Édition internationale

Guerre au Moyen-Orient : quelles sont les conséquences pour l’Asie du Sud-Est ?

Alors que le conflit au Moyen-Orient se poursuit, le cours du pétrole flambe et provoque un choc sur les marchés mondiaux. Quelles sont les conséquences économiques pour l’Asie du Sud-Est ? La rédaction vous répond.

Champs de pétrole et de gaz Tarim situés à Korla, dans le centre du Xinjiang. Le bassin du Tarim est le plus grand bassin pétrolier et gazier de la République populaire de Chine.Champs de pétrole et de gaz Tarim situés à Korla, dans le centre du Xinjiang. Le bassin du Tarim est le plus grand bassin pétrolier et gazier de la République populaire de Chine.
Le blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transitent 20 % du pétrole et du gaz naturel sur la planète, a un effet considérable pour les pays asiatiques. Crédit : Asian Development Bank via Flickr. CC BY-NC-ND 2.0.
Écrit par Capucine Canonne
Publié le 11 mars 2026

 

L’escalade des tensions au Moyen-Orient inquiète aussi à des milliers de kilomètres, en Asie du Sud-Est. Le blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transitent 20 % du pétrole et du gaz naturel sur la planète, a un effet considérable pour les pays asiatiques, qui utilisent ce détroit pour s’approvisionner en hydrocarbures pour la consommation des particuliers mais aussi pour leurs usines, leurs centrales électriques et l’ensemble d’un écosystème industriel. 

 

Une hausse inévitable des prix de l’énergie en Asie du Sud-Est

Le porte-monnaie est donc directement impacté par une éventuelle pénurie énergétique. À Singapour par exemple, l’autorité énergétique singapourienne (Energy Market Authority) a mis en garde contre un risque de hausse des prix de l’électricité. Le pays dépend en effet des importations de gaz : environ 95 % de son approvisionnement transite par le détroit d'Ormuz. Au Vietnam, le Premier ministre Pham Minh Chinh dit s’attendre à des effets possibles sur l’inflation et la croissance vietnamienne, dont l’objectif affiché est de 10 % en 2026. De son côté, le Laos a enregistré une forte hausse des prix des carburants le 6 mars 2026, l’une des plus marquées depuis les chocs énergétiques de 2022. La hausse provoque de longues files d’attente dans les stations-service de la capitale et accentue la pression notamment sur l’agriculture, secteur essentiel pour l’économie laotienne.

 

Quelles réactions de Singapour face à l’escalade en Iran et au Moyen-Orient ?

 

Doit-on s’attendre à un choc inflationniste pour autant ? Les gouvernements asiatiques semblent très attentifs à l’inflation, notamment en mettant sur la table des mesures ou des subventions aux carburants. C’est le cas de l’Indonésie, dont l’inflation est déjà élevée : 4,76 % en février 2026 après 3,55 % en janvier et 2,92 % en décembre 2025.

 

Si le conflit « s’éternise (...) il pourrait finir par provoquer un choc stagflationniste majeur sur l’économie mondiale et européenne. »

 

De son côté, la Commission européenne a mis en garde, lundi 9 mars 2026, contre « un choc stagflationniste majeur » en cas de guerre prolongée au Moyen-Orient. Un mélange de stagnation et d’inflation. Si le conflit « s’éternise, avec des perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz et des attaques contre les infrastructures énergétiques des États du Golfe, il pourrait finir par provoquer un choc stagflationniste majeur sur l’économie mondiale et européenne », a averti le commissaire européen Valdis Dombrovskis.

 

Les bourses financières asiatiques se sont affolées

L’économie mondiale est « de nouveau mise à l’épreuve », a affirmé jeudi 5 mars 2026, depuis Bangkok, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva. Les inquiétudes liées aux perturbations de l'approvisionnement en pétrole et à une hausse de l'inflation en Asie se sont également reflétées au cœur des places boursières. Mercredi 4 mars, les bourses asiatiques ont violemment dévissé : Séoul a perdu 12 % et Tokyo 4 %. Lundi 9 mars 2026, l'indice Nikkei japonais chutait de 6,6 %. Douze jours après le début du conflit, les indices restent volatiles, mais certaines bourses reprennent quelques couleurs, comme Tokyo qui gagne 1,43 %  le 11 mars 2026, suite à un certain apaisement des craintes concernant l'approvisionnement en pétrole. Les Bourses asiatiques semblent réagir positivement à l'annonce, le 10 mars 2026, de l'Agence internationale de l'énergie d'une large libération de ses réserves de pétrole pour endiguer la flambée des cours de l'or noir. 

 

Les pays d’Asie du Sud-Est réagissent et vite 

Les pays d’Asie du Sud-Est réagissent aux problèmes d’approvisionnement en carburant. Aux Philippines par exemple, le président Ferdinand Marcos Junior a annoncé le 7 mars 2026 le passage à une semaine de 4 jours pour les services publics. Lundi 9 mars, le gouvernement vietnamien a annoncé la suspension - avec effet immédiat et jusqu’à fin avril - des droits de douane sur les importations de carburants. Le lendemain, le gouvernement appelle officiellement les fonctionnaires à ne pas aller travailler et privilégier le télétravail. 

En Thaïlande, les autorités, qui se veulent rassurantes selon notre correspondant lepetitjournal.com, appellent les entreprises à ne pas profiter de la situation pour augmenter leurs tarifs abusivement. Vendredi 6 mars, le pays a décidé de suspendre immédiatement ses exportations de carburants. Singapour se prépare aussi  à ajuster sa trajectoire économique. Quant à l’Indonésie, le pays prévoit d’augmenter le montant alloué aux subventions aux carburants dans son budget d'État. 

 

Hausse du pétrole, la Thaïlande surveille l'impact sur les prix

 

Des conséquences pour le transport aérien asiatique

La fermeture prolongée des grands hubs du Golfe après les frappes américano-israéliennes contre l’Iran bouleverse l’équilibre du transport aérien mondial. Avec l’arrêt partiel des plateformes de Dubaï, Doha et Abu Dhabi, des géants régionaux suspendent des milliers de vols, provoquant l’annulation de plus de 16 000 rotations au Moyen-Orient. Cette paralysie réduit brutalement les capacités sur les routes entre l’Europe, l’Asie et l’Océanie. Résultat immédiat : une hausse rapide des tarifs et une redistribution du trafic au profit de compagnies européennes… mais surtout asiatiques.

 

Guerre au Moyen-Orient: les conséquences économiques mondiales

 

Pour le dire autrement, de nombreuses liaisons Europe-Asie se reportent vers des compagnies capables d’opérer des vols directs ou de s’appuyer sur des hubs alternatifs. En Asie, plusieurs transporteurs profitent directement de ce déplacement de la demande : Cathay Pacific, Singapore Airlines, Thai Airways ou encore EVA Air voient leurs avions se remplir, avec des prix qui s’envolent un peu trop parfois…

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