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EDGAR YVES : L’IMPERTINENCE AU SERVICE DU RIRE

L’humoriste franco-béninois Edgar Yves prépare une tournée internationale. Avant les Etats-Unis , il foulera la scène mythique de l’Olympia de Montréal le 10 avril prochain, À cette occasion, nous avons eu le plaisir d’échanger avec lui dans une interview aussi drôle que profonde, entre confessions sans filtre, convictions affirmées et réflexions philosophiques sur l’humour, l’amour, la liberté, et la société.

Edgar Yves Affiche Spectacle MontrealEdgar Yves Affiche Spectacle Montreal
Écrit par Léa Carlsen
Publié le 31 mars 2025, mis à jour le 3 avril 2025

 


Rencontre avec un “free spirit” qui ne mâche pas ses mots et revendique le droit de faire rire… tout en pensant.


Dix ans sur scène, deux ans que “c’est cool”


Léa Carlsen : Vous faites du stand-up depuis combien de temps ?
Edgar Yves : Dix ans que je traîne sur les planches. Et ça ne fait que deux ou trois ans que c’est vraiment “cool”. Avant ça ? Sept ans à voir Jésus… qui m’attendait au paradis! 


L.C. : Sept ans de galère, donc ?
E.Y. : Exactement. C’est un métier dans lequel il faut apprendre sur scène, dans les bars, au contact du public. Comme disait Coluche : on devient connu du jour au lendemain… après dix ans de travail.

 

Edgar Yves au théâtre du Trianon

 

Je suis là pour surprendre


L.C. : Comment définiriez-vous votre humour ?
E.Y. : Insolent, impertinent, irrespectueux parfois, mais toujours sincère. Je parle du monde qui m’entoure. Je ne donne pas de leçons, je pose des questions.  Mon rôle, c’est justement de surprendre, pas de faire ce qui est attendu.


L.C. : On vous dit magnétique, affûté, provocateur…
E.Y. : Je suis un free spirit. On vit dans une société où on nous dit constamment comment être une “bonne personne”.  Moi je veux vivre libre. Et si ça fait de moi quelqu’un de marginal, rejeté ou incompris, ça me va et j’en accepte le prix. 


Tu veux être validé ? Tu feras de la soupe


L.C. : Vous dénoncez le besoin de validation chez les humoristes ?
E.Y. : Oui. Si tu veux être validé par tout le monde, tu vas faire de la soupe. Mon job, ce n’est pas d’être cool, c’est d’être drôle. Comme dit Dave Chappelle : “Sometimes the funniest thing to say is a mean thing. And I’m not saying this to be mean. I’m saying this because it’s funny.”

 

Edgar Yves au théâtre du Trianon

 


Le Canada : l’amour au premier rire


L.C. : Vous avez déjà joué au Canada ?
E.Y. : Oui. L’an dernier, dans une petite salle de 250 places qui ressemblait à une chapelle. J’ai vraiment kiffé! Les Canadiens sont chill, ouverts, ils rigolent. Ils ne te font pas payer leurs galères, contrairement aux Parisiens qui peuvent s’embrouiller pour une baguette tradition!🤣


L.C. : Vous revenez le 10 avril, cette fois à l’Olympia de Montréal…
E.Y. : Exactement. J’espère créer un lien durable avec le public canadien et revenir chaque année avec un nouveau spectacle.


Du droit à la scène


L.C. : Vous avez une formation de juriste au départ…
E.Y. Mon père est avocat, mon frère aussi. Je devais reprendre l’affaire familiale. Mais j’ai préféré le stand-up. Quand t’es un ministre africain, de surcroît diplomate et que ton fils arrête le droit pour faire rire les gens… tu ne le prends pas très bien en général! 


L.C. : Vous avez grandi entre plusieurs pays ?
E.Y. : Oui, mon père était ambassadeur. J’ai vécu à Washington, Londres, Rome, Williamsburg. Ça m’a ouvert l’esprit. Je parle bien anglais, et j’ai surtout une vision plus large du monde.


