Mercredi 19 janvier 2022
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Circuler à moto à Singapour : Témoignage d’une motarde

Par Lepetitjournal Singapour | Publié le 12/01/2022 à 18:00 | Mis à jour le 13/01/2022 à 13:57
Photo : @oleg magni
motards sur la route

« Tu conduis une moto ici ? C’est dangereux ! » Je ne compte pas le nombre de fois où j’ai entendu cette phrase… Ni le nombre de fois où j’ai aussi vu des yeux pétiller, un peu envieux ou admiratif !

C’est dangereux dès que tu te mets en selle !

Conduire un deux-roues est par définition dangereux. J’en appelle à tous ceux qui pratiquent le vélo au milieu des voitures et des piétons ! Sans citer mon ami médecin urgentiste qui raconterait les blessés parfois terriblement accidentés. En revanche, les tests du permis moto en France sont rigoureux et je témoigne conduire beaucoup mieux après avoir passé le permis A qu’après le permis B.

Plus encore qu’un automobiliste, le motard doit acquérir une bonne connaissance de la culture locale. Par exemple, prenez en compte que les contrôles arrière ne sont pas systématiques ! La culture automobile locale s’est ainsi clarifiée après mon premier incident. Un automobiliste a reculé pour se garer, dans le parking de ma résidence, sans regarder derrière et sans voir que je venais d’arriver derrière lui. Il a quand même senti qu’il rentrait dans quelque chose et s’est arrêté.

Je bénis toujours que mon fils pratiquait le trampoline et a réussi à sauter à côté du scooter que je m’efforçais de retenir de tomber. Ça, c’est la limite d’être une femme motarde de 60 kg qui ne fait pas du body building par rapport au poids de 130kg du Yamaha NMax !

Un moyen de locomotion pratique sur l’ile

J’ai d’abord choisi, il y a quatre ans, de louer un scooter pour sa commodité : se déplacer facilement, accueillir un passager, transporter mes multiples sacs (je suis le genre « jamais sans mon sac à dos ni mon ordi ! »). Je ne vous ferai donc pas de récit de virée avec une bande de motards ni d’expédition découverte de la péninsule. Un scooter loué (pre-covid) n’était pas autorisé en Malaisie de toute façon et il n’y a qu’en Malaisie qu’on peut utiliser le mot « virée » !

Je partage juste, dans ce billet, quelques anecdotes d’un quotidien un peu inusité à Singapour : des plaisirs simples comme de profiter du vent, du paysage et de ses odeurs (herbe coupée, jasmin, terre mouillée…), de se faciliter les déplacements, y compris en multimodal (scooter-MRT) ou encore la joie de se balader avec un passager ou une passagère. Merci à Liberty, Cocotte, et Poulette ! Liberty, le modèle loué pas cher pour tester la formule, nom annonciateur de ces 4 ans de deux roues à Singapour que je relate. Cocotte, le 2e, scooter, un Yamaha NMax. Baptisé par mon fils qui lança un « Hue cocotte » à notre première escapade. Poulette, parce que le 3e était blanc et qu’il fallait rester dans le même champ lexical. Aujourd’hui, c’est Pépère, un gros SYM 200 malais acheté d’occasion qui adore se caler à 90 km/h sur l’autoroute.

 

 

femme sur un scooter

 

Comment se passe le permis ?

Vous vous interrogez sur des détails pratiques, je le sens. L’équivalence du permis se fait comme le permis de conduire automobile, en repassant le code de la route (« Traffic Police’s Basic Theory Test »). Le permis français A sera accepté et transféré pour un permis deux roues jusqu’à 200cc. Pour conduire un plus gros cube, il faut en revanche prouver, en autre, que vous avez possédé et assuré une moto au moins deux ans à l’étranger. Ceux qui ont passé le permis de conduire moto ici disent que c’est un parcours du combattant très long.

La seule option pour obtenir votre permis moto est de vous inscrire dans l'une des écoles de conduite suivantes pour un permis de classe 2B :

Le permis moto de base, qui vous autorise à conduire des motos jusqu'à 200cc, est appelé classe 2B.

