Vendredi 28 janvier 2022
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RENCONTRE - Pascal Maljette, la peinture pour se réinventer

Par Le Petit Journal Shanghai | Publié le 01/12/2021 à 21:30 | Mis à jour le 02/12/2021 à 12:26
Peinture de Pascal Maljette

Il était président d’une chaine française de bijouteries. Il gagnait bien sa vie, était déjà tres satisfait d’avoir réussi à partir de peu de chose une aventure business qui lui promettait de ne pas avoir à se soucier de son avenir. Il était marié sans nuage…Mais, au fond de lui, il se sentait passer à côté de quelque chose comme si le paramètre passion était sur « pause ».

 

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Se débarrasser de ces parasites, qui pourtant lui rendaient la vie agréable, était devenue plus qu’une nécessité… une évidence. En 2004, Pascal est à Wuzhou dans le Guangxi, province du sud de la Chine. Il est venu sans passion analyser l’achat de l’usine d’un fournisseur.

Pendant 8 semaines hormis l’usine, son univers se résume à sa chambre d’hotel, il pense et revoit le film de ce qu’il a déjà parcouru depuis 40 ans

Il rentre enfin en France et annonce à sa femme et à ses associés qu’une autre aventure s’impose tout simplement à lui et qu’il a un choix à faire, une aventure qu’il doit entreprendre seul et qui passe par tout quitter, et que ce choix il l’a fait.

Se déconnecter de la réalité

Le décor étant planté, les jouets étant cassés, la détermination étant réelle, il regarde une carte du monde. Il faut la poursuivre ailleurs car elle nécessite que l’environnement soit bouleversé. Avoir rendez-vous avec soi-même se passe mieux lorsqu’on est déconnecté de la réalité.

L’Europe est trop près de ce qu’il est déjà. Le Maghreb et le Moyen-Orient il les connait trop bien grâce au Maroc et l’Egypte, ses premiers pays d’adoption culturelle, grâce à son épouse danseuse et chorégraphe, la première chance de sa vie. L’Amérique du nord ou du Sud…peu d’affinités, etc…rien ne surgit.

Après seulement deux semaines le voilà reparti dans le Guangxi puisque l’idée a germé là pendant son séjour, la réponse doit s’y trouver, il doit y retourner pour trouver où aller ensuite. Pascal est de retour à Wuzhou, dans le même hôtel, dans la même chambre…où il restera 4 mois.

« C’est là que ça avait germé, que ça avait commencé, que ça devait continuer ».

4 mois plus tard, Pascal est toujours au même endroit, le temps passe vite et comme par magie la question s’évapore d’elle-meme.

Se réinventer une vie

Tout compte fait il est peut-être déjà là où la suite peut ou doit se produire….il restera en Chine.

4 mois à peu dormir ou n’importe quand, il dessine, il réinvente une vie, il réfléchis à « sa connerie » comme il dit mais pas question de revenir en arrière, il lui faut suivre ses convictions et aller voir plus loin ce qui se passe, poussé par un irrésistible besoin de retrouver le gout des « premières fois ».

Plongé dans un monde si éloigné de son quotidien, Pascal aime évoquer avec nostalgie le souvenir étrange d’etre devenu « transparent » que la chine de cette époque permettait de ressentir.

Il a griffonné sur n’importe quoi, souvent des tas de papiers à l’en-tête de l’usine qu’il était venu visiter, des gribouillis des gens, des gribouillis de ce qu’il voulait manger, de gribouillis de son autothérapie, ces gribouillis étaient devenus le moyen de se connaitre lui-meme et son moyen de communication avec son nouveau monde.

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Aujourd’hui ces gribouillis précieusement conservés sont même devenus une œuvre à part entière, « l’œuvre de la période d’une vie ».

Ce bouleversement pendant les 8 premières semaines du premier voyage lui a permis de se rendre compte de ce qu’il avait réalisé précédemment dont il pouvait être content, que désormais l’avenir lui promettait d’approfondir une cette réussite, de devenir plus important, plus riche, mais certainement plus con, avec probablement de moins en moins de chance de progresser sur d’autres plans menant à une satisfaction d’accomplissement  personnel.

L'art comme une évidence

L’art, qui devait attendre quelque part inconsciemment que l’occasion se présente, lui est apparu évident.

Ce qui lui semblait presque superficiel dans sa vie d’avant est devenu sa priorité, comme si en bouleversant les valeurs on pouvait renaître et sauver son âme. Il a acheté ses premiers tubes de peinture et a commencé à peindre dans sa chambre d’hôtel.

