

Toutes les bonnes choses ont une fin...Le nouveau livre de Sarah Turnbull s'intitule ?All Good Things? et pourrait illustrer cet adage. De Paris à Tahiti, Sarah Turnbull raconte à lepetitjournal.com comment elle a vécu ?ses? vies d'expatriée, l'écriture de ses deux livres et son retour en Australie après 15 ans.
Sarah Turnbull est journaliste de télévision lorsqu'elle décide de partir voyager un an en Europe, en Roumanie plus particulièrement. Elle y rencontre là-bas à la fois l'homme de sa vie (un Français) et le goût de l'écriture. Depuis cette période, la vie de Sarah a ressemblé à celle de nombreuses femmes, expatriées, loin leur pays d'origine, dont les expériences sont aussi diverses que fascinantes. De Bucarest à Paris, puis de Paris à Tahiti, et même depuis son retour en Australie, on peut dire que Sarah a vécu ?plusieurs vies?.
Lepetitjournal.com - Vous avez écrit sur Paris, sur Tahiti. Pourquoi n'avoir encore jamais écrit sur votre propre pays?
Sarah Turnbull - Je n'ai pas encore pu. Cela fait pourtant quelques années maintenant que je suis revenue. J'ai souvent essayé, notamment lorsque j'ai fait le tour du pays en mobile home avec mon mari et mon fils pendant un an à notre retour de Tahiti. J'ai pris des tonnes de notes sur l'Australie..mais je n'ai jamais trouvé le point d'accroche. L'écriture c'est sérieux, j'ai besoin de temps.
Car Sarah écrit toujours bien après l'action. Elle a besoin de cette distance géographique et temporelle par rapport à son sujet. Son premier livre Almost French, récit drôle et décalé d'une Australienne débarquant à Paris et grand succès de librairie, a été écrit 8 ans après son expérience. Pour le dernier All Good Things qui est sorti il y a quelques mois, il lui a fallu sept ans de réflexion pour raconter son expérience tahitienne.
Pourquoi avoir raconter Tahiti si longtemps après Tahiti...
All Good Things est le livre que je ne voulais surtout pas écrire et qui au final était le seul, à un moment donné de ma vie que je pouvais écrire. Le coeur du livre, c'est le voyage personnel, la quête de Sarah, l'envie de création et de procréation. Tahiti c'était un nouveau départ après 9 ans de Paris et beaucoup de déceptions notamment par rapport à nos tentatives pour avoir un enfant. Je ne m'attendais pas au paradis en allant à Tahiti. Quoique...toute île recouvre souvent deux choses, un paradis mais aussi une prison car on y est face à soi-même.
Sarah raconte l'expérience de l'eau qui est partout qui vous submerge et vous rappelle sans arrêt que vous êtes au milieu du pacifique, elle raconte aussi la pudeur touchante des familles tahitiennes, l'étrange sentiment d'avoir ?pris? beaucoup du pays et des gens sans avoir assez ?donné? et puis cette immense tristesse au moment de partir car on sent que c'est pour toujours ou presque. S'il y a un lien entre mes deux expériences à Paris et Tahiti c'est bien l'envie de regarder au-delà de la carte postale, de trouver ma propre réalité dans des univers complètement différents.
Et l'Australie dans tout cela, comment l'avez vous retrouvée après 15 ans d'expatriation ?
C'est mon pays, il est cher à mon coeur. Néanmoins, l'Australie m'est différente aujourd'hui, peut être parce que j'était loin pendant 15 ans, j'ai remarqué des détails rigolos comme cette façon maintenant de ne plus jamais boire de Chardonnay, c'est la mode du Sauvignon... mais blague à part, je pense aussi qu'elle est ...différente. Nous, Australiens, sommes passés d'un complexe que l'on appelait le ?Cultural Cringe?, l'embarras culturel, à un sentiment totalement opposé de gloire permanente et répétée d'être le meilleur pays du monde, une sorte d'arrogance australienne. Ce phénomène de ?décomplexification? est assez évident pour moi. Aujourd'hui, l'Australie est toujours aussi pragmatique dans son approche des choses et de la vie et je trouve que de nombreuses choses y sont tellement éphémères. La France est si différente de cela dans son raffinement, son art de vivre, les choses ne bougent pas tout le temps comme ici. J'aime cependant ce sens de la communauté qui est très fort en Australie.
Pour Sarah, les expatriations ne doivent pas se comparer, elles se juxtaposent et permettent de se trouver soi-même. Vous partez ailleurs, vous pensez que vous allez trouver autre chose mais c'est toujours le même bagage de vous-même que vous transportez. La vie à l'étranger est un effort quotidien pour être compris, pour être accepté, on ne se rend pas du tout compte de cela lorsque l'on a jamais bougé de son pays. Il faut être humble, la vie à l'étranger vous apprend l'humilité.
Entretien réalisé par Flore Gregorini (www.lepetitjournal.com/sydney), mercredi 25 septembre 2013
En savoir plus:
Sarah Turnbull sera l'invitée de l'Alliance Française de Sydney le jeudi 26 septembre 2013 à 18h, 13ème étage 257 Clarence Street Sydney
Almost French - Random House
All Good Things - Harpers Collins




