Un an après avoir obtenu votre permis de classe 2B, vous pourrez vous inscrire à la classe 2A, qui vous autorise à conduire des motos jusqu'à 400cc.

Et un an après avoir obtenu votre permis 2A, vous pouvez vous inscrire à un cours de classe 2, qui vous permet de faire de la moto sur n’importe quel engin.

Combien ça coûte ?

Côté budget, j’avais négocié une location sur un an d’un Yamaha NMax 155 pour $380 par mois, tout compris (entretien, réparation, remplacement après 10 000km, COE…). Le site Dollars and Sense donne un coût estimatif de S$48K sur une période de 10 ans pour une moto (https://dollarsandsense.sg/cost-of-owning-a-motorcycle-in-singapore-over-10-years/). Se garer ne coûte pas cher, quelques centimes dans les HDB par exemple. J’ai cependant payé le tarif voiture dans un parking du CDB ($15 de mémoire) une fois, et maudit de ne pas avoir trouvé mon habituel parking dans les ruelles (65c la journée). Faire payer une amende pour parking impayé, sur un emplacement dans la rue, doit d’ailleurs coûter plus cher à percevoir pour les autorités que l’impayé lui-même.  En effet, expérience vécue, j’ai reçu une admonestation disant que j’étais en tort mais n’aurais rien à régler.

Se garer aura été ma plus grande aventure jusqu’à présent, le temps de repérer les parkings, essentiellement à Orchard, qui n’acceptent pas les motos. Je me suis ainsi retrouvée engagée quelques fois dans une descente devant une barrière impitoyablement fermée et à lancer un appel au secours au dieu des motardes pour m’en sortir. C’est-à-dire, une fois, mon fils m’a aidé à pousser le scooter en marche arrière, et une autre fois, le gardien est arrivé en courant.

Un plaisir de conduire qui peut être gâché par une pluie tropicale

Ce que j’aime à moto ? Conduire sous l’orage… pas vraiment. Tester et re-tester l’expression se faire tremper jusqu’aux os ? Un peu bien sûr, car on peut être vraiment, vraiment, trempée très vite. Cependant, les abris à moto sous les ponts sont une des inventions locales bien appréciées. Cela permet d’échanger avec les locaux qui, comme vous, enfilent pantalon et kway, troquant en général leurs chaussures contre les tongs (sans commentaire sur ce dernier point) : « oui, il va pleuvoir fort », dit-il, en regardant son téléphone. « J’ai le temps d’arriver à Tanglin ? » « Ça devrait aller ! ». Il était beau et grand, il sentait le gazole chaud, ce jeune Malais, je lui ai pardonné que je sois entrée dans un mur de pluie 500m plus loin…

 

moto sous la pluie
@ Latrach Med Jamil on Unsplash

 

Un moyen de locomotion peu utilisé par les femmes

Est-ce différent d’être une femme au guidon ? Les workers me regardent doubler leur camion avec un peu de curiosité. On m’a quelque fois cédé le passage. Les gardiens apprennent très vite à me connaitre et me saluent souvent d’un geste. Ai-je croisé d’autres femmes ? Oui, une petite poignée. La plus haute en couleur, une Singapourienne chinoise du côté de Kovan, sur sa Harley, en jean troué sur collant résille, cheveux rouges et noirs.

Alors, à quand la « Juju Bar Team » à Singapour -pour ceux qui connaissent la BD des motards ?! Je viens de découvrir un FB group Singapore Female riders par exemple.

 

Pour conclure, je voudrais rendre hommage aux motards de ma vie, qui se trouvent être tous des hommes. A mon oncle, qui a fait découvrir à l’adolescente qu’on se penche dans le même sens que lui dans les virages. A F., pour les belles balades en région parisienne et dans le Lot-et-Garonne. Au père de mes fils avec qui j’ai fait des virées extraordinaires et vécu mes pires sensations de froid à moto. A C., pour être le passager qui m’a remis en selle. A mon père, pour ses anecdotes de motard qui partait en hiver à l’école, la veste bourrée de papier journal pour se tenir chaud. Merci.

 

Une motarde anonyme

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