Édition internationale

L’ONG Passerelles Numériques brise le cycle de la pauvreté par l’éducation digitale

Depuis vingt ans, l’ONG Passerelles Numériques s’est fixée un objectif ambitieux : permettre à des jeunes issus de milieux très défavorisés d’accéder à l’enseignement supérieur dans le numérique et à un emploi durable. Présente aujourd’hui dans quatre pays - Cambodge, Vietnam, Philippines et Madagascar - l’association est actrice d’insertion professionnelle et d’impact social. A Singapour, trois ambassadeurs engagés, Céline de Robillard, Bruno Schricke et Mireille Giraud (ou Mimi) témoignent de l’action de cette organisation.

Passerelles numériques au Cambodge - crédit photo PNPasserelles numériques au Cambodge - crédit photo PN
crédit photo PN
Écrit par Capucine Canonne
Publié le 19 février 2026, mis à jour le 25 février 2026

 

 

Bruno Schricke résume avec simplicité la raison d’être de Passerelles Numériques : “Notre mission repose sur un principe clair : permettre à des jeunes vivant sous le seuil de pauvreté d’accéder à des études supérieures dans le digital.” Mais derrière cette opportunité individuelle se cache une transformation bien plus large : "lorsqu’un jeune obtient un emploi, il ne change pas seulement sa propre vie. Il soutient aussi sa famille, son village et parfois toute sa communauté", souligne-t-il. Mais comment les jeunes peuvent-ils avoir la chance de se former avec Passerelles Numériques ? 

 

Créée en 2005, cette association française à but non lucratif célèbre aujourd’hui deux décennies d’engagement. Entre 2005 et 2026, Passerelles Numériques a permis à plus de 3.265 étudiants d’obtenir leur diplôme, contribuant ainsi à un changement durable en Asie du Sud-Est et à Madagascar. L’organisation s’appuie sur un modèle équilibré : chaque pays dispose d’une gouvernance locale solide. La collecte de fonds se fait aussi localement avec le soutien des entreprises, des fondations et du gouvernement local.  Chaque centre a aussi un status local.

 

 

Les équipes locales sillonnent des zones rurales isolées pour identifier les jeunes susceptibles de bénéficier du programme

 

 

 

 

Une sélection exigeante pour maximiser l’impact social

Intégrer les programmes de Passerelles Numériques est une véritable chance, mais aussi un parcours exigeant. Les équipes locales sillonnent des zones rurales isolées pour identifier les jeunes susceptibles de bénéficier du programme. Elles rencontrent les familles, présentent les cursus proposés et évaluent la situation sociale des candidats. L’ONG s’adresse prioritairement aux jeunes issus de familles aux ressources extrêmement limitées. “L’objectif est d’aider les familles les plus vulnérables”, précise Céline, représentante de l’organisation à Singapour. Les candidats doivent ensuite passer plusieurs étapes : tests en mathématiques et en langues, entretiens de motivation, et visites au sein des familles afin de mieux comprendre leur réalité quotidienne.

 

 

credit photo : PN
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Des formations de Passerelles Numériques adaptées aux besoins locaux

Passerelles Numériques ajuste ses programmes selon les réalités économiques de chaque pays. La durée des études varie ainsi entre 2 et 4 ans selon les centres. Au Cambodge, la formation dure deux ans. Aux Philippines, les jeunes sont formés sur deux ans et demi. Au Vietnam, la formation s'étale sur trois ans. A Madagascar, les étudiants suivent une formation préparatoire puis un accompagnement universitaire avec un soutien socio-éducatif. En 2026, 899 étudiants suivront une formation chez Passerelles Numériques. Au Cambodge, pays historique de l’ONG, le contexte social justifie particulièrement l’action éducative. “79% de la population vit en milieu rural” soulignent les ambassadeurs de Singapour, qui rappelle que la proportion d’étudiants dans l’enseignement supérieur est de 19 % en 2024.

