Le quai Clifford renferme un des lieux de recueillement les plus importants de Singapour. Celui qui rend hommage à Mahatma Gandhi. Lepetitjournal.com vous explique pourquoi Singapour est si attachée à cet homme dont les cendres constituent son seul passage dans la cité-État.


L'apport essentiel des Indiens à l'identité de Singapour
Au moment où Sir Thomas Stamford Raffles jeta son dévolu sur Singapour en 1819, cette île de quelques centaines de pêcheurs était recouverte de forêts primaires tropicales, de marais de mangroves et d’animaux sauvages. Chargé par la Compagnie britannique des Indes orientales d’établir un port commercial et d’étendre l’influence de l’Empire colonial anglais en Asie du Sud-Est, Raffles décida de l’établir stratégiquement au croisement des bateaux de commerce entre le Moyen-Orient, l’Asie du Sud-Est et la Chine. Singapour s'imposait alors pour endiguer l’influence des Pays-Bas sur cette zone géographique. Il débarqua sur l’île accompagné de domestiques et d’une centaine de soldats indiens (appelés “sepoys”) pour prévenir toute revendication des Hollandais ou des pirates.
L’absence de taxe sur les marchandises importées ou exportées à Singapour attira immédiatement des navigateurs et des commerçants faisant exploser la population insulaire qui passa à plusieurs milliers d’habitants dès 1821. Pour continuer à prospérer, Raffles comprit que Singapour avait besoin d’être urbanisée pour satisfaire à l’intérêt général (école, hôpital, tribunal, musée, jardin…). Afin de mener à bien son projet, il puisa abondamment dans la main-d’œuvre peu coûteuse de la Compagnie britannique des Indes orientales. Les Indiens, issus de la société civile d’abord, furent déployés dans tous les corps de métier (fonctionnaires, domestiques, ouvriers dans les travaux de construction de routes et de bâtiments publics). D’autres Indiens migrèrent d’eux-mêmes vers Singapour pour devenir notamment des commerçants, prêteurs d’argent, clercs, comptables, enseignants, avocats, etc.
Singapour et l'Inde : une ancienne connexion…
Une volonté d’indépendance des indiens de Singapour
À partir de 1825, des prisonniers indiens de droit commun, mais aussi des prisonniers politiques, furent déportés à Singapour pour fournir de la main-d’œuvre supplémentaire. L’autorité britannique incita ces prisonniers à bien se comporter en les hiérarchisant selon leurs compétences et comportements et en leur affectant notamment un intendant et un médecin en fonction de quotas. Certains surveillaient leurs pairs et d’autres furent armés pour protéger en cas d’attaque de tigre lors des déforestations. Ironie de l’histoire, ils construisirent la première prison coloniale à Bras Basah à partir de 1840, où logeaient les prisonniers indiens. Le racisme, les discriminations et leur sacrifice humain durant les deux guerres mondiales attisèrent la volonté d’indépendance des Indiens de Singapour. Ils s’inspirèrent du combat mené par ceux du sous-continent emmenés par Mohandas Karamchand Gandhi, surnommé Mahatma Gandhi ("Grande âme" en sanskrit) qui utilisa la désobéissance civile pour résister au colonisateur d’abord, puis amener l’Inde vers l’indépendance le 15 août 1947. Ce fut le premier État d’Asie à devenir indépendant du Raj britannique. À cette même époque, cette lutte indépendantiste était scrutée par Lee Kwan Yew, futur fondateur du Singapour moderne, qui était alors étudiant en droit à Londres, comme l’était Mahatma Gandhi soixante ans avant lui.

Le lieu d’immersion des cendres de Mahatma Gandhi à Singapour. Crédit : Estelle Huang
Le 2 octobre, c’est Gandhi Jayanti !
L’hommage rendu à Mahatma Gandhi par le peuple singapourien
Mahatma Gandhi n’est jamais venu à Singapour de son vivant. Après son assassinat le 30 janvier 1948, il fut incinéré selon la tradition hindoue. Ses cendres furent réparties dans plusieurs urnes et envoyées dans différentes régions d'Inde et du monde, notamment à Singapour en mars 1948. Elles furent exposées au Victoria Memorial Hall pour que la foule, composée de plusieurs milliers de personnes de toutes races, se recueille devant ses cendres, qui furent ensuite dispersées en mer à 3,2 km de la pointe sud de Singapour, au niveau du quai Clifford. En hommage, le Mahatma Gandhi Memorial Hall fut construit au 3 Race Course Lane et inauguré le 25 avril 1953.
Lee Kwan Yew a toujours revendiqué l’apport essentiel des Indiens dans la fondation de Singapour et l’influence spirituelle de Mahatma Gandhi sur ses combats et ses politiques. En effet, il fut lui-même victime de racisme et de discriminations durant sa vie, particulièrement lorsqu’il était étudiant à Londres et dans son propre pays, pendant l’occupation de l’armée japonaise durant la Seconde Guerre mondiale. Fondamentalement anti-colonialiste et rejetant l’idée de domination d’une race sur une autre, le combat de Lee Kwan Yew pour l’indépendance et la multiracialité commença dès son accession au pouvoir en 1959, comme Premier ministre de l’État autonome de Singapour au sein de l’Empire anglais.
Quand, en 1963, Singapour se libère du joug des Britanniques, elle rejoint alors la Fédération de Malaisie en 1963. Lee Kwan Yew, Premier ministre de Singapour, entama en 1964 une tournée dans 17 pays nouvellement indépendants d’Afrique et en Inde, où il rencontra Pandit Jawaharlal Nehru, à l'époque premier ministre de l’Inde indépendante, qui partageait les valeurs humanistes de Mahatma Gandhi. Cette tournée conforta Lee Kwan Yew dans son objectif d’une société multiraciale. Tout comme son entourage, notamment Govindasamy Sarangapany, journaliste qui milita pour promouvoir l’identité tamoule singapourienne moderne. Enfin, les émeutes raciales à Singapour, qui aboutirent à la séparation avec la Malaisie puis à la proclamation d’indépendance le 9 août 1965, poussèrent Lee Kuan Yew à graver dans la constitution singapourienne l’égalité entre ses citoyens, la liberté de culte et la reconnaissance du tamoul comme l’une des langues officielles de Singapour. Il insuffla toute sa vie durant ses discours et ses actions sa volonté d’une société multiraciale et unie pour mettre en avant Singapour.
Le 2 juin 2018, une plaque en hommage au lieu d’immersion des cendres de Mahatma Gandhi est dévoilée conjointement par le Premier ministre indien en exercice Narendra Modi et l’ancien Premier ministre singapourien Goh Chok Tong sur le quai Clifford. Chaque année, la Journée internationale de la non-violence est commémorée le 2 octobre, date anniversaire de la naissance de Mahatma Gandhi.
Sur le même sujet






























![Quatre comédiens de la comédie [title of show] sur un fond jaune semblent chanter.](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fbackoffice.lepetitjournal.com%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2F2025-12%2F%255Btitle%2520of%2520show%255D.jpeg&w=828&q=75)
![Quatre comédiens de la comédie [title of show] sur un fond jaune semblent chanter.](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fbackoffice.lepetitjournal.com%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2F2025-12%2F%255Btitle%2520of%2520show%255D.jpeg&w=750&q=75)

