

Pour la Saint-Valentin, lepetitjournal.com de Rome a rencontré trois couples franco-italiens qui vivent leurs différences culturelles entre atouts et difficultés. Ayant accepté de revenir sur leurs histoires, ils nous dévoilent pudiquement leur conception du 14 février.
Des rencontres à la légère
Lorsqu'il parle français, son accent chantant aux notes sudistes nous transporte avec légèreté. Lorsqu'elle parle italien, son phrasé appuyé et langoureux dénote une certaine mélancolie. Lui a appris la langue de Molière "sur le tas, en accumulant les petits boulots" comme il aime le rappeler. Quant à elle, son grand-père sicilien l'a bercée dès son enfance avec son dialecte natal. Salvatore et Agathe, 27 et 29 ans, sont mariés depuis mars dernier. Comme 710 couples franco-italiens qui se sont dit "oui" en 2010, leur amour est un trait-d'union entre deux cultures.
Originaire de Naples, Salvatore part étudier l'architecture à Paris en 2008. De la Sorbonne aux quais de Seine en passant par Montmartre, la Ville-Lumière ne faillit pas à sa réputation de capitale romantique. En plus de ses cours, il travaille dans un café branché du XIVème arrondissement. Agathe, vendeuse d'une boutique attenante, est une de ses clientes régulières. "Je n'étais pas timide. Je suis Italien, quand même ! J'étais en Erasmus et me sentais léger. J'ai rapidement discuté avec elle et... Comment dit-on en français ?... Le courant est passé", raconte fièrement le jeune homme. La Parisienne tempère gentiment : "Tu ne parlais quand même pas très bien français. Je ne voulais pas me laisser envoûter par un électron libre qui devait repartir chez lui à la fin de l'année."
Bernard et Francesca, 42 et 44 ans, ne sont pas mariés. "La question ne s'est jamais posée. Personne ne le comprend vraiment mais notre relation est déconnectée de ces obligations sociales", relate le Lyonnais. Le couple s'est rencontré sur une plage de Toscane, d'où est originaire Francesca. En vacances, Bernard y séjournait avec des amis d'enfance. "On a commencé à bavarder. J'avais un peu étudié le français à l'école et la légèreté de l'été a fait le reste. Au début, ce n'était pas sérieux, rappelle-toi", se souvient l'Italienne, aujourd'hui mère de deux enfants.
Le c?ur a ses raisons que la raison ignore
Une relation sérieuse ? Cette question se pose rapidement à de nombreux couples franco-italiens. La distance, la barrière de la langue et les projets professionnels peuvent en effet rapidement freiner ceux qui se sont rencontrés autour d'un café ou sur une plage. Que faire une fois que les derniers examens laissent entrevoir que l'année scolaire s'achève ou quand les premiers vents annoncent la fin de l'été ? "Août a été un moment difficile", avoue Salvatore. "On ne savait pas quoi faire", renchérit Agathe. "Continuer, oui, mais à quel prix ? Arrêter, peut-être, mais avec des regrets immenses car nous avions passé sept mois magnifiques et ne voulions en rien considérer notre histoire comme une amourette d'étudiants. S'installer ensemble à Paris a rapidement été une évidence."
"Pour nous, tout a été très simple. Je ne me voyais pas rester en Italie. Découvrir la France était un rêve. En plus, nous avons des cultures si proches, ce qui aide. Nous sommes probablement les deux pays au monde qui ont le plus de choses en commun", affirme Francesca. À 28 ans, elle s'est donc installée avec Bernard à Lyon, donnant d'abord des cours d'italien. Rapidement, cette fille de primeur toscan se perfectionne en français, son compagnon ne cessant de louer ses capacités extraordinaires à apprendre une langue étrangère.
S'aimer, à chacun sa recette
Bernard et Francesca s'accommodent de cette routine un peu bohème, preuve qu'ils ont eu raison de donner une chance à leur histoire. L'an passé, il quitte toutefois son poste de chauffeur routier tandis qu'elle abandonne ses fonctions d'assistante de direction. "On s'est dit qu'après plusieurs années en France, il était temps de faire le chemin inverse et d'aller en Italie. Après tout, aucun d'entre nous ne doit sacrifier ses origines. Les enfants en avaient aussi très envie". Résidant désormais à Rome, le couple évoque avec émerveillement leur relation. La Saint-Valentin ne leur semble que futilité. "Vous aurez compris que nous n'avons pas besoin de ceci pour nous aimer. On ne fera rien car on trouve cette fête si ridicule."
Malgré leur âge, Jean et Maria ont prévu de célébrer cette journée des amoureux. "Pas question de courir nus dans les rues comme le faisait les prêtres de la Rome antique, peau de chèvre à la main et touchant les jeunes femmes peu farouches en ce jour de la fertilité", plaisante le retraité qui avait fait le choix de rejoindre sa belle dans la Péninsule après leur mariage. "Vous voyez, quand on dit que la Saint-Valentin est une fête commerciale, c'est faux. Les Grecs l'ont inventée en célébrant le mariage de Zeus et Héra, les Romains l'ont reprise", complète la grand-mère, passionnée par l'Antiquité. "On ne fera rien de spécial. Juste un petit restaurant. À notre âge, pourquoi refuserions-nous de célébrer notre union ?"
Considérant le 14 février comme un jour "pathétique, aussi glauque que les comédies romantiques américaines", d'autres sont plus partagés. "À chaque fois, on s'offre quelque chose alors qu'on avait implicitement conclu que non", s'amuse Salvatore. L'an passé, un peu moqueuse, son épouse lui avait offert un livre de grammaire française car il continue à faire quelques fautes insidieuses. "Au début, mon français plombait notre relation. Quiconque ne parle pas bien une langue manque de nuance et de subtilités. Or, être amoureux, c'est savoir être délicat. Je n'arrivais pas à exprimer tout ce que je ressentais." Facétieuse, Agathe a promis de se faire pardonner cette année en achetant un peu de lingerie à son Jules. "Histoire de rendre cette fête 'guimauve' un peu marrante !"
Martin CANGELOSI (www.lepetitjournal.com/rome) - Jeudi 14 février 2013
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