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FRENCH FILM FESTIVAL - Ariane Toscan du Plantier : "il y a un public à Singapour pour les films français"

Par Cécile Brosolo | Publié le 17/11/2016 à 12:03 | Mis à jour le 18/11/2016 à 09:57
Photo : French Film Festival 2016 (c) Cédric Vrolant
Ariane Toscan du Plantier

Présente à Singapour pour le French Film Festival, Ariane Toscan du Plantier, la directrice de la communication et du patrimoine chez Gaumont partage sa passion pour le cinéma et sa vision de l'exportation des films français en Asie.

Gaumont est partenaire du French Film Festival 2016, avec une belle sélection de films.

Ariane Toscan du Plantier - Lorsque nous avons préparé en avril dernier l'exposition « Gaumont, 120 ans de cinéma » à Singapour[i], j'ai été fascinée par le travail de l'équipe de l'Ambassade et de Guillaume Duchemin à l'Institut Français. Exporter des films, c'est compliqué, mais faire voyager le patrimoine et trouver un public pour l'exposition, c'est encore plus difficile. Une vraie relation s'est instaurée à cette époque, et quand on a parlé du festival, j'ai tout de suite ouvert le catalogue Gaumont.

On a discuté ensemble de la sélection, pour présenter des films sortis récemment qui pourraient plaire au public singapourien. Car, bien sûr je suis ravie que la communauté française expatriée puisse profiter de l'occasion pour découvrir, ou redécouvrir, des films mais ce n'est pas l'objectif premier. Il s'agit de montrer aux distributeurs locaux qu'il y a un public pour les films français, et un marché possible. Aujourd'hui les distributeurs à Singapour n'achètent pas de films français en pensant qu'il n'y a pas de public et nous reprochent de les vendre trop cher pour le marché potentiel. Nous essayons de créer un lien au fil des années pour changer la tendance.

Une sélection très éclectique, avec « Chocolat » en film d'ouverture.

Nous avons travaillé ensemble avec l'Institut Français pour sélectionner des films qui pourraient plaire ici. On a choisi des films sérieux et d'autres plus légers, plus faciles d'accès, et des comédies.

Nous nous sommes beaucoup posé la question du public pour Chocolat, mais je pense qu'il peut y avoir une résonnance à Singapour sur ce thème du racisme. C'est un film dont on avait d'ailleurs aussi un peu peur en France car l'histoire est loin d'être légère, mais c'est un film important pour nous. Omar Sy était le seul et l'unique à pouvoir porter ce rôle, et sa popularité évidemment aide énormément. Ensuite, c'est un ensemble, une alchimie, qui fait son succès. La réalisation de Roschdy Zem, dont les parents sont issus de l'immigration, arrive à sensibiliser sur la problématique par petites touches non culpabilisantes, et avec légèreté.

On montre par ailleurs dans la sélection un film que j'aime beaucoup, Les malheurs de Sophie. Il ouvre une brèche très peu utilisée, celle du film d'auteur pour enfants. Christophe Honoré est capable du film le plus âpre et le plus difficile d'accès, comme de ce film pour enfants très fidèle à l'écriture et élégant. Il touche aussi bien sûr toute une génération qui a étudié le livre à l'école, et qui a envie de transmettre cette culture à ses enfants. Belle et Sébastien, film familial,et Un homme à la hauteur, une comédie, sont aussi des films faciles d'accès qui devraient trouver un public.

La légèreté du ton dans Nous 3 ou rien par rapport au thème de l'histoire est extraordinaire. Je pense qu'il est important aujourd'hui de parler des gens qui doivent fuir leur pays pour des raisons politiques, et de dire que ça peut bien se passer aussi. Le film est sorti en France dans un contexte d'actualité très lourde, en pleine crise des migrants, et on s'est dit que les gens allaient refuser le film. Mais le fait que ce soit l'histoire de sa vie, et que ce soit dit avec humour, change la donne. Ce film devrait trouver un écho à Singapour qui a une mixité inouïe dans sa population.

Enfin, Coup de tête, film de Jean-Jacques Annaud connu et apprécié en Asie, est un film politique, sur la société, ? et tellement actuel.

Autre lieu, autre Festival, mais toujours des films Gaumont en Asie : parlons du Festival « Memory ! » à Rangoon en Birmanie.

Oui, j'arrive de Rangoon où j'étais pour « Memory ! International Film Heritage Festival », et je dois dire que c'est un choc de civilisations de Rangoon à Singapour ! Deux ambiances complètement différentes.

C'est un festival international qui présente des films anciens, de patrimoine, de divers pays et en particulier des films birmans restaurés. C'est un festival génial, mais compliqué car les birmans découvrent tout en même temps, du muet à la 3D en passant par le documentaire et la couleur. Il y a un énorme travail à faire pour accompagner le public birman, mais il y a une vraie curiosité, un enthousiasme. L'intérêt pour le cinéma commence et il est important que nous soyons présents maintenant, avec nos moyens. Et nos moyens ce sont nos films. On a la chance chez Gaumont d'avoir un catalogue très large, avec des films d'auteur, mais aussi des comédies et des films familiaux, qui sont peut être plus faciles pour commencer. On essaye d'arriver avec un cinéma familial et ludique pour habituer le public.

Des films familiaux, c'est un peu l'image de Gaumont ?

