Depuis novembre 2025, Cédric Bozonnat est le responsable du pôle énergie, transports et développement durable au Service Économique Régional de l’ambassade de France à Singapour. Le petitjournal.com l’a rencontré pour qu’il nous en dise plus sur son parcours, ses missions, ses principaux sujets d’attention à Singapour et dans la région, et ses premières impressions sur la cité-État.


Cédric, vous êtes arrivé à l’ambassade de France à Singapour il y a quelques mois. Quel a été votre parcours jusqu’alors ?
Je suis originaire de Nîmes. Je quitte le sud de la France à 18 ans pour la région parisienne, afin d’intégrer une classe préparatoire à Versailles. Après l’école Polytechnique, j’intègre le corps des Ponts, des Eaux et des Forêts, et pars cette fois aux Etats-Unis pour un master spécialisé sur les énergies renouvelables à l’université de Stanford. Je commence à travailler en 2016 comme fonctionnaire à la direction générale de l’énergie et du climat au sein du ministère de la Transition écologique. J’y travaille d’abord au bureau des énergies renouvelables, en m’occupant notamment de la politique de développement du solaire photovoltaïque (appels d’offres, tarifs d’achat), puis je prends la tête du bureau de la politique des véhicules, dans un contexte post dieselgate et de soutien aux véhicules électriques et autonomes. Début 2020, j’intègre en tant que conseiller le cabinet du ministre délégué chargé des transports, Jean-Baptiste Djebbari.
J’ai aussi pu porter la partie « transports » de la loi climat et résilience
La crise sanitaire liée au Covid-19 nous occupe alors beaucoup, d’abord la gestion de la crise et tous ses impacts sur les transports, puis le lancement d’un plan de relance dans un cadre durable. J’ai aussi pu porter la partie « transports » de la loi climat et résilience, ainsi que le plan de déploiement des infrastructures de recharge pour les véhicules électriques. Après près de 2 ans au sein du cabinet, je me mets en disponibilité pour rejoindre à Marseille la compagnie maritime française CMA CGM, afin de piloter l’approvisionnement de la flotte de navires en carburants décarbonés, en particulier les biocarburants. En effet, la masse des navires commerciaux et la longueur de leurs routes les rendent pour la plupart inaptes à une propulsion électrique : les batteries occuperaient l’essentiel de leur volume ! A la fin de ma disponibilité, je réintègre la fonction publique et suis affecté à l’ambassade de France à Singapour.
Vous occupez les fonctions de conseiller pour l’énergie, les transports et le développement durable. Quelles sont précisément vos missions ?
Je travaille au service économique régional, d’où une responsabilité sur l’ensemble des pays de l’ASEAN, avec des relais dans certains pays. Dans mon domaine de l’énergie, des transports, et du développement durable, mon rôle est de renforcer la coopération entre la France et Singapour, et les autres pays de la région en lien avec les différents services économiques, de promouvoir les politiques publiques françaises et d’accompagner les entreprises françaises désireuses de se développer dans la région. Il s’agit aussi de réaliser des analyses sectorielles régionales, sur ces différents domaines, et de contribuer aux différentes négociations bilatérales, multilatérales ou internationales. Enfin nous sommes également chargés de préparer et d’organiser les visites et missions des autorités françaises, comme celle du ministre des transports, Philippe Tabarot, lors du Singapore Airshow début février. Pour l’ensemble de ces missions, j’ai la chance de pouvoir compter sur une VIA (volontariat international en administration) à mes côtés et bientôt sur un conseiller transports qui nous rejoindra début mai 2026.