Une nostalgie joyeuse


L.C. : Vous avez la nostalgie de vos débuts ?
E.Y. : Oui. Pas tant pour le café-théâtre que pour la vibe. Les comédie clubs avec mes potes, les soirées où on jouait dans les bars, où on buvait, draguait, vivait comme des grands ados… C’était une deuxième fac pour moi. Mais une fac où j’aimais tout, à 100 %.

 

Edgar Yves au théâtre du Trianon

 


Fidélité, chocolat et vérités qui dérangent


L.C. : Votre nouveau spectacle interroge la société…
E.Y. : Je parle de la quête de soi, du bonheur, de ce qu’est une vie bien vécue. J’interroge les normes sociales. Par exemple, la fidélité : est-ce que ça vous tente, vraiment, de voir le même « cul » pendant 60 ans ? C’est comme enfermer quelqu’un dans une pièce avec un seul chocolat alors qu’il y en a dix dans la pièce d’à côté.


L.C. : C’est votre façon d’amener la réflexion par le rire ?
E.Y. : Oui. J’ose poser les questions qu’on ne formule pas à voix haute. J’aborde les sujets de manière provoc’, mais au fond, c’est de la philosophie appliquée à l’humour.


“Si t’es humoriste, t’es engagé”


L.C. : Vous vous considérez comme un humoriste engagé ?
E.Y. : Bien sûr. Et tous les humoristes devraient l’être. Tu regardes les plus grands: Dave Chappelle, Bill Burr, Louis C.K., Ricky Gervais… Ce sont des mecs de 40 ou 50 ans et plus, qui parlent du monde tel qu’il est. Ils ne parlent pas que de leur petite vie.


L’humour a été inventé pour se moquer des forts à la place des faibles.


Ceux qui ont marqué leur époque, ce sont ceux qui ont embrassé la dimension socio-politique du métier. L’humour, c’est censé être la voix du peuple.

 


Montreal! Et pourquoi pas New York, Los Angeles et…


L.C. : Même si vous avez beaucoup voyagé, est-ce que venir jouer au Canada, c’est un truc en plus pour vous, ou ça vous paraît “normal” ?
E.Y. :  Jouer au Canada, c’est super pour moi, vraiment. Parce que… m’avez-vous écoutée, Léa ? (rires) Jamais je n’avais imaginé qu’un jour, en faisant de l’humour, je pourrais séduire des gens en dehors de la France.


L.C. : Des projets internationaux ?
E.Y. : Oui. J’aimerais performer aux États-Unis en anglais, lorsque je me sentirai accompli dans ce que je veux être dans le monde de la francophonie. J’ai toujours voulu devenir un grand humoriste. Pas forcément une star, mais un bon dans ma discipline. Je voulais être reconnu, être performant. J’aurais jamais imaginé séduire un publique francophone à l’étranger!
Je ne suis pas le gars qui dit : “Je veux juste participer.” Si c’est pour faire ça, ça ne m’intéresse pas. Mon plaisir vient du fait de me savoir bon dans ce que je fais.

 


Je voulais être reconnu, être performant. 


J’étais à New York en décembre, et j’ai déjà repéré les lieux. La prod de PIAFF Entertainment m’a proposé de venir jouer en français aux États-Unis. C’est en cours…
Pour vous séduire…


L.C. : Si vous deviez pitcher votre spectacle à un inconnu dans un Uber ?
E.Y. : Je dirais : “Tu vas rire. Tu vas te sentir bien. Peut-être réfléchir à un truc ou deux. Tu prends ce qui te parle. Et surtout… tu te détends.”

 


“Je traite les gens comme j’aimerais qu’on me traite”


L.C. : Et dans la vie, c’est aussi votre philosophie ?
E.Y. : Oui. Je suis plutôt bienveillant. Pas nombriliste. Je pense que se tourner vers les autres, c’est le seul moyen de créer une société plus vivable. 


Edgar Yves sera sur scène à l’Olympia de Montréal le 10 avril 2025 à 8pm. 


Un rendez-vous immanquable pour ceux qui aiment rire fort… et réfléchir un peu!


BILLETS DISPONIBLES ICI

Entretien par téléphone avec l’humoriste Edgar-Yves.

Par Léa Carlsen

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