Gaumont a en effet une image de films plutôt familiaux, mais quand on regarde bien, de tous temps, il y a toujours eu, à côtés de films plus accessibles, des films d'auteur, même si nous ne sommes pas réputés pour cela en premier lieu. Je pense que c'est justement cette diversité dans la production des films qui fait notre marque et notre qualité.

Il y a une quinzaine d'années quand Sidonie Dumas, la fille de Nicolas Seydoux, a pris la Direction Générale de Gaumont, on nous reprochait de ne pas avoir une ligne directrice quant aux choix de nos films, et aujourd'hui on nous félicite pour la variété de notre catalogue.

Il y a quelques temps, on avait Noémie Lvovsky (Camille redouble), les frères Larrieu (L'amour est un crime parfait) et Les Kaïra la même année. Mais ça marche ensemble, ça peut vivre ensemble, c'est le propre du cinéma. Il y a de tout. Et moi j'aime les films familiaux, légers, et je voudrais évoluer dans un pays que j'aime, la France, où la comédie a sa place auprès du public, et de la critique.

Benjamin Dubertet, Ariane Toscan, Guillaume Duchemin - photo (c) Cédric Vrolant

M. Benjamin Dubertet, Ambassadeur de France à Singapour, Ariane Toscan du Plantier, Guillaume Duchemin.
French Film Festival 2016 

Quelle est la place du cinéma asiatique en France et chez Gaumont ?

Bien sûr le cinéma asiatique nous intéresse, mais nous avons chez Gaumont une culture du cinéma français très ancrée avec 99,9% de films français au catalogue. De plus, contrairement à des distributeurs qui achètent des films, nous aimons être complètement impliqués dans les projets, produire ou coproduire des films, et prendre tout le mandat. Nous n'avons donc pas une capacité à sortir plus de 15 films par an, et il y a de nombreux films français à produire.

Ceci dit, nous nous intéressons beaucoup à ce qui se passe en Asie. Le Japon a une culture cinématographique très forte, c'est un très bon marché pour le cinéma français et nous sommes présents. L'Inde est un cas particulier avec une forte production qui ne s'exporte pas et n'importe pas non plus. Le marché intérieur est énorme et autosuffisant.

Les équipes Gaumont vont beaucoup en Chine en ce moment pour aller chercher de la coproduction. On a très envie d'aller vers ce marché formidable, pour des raisons commerciales, mais aussi culturelles. Il y a de nombreux auteurs et réalisateurs très intéressants en Chine. On les connaît et on les suit. Il y a une vraie curiosité mutuelle et une envie de travailler ensemble mais cela prend beaucoup, beaucoup de temps.

Comment choisissez-vous les films que vous produisez ?

Nous n'avons pas de critères spécifiques. Evidemment, nous aimons suivre les talents avec qui nous avons l'habitude de travailler, parce qu'il y a une vraie relation, une envie et une confiance bien sûr. Et nous avons d'autre part la chance de voir arriver des gens nouveaux. Dernièrement, avec des personnes comme les frères Larrieu ou Noémie Lvovsky, dont on vient de faire le dernier film, c'étaient de vraies rencontres. Ce sont des gens dont on aime le talent, on aime le regard. Et enfin, d'autres fois, c'est un coup de c?ur.

Lorsqu'on sélectionne un film, nous sommes en comité. Sidonie Dumas en est la directrice et a la décision finale, mais nous sommes plusieurs autour de la table. Il y a des hommes, des femmes, des jeunes, des plus âgés, des célibataires, des avec enfants, des divorcés, ? et chacun réagit plus à une histoire qu'à une autre et nous débattons ensemble.

Et vous, qu'est-ce qui vous séduit dans un scénario ?

Moi, je crois que le cinéma est une question d'émotions. On me demande souvent quel est mon film préféré chez Gaumont, mais je n'ai pas de film préféré, et je ne sais pas définir un style que j'aime en particulier. En revanche, je sais qu'un film va me faire réagir et me plaire parce qu'il va susciter des émotions. Et cela est très personnel, cela dépend de son vécu et de l'état émotionnel dans lequel on se trouve au moment où on découvre le film pour la première fois, que ce soit en salle ou à la lecture du scénario.

Merci Ariane Toscan du Plantier. On vous retrouve pour le French Film Festival jusqu'au 20 novembre 2016, et pour l'exposition « Gaumont, 120 ans de cinéma » à l'Alliance Française jusqu'au 26 novembre. Et on vous souhaite encore de belles années de cinéma avec Gaumont !

 

Propos recueillis par Cécile Brosolo (www.lepetitjournal.com/singapour), vendredi 18 novembre 2016. 

 

Photos: Cédric Vrolant www.cedricvrolant.com

Voir nos articles sur le French Film Festival :

FRENCH FILM FESTIVAL - L'éclectisme du cinéma français à Singapour 

French Film Festival - Nos coups de coeur

French Film Festival - Rencontre avec Finnegan Oldfield, le Kid de "Les Cowboys"

French Film Festival - Rencontre avec Nicolas Altmayer, producteur de "Chocolat"

Festival Memory! par l'édition lepetitjournal.com de Birmanie

[i]  L'exposition Gaumont, 120 ans de cinéma a eu lieu du 15 avril au 15 mai 2016 au National Design Centre. Voir notre article : Gaumont, 120 ans de cinéma au centre national du design 

 

Cecile Brosolo

Cécile Brosolo

Co-directrice éditoriale. Ingénieur de formation et passionnée par la photo, Cécile a naturellement pris en main les aspects de l'actualité qui touchent à la science et à la technique, à la photographie et à l'environnement.
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