de 10.000 lors du recensement de 1824 ! En fait, chacun des deux a joué un rôle dans ce succès, Faquhar, le militaire, assurant la gestion, et Raffles, le politique, donnant les impulsions décisives. Mais vous chercherez en vain le nom de Faquhar dans le paysage urbain de Singapour, alors que celui de Raffles y est omniprésent.
Une vie parsemée de drames personnels
Raffles a été heureux en mariage avec ses deux épouses successives. La première, Olivia, est décédée à Java en novembre 1814 et Sophia, la seconde, lui a survécu pendant plus 30 ans, pendant lesquels elle a largement contribué à faire fructifier la notoriété de son mari. En revanche, il a vu mourir 4 de ses 5 enfants. Lors de son retour final en Angleterre, en 1824, le bateau qui le transportait prend feu et explose le soir même de son départ de Bencoolen. Raffles put sauver sa femme, et son dernier fils, mais perdit toutes ses affaires et ses richesses, notamment tout ce qu’il avait collecté durant son séjour à Sumatra, et tous ses documents personnels et souvenirs : 135 énormes caisses, sans compter les cages contenant des animaux exotiques vivants.
Il meurt le 5 juillet 1826, la veille de son 45ème anniversaire, à Hendon, faubourg du Nord de Londres.
Raffles était un enfant chétif et a eu des problèmes de santé (migraines et nausées sévères) toute sa vie, ce qui rend ses exploits d’autant plus remarquables. Il meurt le 5 juillet 1826, la veille de son 45ème anniversaire, à Hendon, faubourg du Nord de Londres. L’autopsie pratiquée à sa mort a révélé qu’il souffrait d’une malformation artérioveineuse cérébrale, probablement d’origine congénitale, qui explique ses souffrances.
Le vicaire de l’église Sainte Marie de Hendon, où ont lieu les funérailles de Raffles, était un grand défenseur de l’esclavagisme, que Raffles n’a cessé de combattre. Il exige une cérémonie privée et refuse d’enterrer Raffles à l’intérieur de l’église et même de marquer son lieu de sépulture. De ce fait, pendant des décennies, nul ne sait où gisent les restes d’un des héros de l’empire britannique. Le mystère est levé en 1914, quand, à la faveur de travaux d’agrandissement de l’église, son cercueil est retrouvé. L’emplacement de sa sépulture est aujourd’hui marqué par une plaque sur le sol de l’église.

Si vous souhaitez en savoir plus sur Raffles, lisez le livre de Victoria Glendinning, Raffles and the Golden Opportunity, disponible dans le réseau des bibliothèques publiques de Singapour. La suite de cet article à venir...
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