Le samedi 28 mars 2026, l’Alliance Française organise un évènement unique et un projet inédit de “concert œnologique” où Ida Pelliccioli - pianiste concertiste et sommelier en formation - associera des œuvres musicales à de grands vins dans le même esprit d’une association gastronomique mets et vins où le lien entre les deux mondes sublimera chacun d’eux en ouvrant l’esprit du public à de nouvelles dimensions de réflexion et d’émotion . Lepetitjournal.com a interviewé l’artiste et Mathieu Gomez de l’Alliance Française, organisateur de l’événement, pour en comprendre la genèse.


Toutes les informations utiles du concert à retrouver ici
Matthieu, comment est venue l’idée de cet événement ?
L’Alliance Française a pour mission de réunir les communautés singapouriennes et françaises et pour cela nous produisons principalement des événements pluridisciplinaires où les arts se rencontrent et facilitent l’accessibilité, au-delà du langage. Il y a un an, nous avons été contactés par Ida Pelliccioli, pianiste renommée qui voyage beaucoup, pour savoir si nous étions intéressés pour organiser un concert avec elle à Singapour. Nous avons alors étudié comment nous pouvions collaborer et nous avons monté en avril 2025 une série d’événements avec elle : un concert interactif spécialement adapté pour un public familial, un récital sur Debussy et ses inspirations, et des master classes pour élèves de piano. Le concert pour enfant a eu un tel écho que nous l’avons reprogrammé en septembre.
Ida a élaboré un projet exclusif, original et multisensoriel
Après le succès de ces collaborations, nous avons regardé ce que nous pouvions faire d’autre. Nous avons saisi l’opportunité de notre programme sur l’art viticole À TABLE! From Vines To Wine pour demander à Ida de nous concevoir un concert à cette occasion. Grâce à ses compétences œnologiques, afin de marier deux domaines qui partagent des valeurs communes comme le savoir-faire, la tradition, l’élégance mais surtout l’émotion.
À l’Alliance française de Singapour, Mathieu Gomez fait dialoguer vin et art
Je me souviens encore du moment où mon piano a été livré et de la fascination que j’éprouvais pour l’instrument.
- Ida Pelliccioli, pianiste
Ida, qu’est-ce qui vous a amené au piano ?
La musique classique a toujours été présente à la maison, dans le studio de peinture de mon père ; cela l’inspirait. Puis, un jour, en visitant des amis qui avaient un piano, mes parents m’ont demandé si je souhaitais en faire, et je n’ai pas hésité un seul instant. Je me souviens encore du moment où mon piano a été livré et de la fascination que j’éprouvais pour l’instrument. Mes parents ont déménagé en France lorsque j’avais 5 ans, et le réseau des conservatoires municipaux français nous a permis un accès très facile à l’éducation musicale.
Comment vous êtes-vous intéressée à l’œnologie ?
Je suis une personne curieuse, j’aime apprendre et, dans mon métier, j’ai parfois été en contact avec des professionnels du vin (j’ai déjà joué dans certains domaines ou festivals œnologiques), des amateurs de vin et on m’offre parfois aussi des bouteilles de vin à la place de fleurs en fin de concert ! L’envie de développer mes connaissances dans ce domaine et la découverte de la certification internationale WSET m’ont fait franchir le pas. Une nouvelle grande passion est née, et au début, je n’imaginais aucun lien entre ces études et la musique !
Chacun de mes programmes est construit de manière documentée (...) ce qui les unit est le thème de l’”Introspection” (...) une musique de l’introversion, de l’intimité, du moi dans son rapport au monde et à l’autre.
- Ida Pelliccioli, pianiste

Comment avez-vous composé le répertoire du concert ?
Chacun de mes programmes est construit de manière documentée et en souhaitant qu’il y ait un lien, un fil conducteur entre les différentes œuvres - ici ce qui les unit est le thème de l’”Introspection” que l’on peut comprendre comme une démarche très personnelle dans l’écriture des œuvres présentées, une musique de l’introversion, de l’intimité, du moi dans son rapport au monde et à l’autre.
Je ne présente jamais un concert monographique avec un seul compositeur, car le but du programme de concert est précisément pour moi de créer un lien nouveau entre des œuvres aux écritures différentes, de les placer “en contexte”. Chacun de mes programmes est flexible et “Introspections” a été adapté afin de mettre en avant des vins d’exception. Tout le programme est par ailleurs concentré sur une période de tournant de siècle avec Sibelius, Fauré, Busoni et Janáček, une période où la voix et le style singuliers de chaque compositeur ont pu s’épanouir.
