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Borromini : homme et génie

Par Anaïs Lucien-Belliard | Publié le 26/06/2021 à 08:20 | Mis à jour le 28/06/2021 à 13:07
l'artiste italien Borromini

Artiste au tempérament mélancolique et au trait inimitable, Francesco Borromini (1599-1667) a façonné une partie de la Rome que nous connaissons aujourd’hui. Cette Rome baroque, tape à l’œil et un peu bling-bling qui s’était érigée en chef de file de la Contre-Réforme. Héros romantique avant l’heure, sa vie tumultueuse a été marqué par sa rivalité avec Gian Lorenzo Bernini, dit le Bernin. Dépressif et souffrant de troubles nerveux, la fin de sa vie fut hantée par l’isolement, avant de s’achever par un suicide.

 

Aux origines de San Carlino

En 1934, Francesco Borromini est un génie en puissance. Mais c’est aussi un homme au cœur meurtri, une âme en souffrance qui, conscient de son talent et épuisé de vivre dans l’ombre des grands de son temps, se lance dans un projet aussi fou qu’ambitieux : construire une vitrine dédiée à son art. Il a 35 ans, et sent que pour lui l’heure est venue de s’affirmer en tant qu’architecte. Il s’approche alors de la Communauté Trinitaire, un ordre pauvre qui souhaitait faire d’un lopin de terre qu’ils possédaient, un couvent et un lieu de culte et lui propose de travailler gratuitement pour eux. Seulement, il impose une condition : avoir carte blanche.

Disegno di Borromini per la chiesa di San Carlo alle Quattro Fontane
Croquis de l'église San Carlo alle Quattro Fontane


Les travaux commencèrent en 1634 et s’achevèrent en 1665. Borromini s’attaqua tout d’abord à la construction des bâtiments conventuels, à savoir la cuisine, le réfectoire, les chambres et la bibliothèque. Puis, ce fut au tour du cloître d’être érigé. L’architecte ajouta une aile donnant sur la via del Quirinale, où fut plus tard installée la salle capitulaire À partir de 1638, Borromini s’employa à la construction de l’église principale. Construite sur une crypte, ces travaux furent interrompus brusquement en 1641, par manque de moyens financiers. Le chantier de San Carlo alle Quattro Fontane repris en 1665.

 

Roma, Cupola della Chiesa di San Carlo alle Quattro Fontane di Francesco Borromini
Rome - Coupole de l'église San Carlino réalisée par Francesco Borromini entre 1638 et 1641 | © U. Stevens 2011

 

L’homme Borromini, un héros préromantique

Borromini était un homme introverti à la personnalité complexe. À l’inverse de son confrère, Le Bernin, l’architecte n’était ni un charmeur, ni un courtisan prêt à faire des courbettes pour obtenir des commandes. Né en 1599 à Bissone, dans le Tessin suisse, Francesco Borromini, né Castelli débute sa carrière en tant que tailleur de pierre. Il a 19 ans, et son maître n’est autre que Carlo Maderno, le responsable du chantier de la basilique Saint-Pierre de Rome.

 

Roma, Palazzo Barberini, scala interna di Francesco Borromini
Rome - Palais Barberini, escalier intérieur réalisé par Francesco Borromini, autour de 1630 | © U. Stevens 2011

 

Très vite, le jeune artiste se révèle un brillant dessinateur capable de donner vie à une architecture tout en courbes, absorbant et réfléchissant la lumière. S’inspirant du travail des Anciens et de Michel-Ange il joue avec la géométrie et les formes, et développe un style atypique, mais longtemps sous-estimé. Contrairement à des artistes tels que Le Bernin ou Cortona, l’influence artistique de Francesco Borromini est restée longtemps limitée. Ce n’est qu’au XIXème siècle que son travail connaît un regain d’intérêt, aussi bien de la part des artistes que des amateurs d’art.

 

Chiesa di Sant'Agnese in Piazza Navona a Roma, architetto Francesco Borromini
Rome - Eglise Sant'Agnese de Piazza Navona réalisée oar Francesco Borromini entre 1653 et 1657  | © U. Stevens 2011

 

La carrière de Borromini a été mité par sa constante opposition à Bernini, avec qui il eut l’occasion de collaborer sur le chantier de Saint-Pierre, au début de sa carrière. Il semble d’ailleurs que son adversaire artistique ait tout fait pour miner son ascension professionnelle, probablement par jalousie. L’architecte parvient toutefois à s’imposer brièvement sous le pontificat d’Innocent X. Cependant, avec le décès de ce dernier, en 1655, il perd les faveurs du Vatican et sombre dans une profonde dépression.

 

PORTRAIT OF POPE INNOCENT X
Diego Velázquez, Portrait du Pape Innocent X, huile sur toile (38 x 31 cm)

 

10 ans plus tard, Borromini reprend les travaux de la façade de San Carlino et il achève la chapelle Falconieri de l’église San Giovanni dei Fiorentini.

 

San Carlo alle Quattro Fontane
San Carlo alle Quattro Fontane - Façade

 

Une fin de vie marquée par le désespoir

Le 2 août 1667, Francesco Borromini se réveille de très bon matin en prétextant devoir travailler. À la place, il rédige son testament et écrit les mots suivants : « … étant donné mon indisposition, il me vint hier soir la pensée de faire testament et de l'écrire de ma propre main. Je commençai alors à l'écrire ce qui m'a occupé depuis une heure environ après que j'aie pris le repas du soir... jusqu'à trois heures de la nuit environ ». Son secrétaire, Francesco Massari lui enjoint alors de se reposer, ce que Borromini fait. Du moins, pour quelques heures seulement.

 

Ritratto di Francesco Borromini
Portrait de Francesco Borromini conservé dans la sacristie de San Carlo alle Quattro Fontane

 

À son réveil, l’homme est déterminé à reprendre son testament là où il l’avait laissé et exige à Massari d’allumer. Ce dernier refuse. Borromini s’impatiente, et gagné par un par une folie hystérique, il se jette sur son épée comme en attestent ses dernières paroles : « me souvenant que j'avais mon épée ici... à la tête de mon lit, j'ai pris ladite épée, puis, l'ayant tirée de son fourreau, sa poignée je l'ai fixée dans mon lit, et la pointe dans mon flanc, puis je me suis jeté sur cette épée avec une force telle qu'elle est entrée dans mon corps, et j'ai été passé de part en part, je suis tombé avec cette épée mise dans le corps sur le pavement, et m'étant blessé… j'ai commencé à hurler… »

 

Francesco Borromini

 

Le génie du baroque italien meurt de ses blessures, après avoir reçu l’extrême-onction. Quant au chantier de la face et du clocher de l’église, il ne fut rouvert qu’en 1670, avant d’être terminé en 1677, par son neveu Bernardo. L’ensemble fut officiellement achevé en 1682, avec l’installation des statues dans les niches. Peu de temps avant sa mort, Francesco Borromini, qui gagné par la crainte de voir le fruit de son travail usurpé par ses rivaux, avait détruit l’ensemble de ses dessins par le feu.

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