Auparavant, dans sa vie bien réglée, il dessinait lorsqu’il était seul chez lui. Il avait comblé quelques murs vides avec quelques esquisses, déjà bien content d’avoir fait seul ce qu’il aurait très bien pu aller tout simplement acheter.

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Sa toute première peinture en Chine est rouge. Une couleur qu’il apprécie, probablement liée à la violence émotionnelle de cette période. Il avait peu de choix de couleur et comme peindre s’apprend à force d’entêtement et de travail, autant reporter les mélanges a plus tard !

Il a dessiné et peint des jours et des nuits, déconnecté, voulant provoquer la suite, impatient d’en faire la connaissance, des nuits et des jours car il ne dormait plus, ou n’importe quand.

C’est bien beau de peindre mais il s’est dit qu’il fallait quand même en faire quelque chose de ces toiles…la peinture est un acte égoiste mais seul le regard des autres vient en justifier l’existence.Il l’appelle son coup de chance.

Une rencontre

Comme tous les artistes un jour il se frotte au monde de l’art, totalement inconnu, il contacte des interlocuteurs, il écrit aux galeries, rien ne se passe…

Une personne finit par prêter attention à ce type au bout du monde et son parcours, intrigué et surpris par ses motivations, et plutôt agréablement étonné de ce qu’il en sort.

Georges Maisonneuve, créateur du site « Almanart » et Pascal continuent de communiquer, il deviendra son agent et surtout son ami.

Fin 2005 Georges le met en relation avec une galerie récente, tournée vers l’orient. L’alchimie se produit…C’est ainsi qu’en 2006, à peine un an plus tard après sa dématérialisation, Pascal se retrouve exposé à l’Espace Commines à Paris par la galerie East by East de Rosemonde Poinsot.

Il y a eu le premier voyage, la première décision, les premiers gribouillis, la première toile…la première exposition….suivie depuis par beaucoup d’autres en Chine et ailleurs, peut etre que Pascal ne s’est pas trompé… 

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Gauguin aurait dit « dans un musée, on va voir des peintures de gens pas non pas des gens en peinture ».

Le fondement, l’intérêt, le cœur etc…d’une œuvre n’est pas forcément ce qu’il représente, mais ce qu’il provoque chez l’observateur. 

Dans une série, appelée « Made in China »,  Pascal tente de retranscrire l’émotion provoquée par les attitudes, les expressions qu’il ressent chez les jeunes chinoises. Il tient son inspiration de son environnement.

Ces jeunes chinoises qui sont un des paramètres les plus important de l’avenir de la Chine ne le regardent pas, lui, le peintre, elles lui tournent fréquemment le dos ou ne laissent pas vraiment entrevoir leur visage. Elles rêvent ou regardent autre chose, leur propre vie, leur futur. A nous de deviner la suite.

Peut-être au même moment peint-il ce qui lui manque inconsciemment, ces jeunes filles ne seraient-elles pas aussi celle qu’il n’a pas eue ? Lui-même ne sait pas plus que ça.

Une « décontraction maitrisée »

Un de ses amis, peintre également, Jean-Michel Garczynski, le décrit comme peignant avec une « décontraction maitrisée » néanmoins, même si les coups de pinceaux sont souvent dû au hasard la finalité requiert vigilance et sérieux.

Chaque artiste, et c’est le plus difficile, doit savoir quand il doit donner le dernier coup de pinceau, savoir quand on ne peut plus rien apporter de plus sans prendre le risque de faire marche arrière.

C’est d’ailleurs, je me souviens, une des premières questions que je lui ai posées lorsque j’ai découvert la première fois son antre.

« Lorsqu’on me demande quelle toile je préfère, je réponds souvent : la prochaine… »

Après toutes ces années Pascal, lorsqu’il ne retourne pas en France ou qu’il ne voyage pas pour exposer, vit désormais avec sa femme Yiqing, rencontrée sans préméditation à Wuzhou quelques mois après son retour en 2005.

Il a aménagé́ son univers dans un espace de quelques centaines de mètres carrés situé dans une ancienne usine de sucre devenue centre artistique au sud de Canton. L’espace est chaleureux, accueillant comme lui, vivant, il évolue sans cesse.

A chaque visite, on le redécouvre. Les toiles ont changé́ de place, de nouvelles sont sur les murs, par terre, certaines se superposent, d’autres attendent le coup de pinceau final.

LePetitJournal est fier d'être partenaire de son exposition qui aura lieu à Hangzhou, pour plus de details veuillez vous refere au flyer ci-dessous :

 

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