Comment a été effectuée la sélection des vins ?
Le principe de base de la sélection a été celui d’un accord classique de mets et vins en sommellerie, c’est-à-dire qu’il fallait qu’il y ait une progression dans l’intensité et la complexité des vins et c’est pour cela que l’on part d’un vin sec rafraîchissant et que l’on termine par un vin doux. Ensuite, je me suis attachée à choisir le style de vin qui correspondait le mieux aux différents moments du programme et aux différentes notions d’“Introspection”. Il fallait conserver une idée d’intériorité et d’identité avec Sibelius (compositeur national par excellence, inspiré par sa terre, la Finlande) et Fauré qui a développé un style intimiste qui lui est propre. Le vin correspondant devait lui aussi avoir une identité et une complexité aromatique qui lui permettent de s’exprimer sans intervention de vinification extérieure et j’ai également recherché un vin minéral, qui puise ses caractéristiques dans le sol, dans la profondeur - le riesling s’est imposé comme choix évident.
Avec le deuxième vin, j’ai voulu créer une surprise en choisissant un champagne, que l’on a généralement l’habitude de déguster en ouverture de soirée. Mais il s’agit ici d’un vin élaboré en “réserve perpétuelle”, c’est-à-dire que plusieurs millésimes sont placés ensemble en fût de chêne afin que le vin jeune soit éduqué par les vins plus anciens. Cette sélection fait écho à la Fantasia nach Bach de Busoni sur plusieurs niveaux de lecture, puisque le compositeur a utilisé trois pièces préexistantes de J.S.Bach pour construire cette œuvre qui n’est ni une transcription, ni une œuvre originale. Elle aussi est bâtie avec du matériau “ancien” pour devenir une œuvre à part entière. Par ailleurs, en méthode traditionnelle du champagne le CO2 produit par la fermentation alcoolique est piégé dans la bouteille, ce qui donne naissance aux bulles - on retrouve l’idée introspective que tout est gardé à l’intérieur, sans ajout de composants exogènes. Cette méthode utilise aussi la décomposition des lies (levures) en bouteille pour conférer au champagne ses notes aromatiques et l’œuvre de Busoni naît comme un hommage à son père décédé. Comme dans le Menuet de Ravel extrait du Tombeau de Couperin où il rend hommage à ses camarades tombés au combat, il y a ici l’idée que par la perte, la décomposition, il y a une renaissance possible, les arômes naissent comme l’œuvre naît inspirée par une volonté de mémoire riche et pacifiée.
Enfin, le dernier style de vin s’est imposé très facilement (...) l’introspection est ici à comprendre comme quintessence et c’est cette notion que l’on retrouve dans l’œuvre de Janáček.
- Ida Pelliccioli, pianiste
Enfin, le dernier style de vin s’est imposé très facilement, puisque l’œuvre de Janáček “Dans les brumes” fait écho aux conditions de développement de la pourriture noble, botrytis, qui a besoin de brouillards matinaux, et qui donne naissance à une catégorie de vins doux très complexes et concentrés. En effet, le botrytis entraine la déshydratation du raisin donnant naissance à un produit final qui représente l’expression ultime du cépage d’origine. L’introspection est ici à comprendre comme quintessence et c’est cette notion que l’on retrouve dans l’œuvre de Janáček qui a été qualifiée de “journal” du compositeur et dans les trois menuets de Ravel où il transcende la forme de cette danse ancienne tout en conservant son essence originelle.
Le choix des références précises a été enfin guidé par la volonté de présenter des vins français, des vins exceptionnels et dont les particularités aromatiques et l’élégance se marient encore une fois à la tonalité et à l’atmosphère de chaque œuvre. De manière générale, les vins rouges passant par davantage de procédés de vinification, ne correspondaient pas à ce thème de pureté d’expression, de quintessence et d’indigénéité. Mais d’autres programmes œnologiques sont en cours d’élaboration !
Je ne voudrais pas oublier de remercier Gérard Olivier, journaliste et sommelier, ainsi que Philippe Faure-Brac, Meilleur Sommelier du Monde 1992, qui m’ont assistée dans cette sélection.
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