L’association accorde également une importance majeure à l’égalité entre les femmes et les hommes. Pour Céline, cet engagement est indispensable : “l’éducation est l’un des piliers pour sortir durablement de la pauvreté. Former les filles est fondamental pour faire évoluer les mentalités et renforcer l’avenir des communautés.”

 

 

un réseau alumni PN -
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Un taux d’insertion professionnelle élevé, un réseau d’alumni mondial 

Les résultats parlent d’eux-mêmes : “100 % des jeunes formés trouvent un emploi, et 92 % d’entre eux y parviennent en moyenne dans les deux mois suivant la fin de leur formation », soulignent fièrement Mimi, Céline et Bruno. L’impact dépasse largement le cadre individuel. Aujourd’hui, ce sont environ 12.000 personnes qui sortent indirectement de la pauvreté grâce à Passerelles Numériques, en tenant compte des familles et des communautés soutenues par ces jeunes diplômés. Cette forte employabilité repose sur des formations construites en lien étroit avec les besoins réels du marché local. L’ONG développe des partenariats avec des entreprises qui proposent stages, emplois, mentorat, ainsi que des financements pour les formations et les équipements.

 

Passerelles Numériques a changé ma vie. Aujourd'hui, je dirige ma propre entreprise informatique et ma famille peut se permettre de manger

 

Certaines trajectoires illustrent particulièrement cette réussite. Omuoy Heang est aujourd’hui Présidente Directrice générale d'Asia Digital Technology Innovation. Elle est diplômée du programme Passerelles Numériques depuis 2012 : “L’ONG ne se contente pas de former des diplômés, elle forme des leaders dotés d'empathie et de vision” insistant sur la confiance en elle gagnée. Aujourd’hui, la jeune femme donne à son tour les moyens d’agir à des milliers de jeunes en Asie. Putheary Sem est une ancienne élève de la promotion 2008 et aujourd’hui fière entrepreneure. “J’ai obtenu mon diplôme d'études secondaires en 2005. Je n'avais pas les moyens d'aller à l'université. Lorsque j'ai été acceptée au PNC, ma mère s'y est opposée. Étant l'aînée, ma famille avait besoin que je gagne de l'argent pour subvenir à leurs besoins. Passerelles Numériques a changé ma vie. Aujourd'hui, je dirige ma propre entreprise informatique et ma famille peut se permettre de manger et de payer les études de ses enfants.” témoigne-t-elle. 

 

 

 

Quand on voit concrètement l’impact de l’association sur la vie de ces jeunes, il est impossible de rester indifférent

 

 

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Des ambassadeurs mobilisés depuis Singapour

Le réseau d’ambassadeurs joue un rôle déterminant dans le développement de l’association, notamment pour la création de partenariats et la mobilisation de ressources. Bruno soutient Passerelles Numériques depuis plus de dix ans, un engagement né après une rencontre avec la direction et une visite sur le terrain. “Quand on voit concrètement l’impact de l’association sur la vie de ces jeunes, il est impossible de rester indifférent”, confie-t-il. Céline est ambassadrice depuis deux ans et demi. Mimi, forte de trente ans d’expérience dans la tech, voit dans son rôle une manière d’utiliser ses compétences professionnelles au service d’un projet solidaire. “Quand on travaille dans la tech, aider des jeunes à développer leurs compétences dans ce domaine a vraiment du sens pour moi”

Comment soutenir l’ONG Passerelles Numériques ? L’ouverture de nouveaux centres est envisagée, mais elle nécessite des ressources importantes. “Pour lancer un programme dans un nouveau pays, il faut disposer d’un budget suffisant au minimum deux années d’activité”, rappelle Bruno. En 2026, les ambassadeurs de Singapour souhaitent encourager entreprises et particuliers à s’engager aux côtés de l’ONG. Le soutien peut prendre différentes formes : contributions financières, accueil de stagiaires, dons de matériel ou appui logistique. Pour Mimi, l’enjeu est clair : “C’est une association qui mérite réellement d’être soutenue. Investir dans l’éducation de jeunes motivés, c’est contribuer concrètement à bâtir un monde plus équitable et porteur d’espoir.”

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