

La Fédération hospitalière privée (FHP) lance une véritable charge contre le secteur public, dénonçant les dérapages du système de santé public, ?drogue à la dette?. Elle va jusqu'à demander la mise sous tutelle de tous les établissements déficitaires et souhaite participer à leur gestion
photo AFP
En 2010, le nombre d'hôpitaux publics en déficit est passé de 338 à 434 soit 41% des établissements. Un système de santé "drogué à la dette", voilà ce que dénonce dans un Livre Blanc la Fédération hospitalière privée (FHP) qui regroupe plus de 1.000 cliniques et hôpitaux privés. Elle pointe les gaspillages de ses collègues du public : parc immobilier mal géré, emplois administratifs trop nombreux, irrégularités, absentéisme record? la liste est longue. La Cour des Comptes et les chambres régionales ont déjà pointé des exemples de gaspillage et de dysfonctionnements, mais "apparemment, cela n'émeut personne et tout continue comme avant", déplore la FHP.
Ainsi par exemple, l'hôpital de Lens a reçu en trois ans 46 M? d'aide pour boucler son budget. A Marseille, le renouvellement du parc informatique aurait coûté 22 M?. Les Hospices de Lyon (pourtant l'un des plus gros propriétaires fonciers et immobiliers de France) connaît déficit cumulé abyssal. Son parc immobilier inclut 1.550 logements, loués parfois 1 euro par mètre carré (70 euros par mois pour un trois-pièces) aux cadres du groupe hospitalier lyonnais...
Mieux dépenser
Les hôpitaux représentent, selon la FHP, 42% du budget de la Sécu. Depuis 2007, leur déficit cumulé s'élève à environ 3 milliards d'euros et, en sept ans, l'encours de leur dette a plus que doublé, passant de 10,1 milliards à 24 milliards d'euros en 2010. "Ce n'est pas la qualité des soins que nous remettons en question, mais bien la gestion financière des hôpitaux. Si les organismes publics de santé dépensaient mieux leur argent, tous les patients pourraient être pris en charge par la Sécurité Sociale", explique un porte-parole de la FHP.
Une mise sous tutelle des mauvais élèves
Afin de "cesser de plomber le système de santé", la FHP fait dix propositions. Elle réclame la transparence des chiffres et la publication de la liste des hôpitaux publics en déficit depuis cinq ans, ainsi que les montants d'aides versées pour favoriser le retour à l'équilibre, des subventions versées par l'Etat en catimini pour boucher les déficits?.?Elle propose de placer sous administration provisoire tous les hôpitaux publics en déficit depuis cinq ans - y compris ceux de Paris, Lyon et Marseille ? et donc de facto de les confier au privé.?
Autre proposition: fermer certains hôpitaux trop coûteux, et privilégier le soin de proximité. "On construit des cathédrales, alors qu'on aurait plutôt besoin d'un studio", ironise Jean-Loup Durousset, président de la FHP.?
Enfin, ultime provocation, les cliniques privées se disent prêtes à assurer la gestion des gardes en ville, comme cela se pratique en Suède ou en Grande-Bretagne.
Si la FHP est si virulente, c'est parce qu'elle est soumise à des règles différentes que les hôpitaux publics. "Nous, nous sommes mortels, alors que dans le public il y a toujours l'Etat pour combler le déficit", s'indigne Jean-Loup Durousset. Selon la fédération, en France, une clinique privée ferme tous les quinze jours. Et de vanter la productivité des cliniques alors que, la Sécurité sociale leur paye 28% de moins que les hôpitaux pour des soins identiques. "L'hôpital public doit devenir plus efficient pour trois raisons: il coûte cher à la collectivité dans son fonctionnement quotidien, il est plongé dans une culture du déficit d'exploitation et, enfin, il fait gonfler la dette sociale aux frais des cotisants sociaux, sans s'interroger sur son fonctionnement", a souligné Lamine Gharbi, à la tête de la branche médecine, chirurgie, obstétrique de la Fédération de l'hospitalisation privée. Et s'il est difficile de s'attaquer aux 31 gros hôpitaux, "pourquoi ne pas commencer par restructurer les petits, plus de 1000?"
"Une injure" à la mission de service public
La fédération hospitalière de France (FHF) a immédiatement répliqué à cette attaque en règle. Dans un communiqué, elle évoque "une injure" à la mission de service public qu'elle remplit. Elle dénonce une caricature motivée par "la volonté de faire main basse sur les fonds de l'assurance-maladie au mépris de l'intérêt général". Les hôpitaux publics rappellent que eux accueillent tous les patients, y compris les plus pauvres, et qu'ils soignent toutes les pathologies, y compris les moins rémunératrices. Pour la FHF, l'écart public-privé n'est d'ailleurs que de 17%.
Pour l'heure, les candidats à la présidentielle restent à l'écart de ce débat.
MPP (www.lepetitjournal.com) vendredi 27 janvier 2012
En savoir plus : Le Parisien : Quand les cliniques brocardent les gaspillages des hopitaux




































