Édition internationale

SHOREDITCH - Partir à la chasse au street art

(BEST OF DE L'ETE) Fut une époque où le street art se contentait d'un simple graffiti sur les murs, plus ou moins coloré, plus ou moins complexe. De nos jours, la gamme s'est étendue aux pochoirs, aux textures, aux matériaux. Il ne s'agit plus de vandalisme mais d'art à part entière, reconnu, recherché puis, souvent, exposé. D'art des rues, il devient mARTketing

[crédits photo: Coralie Grassin]

Shoreditch, il y a une dizaine d'années, ne drainait pas grand touriste le week-end. Brick Lane mis à part, le quartier paraissait gris, pauvre, délabré. Le street art y prend donc aisément racine : pour faire ses gammes, mieux vaut s'approprier un mur abandonné plutôt que subir les foudres d'un propriétaire, la bravoure viendra peu à peu.  Quelle surprise pour les locaux de découvrir sur leur chemin habituel une parodie, un dessin poétique, une touche d'humour… La nouvelle se répand, les médias sociaux prennent le relai et les amateurs viennent depuis traquer ces œuvres éphémères, appareil photo à l'appui. L'attrait réside également dans la chasse : certains dessins sont signés, d'autres non, comme cette Mary Poppins moderne. Il s'agit alors de reconnaitre un style ou de rechercher sur le net la moindre information.

La plupart des créations durent peu : quelques jours parfois quelques semaines.  Les intempéries ont raison des posters, les murs sont refaits à neuf, les œuvres recouvertes par d'autres.  Le public, pourtant, affectionne cet art des rues, jusqu'à récemment pétitionner pour sauver une œuvre de Roa de la destruction.

Quelques grands artistes du moment

D'autres sont soutenues par un quartier. Eine avait commencé de peindre ici et là des lettres multicolores sur les rideaux métalliques des magasins. L'idée plait aux boutiquiers qui en commandent pour leur établissement, l'artiste est lancé. Sur Middlesex street, l'artiste demande l'autorisation de chacun pour compléter un alphabet entier, porte après porte. Une fois l'heure de la fermeture passée, vous pourrez toutes les découvrir de A à Z, ainsi qu'un HAPPY devant lequel les touristes aiment à poser. Un autre mur, dans la même rue, voit s'envoler des lettres : bel effet au milieu de bâtiments bien classiques! Un tel succès que Cameron a offert l'une de ces œuvres à Obama : pour la première fois, le street art s'attaque aux murs de la Maison Blanche.

Les supports papier, sont favorisés : moins solides dans le temps, soit, mais la rapidité de la pose permet de moins se faire remarquer. Vous trouverez d'autres matériaux : Space Invaders prépare des plaques de mosaïques inspirées du jeu vidéo iconique, qu'il ne reste qu'à coller à l'endroit stratégique. Citizen Kane travaille des masques exotiques aux couleurs chatoyantes. La gamme est large. Sur Brick Lane, vous trouverez encore un champignon doré par l'artiste Christian Aagel.

Amour, gloire et expositions

Si le street artist agit d'abord par vocation, il ne renie pas pour autant le succès pour pouvoir vivre de sa passion. Prenez Banksy, par exemple, quel marketing : une exposition en musée officiel il y a deux ans, des livres, un film …  Les galeries contemporaines raffolent de cette nouvelle vague et certaines, comme Stolenspace, se spécialisent dans cette branche. Un nouveau show s'accompagne généralement d'une série d'œuvres dans la ville. Space Invaders avait ainsi affiché des aliens en carreaux géants, C215 parsemé ses visages fabuleux dans Shoreditch… autant par plaisir que pour promouvoir leur actualité.
La vogue est telle que des évènements sont organisés autour du street art. La Moniker art regroupe les grands noms ainsi que les galeries les représentant. Lazarides proposait en octobre dernier de découvrir des tunnels près de Waterloo, redécorés sur le thème de l'enfer de Dante, chaque participant proposant son interprétation. L'agence Monorex facilite le dialogue entre artistes en herbe et marques souhaitant surfer sur la vague, jusqu'à proposer des compétitions pour élire le meilleur espoir du moment. Canettes et pochoirs soit, mais art à part entière.

Le graffiti basique serait donc tombé aux oubliettes? Que nenni : il existe toujours vers Waterloo dans le Leake street tunnel, devenu clé : on y vient taguer mais aussi faire des photo shoots ou des vidéos musicales sur ce fond en perpétuelle évolution. Vous croiserez souvent des graffeurs en plein travail, des dizaines de canettes de peinture à leurs pieds. L'endroit, lancé par Banksy pour un festival d'art des rues, est resté mythique et, cas exceptionnel légal. L'occasion rêvée pour vous lancer!

Coralie Grassin (www.lepetitjournal.com/londres) jeudi 27 janvier 2011

Notes :
Stolenspace Gallery
91 Brick Lane
London E1 6QL
www.stolenspace.org

Lazarides
11 Rathbone place
London W1T 1HR
www.lazinc.com

Moniker art fair : http://www.monikerartfair.com/

Monorex : http://www.monorex.com/

Le Leake st tunnel se situe dans Leake Street, sur le côté de Waterloo

Où se tenir au courant des dernières œuvres ? Essayez ce blog tres complet : blog.vandalog.com

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.