Du 22 au 27 septembre, Shanghai a accueilli la 48e édition des WorldSkills, le rendez-vous mondial des métiers. La Chine, pays hôte, a dominé le classement des médailles d’or, la France repart avec 28 médailles, dont quatre d’or. Parmi elles, celles d’un charpentier, d’une couturière et d’un ébéniste que nous avons rencontrés sur place, avant la proclamation des résultats.


Les « Jeux olympiques des métiers » : de l’Espagne d’après-guerre à Shanghai
Tous les deux ans, des jeunes de moins de 23 ans, devenus champions dans leur pays, s’affrontent dans leur métier, en temps limité et sous le regard d’un jury international d’experts. L’événement, surnommé les "Jeux olympiques des métiers", réunit aussi bien des maçons et des coiffeurs que des spécialistes de la cybersécurité ou de la robotique.
Son histoire commence en Espagne, dans l’immédiat après-guerre. En 1947, le pays organise un concours national de formation professionnelle qui attire plus de 7 000 jeunes. En 1950, il invite le Portugal, puis d’autres nations, et la compétition devient internationale. À l’origine du projet, l’Espagnol Francisco Albert Vidal, dont le nom est aujourd’hui porté par la plus haute distinction de la compétition : le prix Albert Vidal, remis au concurrent qui obtient le meilleur score de l’édition.
Shanghai 2026 : une édition hors norme
La 48e édition s’est tenue à Shanghai, avec des épreuves du 23 au 26 septembre et une cérémonie de clôture le 27. 1 385 concurrents de 68 pays et régions se sont affrontés dans 64 métiers, dont sept nouveaux, parmi lesquels la technologie des véhicules ferroviaires, les systèmes aériens sans pilote et le test de logiciels. La cérémonie d’ouverture s’est tenue le 22 septembre en présence du Premier ministre chinois Li Qiang, et un message du président Xi Jinping y a été lu.
En parallèle, une conférence de trois jours a réuni décideurs, enseignants et entreprises autour de l’intelligence artificielle, de la formation professionnelle et des compétences de demain. Prévue à l’origine plus tôt, l’édition de Shanghai avait dû être repoussée en raison de la pandémie.
La France, du compagnonnage au podium mondial
La France entre dans l’aventure en 1955, à l’initiative des Compagnons du Devoir, qui envoient deux jeunes compagnons à la compétition. Elle organise le mondial à Lyon en 2024 et y a décroché, pour la première fois, la troisième place mondiale, avec 37 médailles dont six d’or, devenant la première nation européenne. Un an plus tard, elle était sacrée meilleure nation aux EuroSkills de Herning, avec 27 médailles.
Pour Shanghai, l’objectif affiché par WorldSkills France était donc clair : défendre cette troisième place. Les 36 compétiteurs, issus de 10 régions et engagés dans 32 métiers, ont suivi un parcours de préparation intensif : quatre semaines d’entraînement technique par métier, un entraînement à l’international, quatre regroupements d’équipe, avec un travail sur la gestion du stress, le sommeil et la nutrition.
Le bilan : 28 médailles pour l’Équipe de France
L’Équipe de France des métiers termine avec 28 médailles : 4 d’or, 1 d’argent, 5 de bronze et 18 médailles d’excellence. C’est moins qu’à Lyon, où elle en avait rapporté 37. Les titres de champion du monde reviennent à la charpente, à la fabrication additive, à la coiffure et au métier de jardinier-paysagiste. Sur le classement par nations, la Chine termine en tête, devant la Corée du Sud ; la Suisse, troisième avec 12 médailles et 23 médailles d’excellence, devient la première nation européenne. La France, elle, n’a pas conservé la troisième place obtenue à Lyon.
Une ministre à Shanghai, les métiers manuels en ligne de mire
Sabrina Roubache, ministre déléguée chargée de l'Enseignement et de la Formation professionnels et de l'Apprentissage, a fait le déplacement pour les premiers jours de la compétition. Premier objectif : soutenir l'Équipe de France, notamment ses onze jeunes du BTP. « C'est une préparation olympique, on ne se rend pas compte », confie-t-elle. Pour elle, la compétition est « un outil exceptionnel de promotion de la voie professionnelle ».
Au-delà de l'événement, la ministre y voit une vitrine pour des métiers encore peu valorisés auprès des collégiens. « La voie professionnelle est une voie d'excellence pour tout le monde », martèle cette fille de maçon coffreur. Les jeunes de la voie pro ont, selon elle, « de l'or entre les mains ».
Le déplacement avait aussi une dimension bilatérale. Avant le coup d'envoi des épreuves, elle s'est rendue au lycée professionnel Caoyang, partenaire du lycée hôtelier de Marseille depuis 1990. Après la réunion ministérielle, elle s'est entretenue avec Wang Xiaoping, ministre chinoise des Ressources humaines et de la Sécurité sociale. Voie professionnelle, mobilité des jeunes, adaptation des compétences aux besoins des économies : les sujets communs ne manquent pas. Un dossier concret avance, celui du Volontariat international en entreprise (VIE), dont l'accès en Chine reste soumis à des critères d'expérience ou de diplôme. « Former notre jeunesse, développer les compétences, préparer les métiers de demain : autant de défis que partagent la France et la Chine », résume la ministre.