Y a-t-il des enjeux particuliers dans ces domaines à Singapour et en Asie du Sud-Est ?
Le domaine de l’énergie fait face en permanence à un « trilemme », entre sécurité d’approvisionnement, prix de l’énergie, et décarbonation. La crise actuelle met en évidence les vulnérabilités de certains pays : les Philippines ont par exemple décrété l’état d’urgence énergétique face aux risques d'approvisionnement en carburant. Dans d’autres pays comme le Vietnam et la Thaïlande, les autorités remettent le télétravail au goût du jour pour économiser l’énergie. Globalement cette crise nous rappelle que la sécurité d’approvisionnement est le premier des enjeux, notamment dans une région du monde où la consommation d’énergie va être probablement multipliée par 2,6 d’ici 2050.
Singapour réfléchit, comme beaucoup de ses voisins, à recourir à d’autres formes d’énergie bas carbone, telles que l’énergie nucléaire
Singapour est dans une position particulière, en tant que centre important de transit et de raffinage pétrolier. La petite taille du pays limite par ailleurs fortement les capacités de développement en matière d’énergie renouvelable. Aujourd’hui, 95% de l’électricité de Singapour provient de gaz importé (dont 50% environ de GNL gaz naturel liquéfié). La crise actuelle va certainement renforcer les travaux de Singapour pour diversifier ses approvisionnements énergétiques. D’abord avec le solaire, Singapour a rempli en avance son objectif d’installation de 2 GW de capacité, et s’est fixé un nouvel objectif de 3 GW pour 2030. Ensuite via les interconnexions avec les autres pays, notamment dans le cadre de l’ASEAN Power Grid. Singapour a par exemple attribué à l’occasion de la visite du Président de la République française à Singapour fin mai 2025 une licence conditionnelle au projet Singa de Total Energies, afin d’importer de l’électricité solaire produite en Indonésie, via un câble sous-marin d’une centaine de kilomètres. Enfin, Singapour réfléchit, comme beaucoup de ses voisins, à recourir à d’autres formes d’énergie bas carbone, telles que l’énergie nucléaire. Ainsi l’intérêt et l’engouement qu’ont suscité les Small Modular Reactors (SMR) ont aussi atteint cette partie-là du monde, qui doit trouver des solutions pour assurer à long-terme la sécurité d’approvisionnement et la décarbonation du mix.
Dans le domaine des transports les enjeux sont également colossaux pour Singapour, dont le port est le deuxième plus grand au monde pour le trafic de conteneurs (derrière Shanghaï) et l’aéroport de Changi souvent listé parmi les meilleurs aéroports au monde. Le réseau de transport public est également au centre des préoccupations, avec seulement 33% des ménages qui possèdent un véhicule. La cité-Etat a mis en place des politiques très volontaristes pour à la fois maintenir la compétitivité et l’efficacité de ce réseau de transport, et le décarboner progressivement. Fin 2025, plus de 50% des nouveaux véhicules immatriculés étaient électriques contre environ 25% en France à la même période. Dans l’aérien, Singapour a annoncé la mise en place d’une taxe sur les billets d’avion affectée au développement d’une filière de carburant d’aviation durable.
les entreprises françaises représentent d’ailleurs environ 10% des emplois de ce secteur à Singapour, notamment chez Airbus, Air France, Safran et Thales
Dans tous ces domaines, la France apporte son concours dans le cadre de son Partenariat Stratégique Global avec la cité-État, signé lors de la visite du Président de la République en mai dernier. Ce Partenariat couvre notamment un accord intergouvernemental sur le nucléaire civil pour aider Singapour à évaluer cette solution. Il comprend également une coopération maritime renforcée, avec des acteurs français majeurs comme les ports HAROPA et Marseille-Fos, ou encore l’armateur CMA CGM. La coopération sur l’aérien est également très forte, les entreprises françaises représentent d’ailleurs environ 10% des emplois de ce secteur à Singapour, notamment chez Airbus, Air France, Safran et Thales. Dans le transport terrestre enfin Alstom est un acteur historique du réseau MRT fournissant matériel roulant et signalisation, et la RATP, via sa filiale RATP Dev, sera le premier acteur non singapourien à exploiter une ligne de métro, la future Jurong Region Line (JRL), en partenariat avec SBS Transit.
Vous avez toujours travaillé dans ces domaines. Qu’est-ce qui vous y a attiré ?
La transition énergétique m’est toujours apparue comme un sujet essentiel pour le futur de notre société. Dès 2010 l’Université de Stanford a créé un master dans ce domaine et je m’y suis engouffré. J’ai eu la chance depuis de pouvoir en faire un fil conducteur de mon début de carrière, que ce soit dans les domaines de l’énergie ou du transport, dans le public ou dans le privé. C’est d’ailleurs un sujet qui nécessite une très forte collaboration entre les pouvoirs publics et les entreprises privées, ce qui m’a également motivé.

« Singapour est un havre de sécurité et de propreté. »
Quelles sont vos premières impressions sur Singapour ?
Singapour est un havre de sécurité et de propreté. C’est très appréciable lorsqu’on arrive en famille, avec un petit de 2 ans et demi. Je suis aussi beaucoup frappé par la végétation luxuriante, l’efficacité des transports, et la diversité culturelle, religieuse et linguistique, avec une cohabitation harmonieuse des différentes communautés. Dans un rayon de trois heures d’avion, il y a beaucoup de choses à voir. Bien sûr, il y a la chaleur et l’humidité, mais cela ne m’empêche pas de venir au bureau à vélo et de continuer à pratiquer mes sports favoris dont le triathlon. En janvier 2026, nous avons participé avec ma femme au format court (18 km) de l’ultra trail d’Angkor, au milieu des temples, permettant d’allier sport et visite culturelle. Un souvenir magnifique !
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