P38, le groupe de musique italien accusé de glorifier les Brigades rouges

Par Lepetitjournal Rome | Publié le 19/05/2022 à 17:52 | Mis à jour le 19/05/2022 à 18:00
groupe de trois hommes encagoulés musique P38

Adeptes des références au terrorisme rouge, les rappeurs de P38-La Gang sont accusés par des descendants de victimes d’en faire l’apologie. Déjà alertée par la police, la justice devrait être saisie.

 

« La Gang » comme les Brigades rouges, « P-38 » comme le pistolet qu’elles utilisaient pour assassiner leurs cibles : le nom du groupe rappelle l’organisation terroriste d'extrême gauche italienne, apparue durant les années de plomb. Auto-défini comme un « collectif artistique insurrectionnel de musique », le style de P38 se rapproche de la trap, un sous-genre du hip-hop qui, alliant rap et musique électronique, connaît un franc succès en Italie depuis quelques années. Ce qui détonne, c’est le ton provocateur de ses textes, qui accumulent les références explicites aux années de plomb.


Les dénonciations de P38 et l’intérêt de la justice

C’est lors de récents concerts dans des centres de promotion sociale que les membres de P38 se sont faits remarquer. L’attitude transgressive des rappeurs encagoulés et les paroles de leurs chansons ont suscité une vague d'indignation. Des parents de victimes des Brigades rouges les ont notamment dénoncés pour incitation au crime : c’est le cas du fils de Marco Biagi, un juriste tué par les Nouvelles Brigades rouges en 2002. La fille d’Aldo Moro, président de la démocratie chrétienne enlevé et assassiné par les Brigades rouges en 1978, a quant à elle annoncé vouloir porter plainte contre P38. Selon elle, "il ne s'agit pas de liberté de pensée, mais d'incitation au terrorisme". Le dossier a donc atterri à Bologne, sur le bureau du procureur chargé des enquêtes antiterroristes. Le parquet de Turin a lui aussi ouvert une enquête sur le groupe, suite à un rapport des policiers de Reggio Emilia sur le concert donné par P38 ce 1er mai.

 


La réponse du groupe et leur pétition

S’ils sont habitués des centres sociaux d’obédience antifasciste, les quatre « trapper brigatisti » de la région de Bologne ne sont affiliés à aucune organisation militante. « Si nous étions vraiment membres d'un groupe armé clandestin, peut-être que le crier dans les chansons et sur les scènes ne serait pas la meilleure stratégie à adopter... », ironise le groupe face à l’enquête dont ils font l’objet. Mais la polémique est déjà lancée, si bien que la direction du festival de musique Mi Ami, où P38 étaient censés se produire le 27 mai, a jugé que les conditions n’étaient pas réunies pour les accueillir. Afin d’assumer les frais de justice qui l’attend, le groupe a dû lancer une pétition qui lui a déjà permis de récolter plus de six mille euros. Celle-ci s’accompagne d’un long message dans lequel P38 prend le soin d’expliquer que sa manière de renverser « les stéréotypes de genre (…) à l'extrême » et de faire référence « au socialisme, au communisme, aux années de plomb » est volontaire. Il y décrit aussi son projet comme une « hyperbole rouge qui transforme la perspective de succès et d'enrichissement individuel en une lutte acharnée par tous les moyens pour un avenir meilleur pour tous... ». Les peines qu’ils encourent pourraient aller jusqu’à huit ans de prison.

Luz Escoubes

 

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