À l'issue de la compétition, elle a salué le parcours des 36 compétiteurs : « Vous démontrez que la voie professionnelle et l'apprentissage mènent à l'excellence. »
Trois métiers, trois trajectoires
Parmi les 36 Français en lice, nous avons rencontré trois compétiteurs à Shanghai, avant la proclamation des résultats : un charpentier, une couturière et un ébéniste. Mêmes questions pour chacun, trois façons de vivre le mondial.
Benjamin Blegean : médaille d’or en charpente
Originaire du Grand Est, il a alors 20 ans et rentre dans la compétition après six ans de charpente, soutenu pas les Compagnons du Devoir de Troyes. Son épreuve : une cabane avec plancher, murs et toiture. Son résultat : médaille d’or, champion du monde ! « Si on est passionné par le bois, par le travail avec d’autres personnes, par le travail en extérieur, c’est un métier qui peut beaucoup faire évoluer. » Passé par le compagnonnage, Benjamin Blegean devient champion du monde de charpente, deux ans après l’or de David Clémencin à Lyon. À 20 ans, il rapporte à la France l’un de ses quatre titres mondiaux. "Ça fait plusieurs années que je m'entraîne sur d’anciens sujets, sur des assemblages, sur les difficultés qu’on repère, pour ne plus être en difficulté. Ça s’est bien passé, il y a eu quelques problèmes, mais j’ai su rebondir. C’était un sujet très différent de ce qu’on a l’habitude de travailler à l’entraînement, donc il y a des choses que je n’ai pas vues ou dont je ne me suis pas rendu compte de prime abord. Il y a eu des surprises que j’ai dû rattraper pour finir la maquette correctement. C’était vraiment une belle aventure. On arrivait dans un pays énorme par rapport à la France, et avec les visites qu’on a pu faire avant, les bâtiments, tout ça, c’était assez démesuré. Dans la compétition aussi, toute l’organisation était impressionnante."
Manon Pouivet : médaille de bronze en mode et création
Originaire du Pays de la Loire, elle entre dans la compétition à 22 ans, après avoir suivi un CAP, bac pro, BTS et licence professionnelle en couture chez Balengiaga. Son épreuve : un boléro, une jupe très volumineuse et des modules complémentaires. Son résultat : médaille de bronze ! "Je trouve ça fantastique de pouvoir faire des choses uniques avec ses mains, c’est ça qui est beau dans mon métier !" Meilleure apprentie de France en bac pro, Manon Pouivet avait manqué le podium national de peu en 2023 avant de retenter sa chance. Trois ans plus tard, elle monte sur celui du monde, en bronze. "Ma coach m’a fait faire de faux sujets, plusieurs différents, avec le peu d’informations qu’on avait, pour que je m’habitue à réaliser plein de vêtements différents, parce qu’on ne savait pas sur quoi on allait tomber. J'avais des entraînements toutes les semaines ! On a eu un petit boléro à faire, une petite veste courte, avec une jupe avec beaucoup de volume. Il y avait aussi des petits modules autour. Ça s’est super bien passé, je suis très contente. Je suis fière, je sais que j’ai donné le maximum, je ne pouvais pas faire plus. J’espère forcément un podium, j’y crois quand même un peu ! Shanghai, franchement, c’était hyper impressionnant. La cérémonie d’ouverture, on n’avait pas les mots. On a été très bien accueillis. Les espaces métiers étaient vraiment grands, cette édition-là est spéciale !"
Antonin Magnat : médaille d’excellence en ébénisterie
Originaire de Nouvelle-Aquitaine, il rentre dans ces JO des métiers à 20 ans, son parcours compte un CAP , brevet des métiers d’art ainsi qu'un brevet technique supérieur d’ébénisterie. Son épreuve : un meuble à fabriquer en 22 heures sur trois jours et demi. Son résultat : médaille d’excellence ! « C’est quand même assez énorme d’arriver à Shanghai pour représenter l’ébénisterie à un championnat du monde. » Sous les couleurs de la Nouvelle-Aquitaine, Antonin Magnat décroche une médaille d’excellence, distinction remise aux compétiteurs qui atteignent le niveau d’excellence mondial sans monter sur le podium. Quatre ans de concours l’ont mené jusqu’à Shanghai. "J’ai toujours été bricoleur. En troisième, j’ai fait un stage chez un luthier de guitares et j’ai découvert la marqueterie, avec la rosace au milieu des guitares. J’aimais le bois, j’aimais la marqueterie, et ce qui rassemble les deux, c’est l’ébénisterie. Je suis allé directement dans l’ébénisterie après la troisième. J’ai eu mon CAP en un an, comme j’étais plutôt bon, puis mon BMA, un brevet des métiers d’art, et je viens de finir, en juin, mon brevet technique d’ébénisterie supérieur, l’équivalent d’un BTS. C’est grâce à mon professeur que je suis là, celui qui m’a fait découvrir l’ébénisterie et qui est là pour me soutenir J’avais fait un premier stage chez lui, puis il est devenu prof à mon lycée. L’épreuve durait 22 heures, sur trois jours et demi, pour fabriquer un meuble, avec des rendus de différentes pièces. Ça s’est très bien passé. On a toujours été dans les temps et je suis très content de ma pièce. Je pense que c’est la meilleure pièce que je pouvais sortir de tous mes entraînements."
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