

L'échec familial sous la plume des frères d'Arvor (photo Albin Michel)
Youki est jeune et jolie, mais passe sa vie à se détruire. Sa mère vient de mourir, elle n'a jamais connu son père. Anorexique, nymphomane par "haine de l'homme", elle décide, dans un dernier instinct de survie, d'aller retrouver, à Prague, celui qui a toujours manqué à sa vie. Car sa mère lui a confié un ultime secret.Une belle histoire, de celles qu'on raconte pour rassurer ses enfants. En 1968, en pleine insurrection tchèque contre l'occupant russe, cette journaliste a rencontré Pavel Kampa, un écrivain spécialiste du poète Robert Desnos, avec qui elle a vécu un amour fou, mais impossible. De cette passion éphémère est né un bébé, Youki.
Prague, obsédante
Écrit à la première personne, J'ai tant rêvé de toi explore avec émotion une quête éperdue des origines. La ville de Prague est omniprésente, presque obsédante. On la découvre en 1968, puis presque inchangée 30 ans plus tard, sous le regard chargé d'espoir de Youki. Mais le père idéalisé, grand poète et prix Nobel, se révélera être un Don Juan imbu de lui-même et mystificateur. Comment faire face à cet échec, se construire malgré tout ?
Anorexie, quête d'un père célèbre? Difficile de ne pas voir la part autobiographique du livre, par ailleurs dédicacé à Solenn, la fille suicidée du présentateur. Mais c'est plutôt le style, littéraire et incisif, qui retient l'attention. Pudique et poétique, l'écriture des deux frères épouse à merveille les humeurs d'une héroïne à la fois cruelle et naïve. Enfant fragile, elle devient, au fil des pages, une femme déterminée.
Au final, elle laisse un lecteur dérouté, en proie à ses propres interrogations.
Elodie VIALLE. (www.lepetitjournal.com) jeudi 1er novembre 2007
J'ai tant rêvé de toi, Olivier et Patrick Poivre d'Arvor (Albin Michel), 258 pages, 18,50 euros

Après un savoureux Dictionnaire égoïste de la littérature française, prix décembre 2005 et 2006 des lectrices de Elle et de l'Académie française, Charles Dantzig revient avec Je m'appelle François à une forme plus classique du roman. Le cursus de son héros est lui moins traditionnel : selon les époques de sa vie, il s'invente de nouvelles identités pour mieux escroquer son entourage. Gagner une vie à ne rien faire d'autre qu'ambitionner entrer dans les carrés VIP du monde, telle est la carrière de celui qui ne conserve jamais que son prénom en fil conducteur. La plume est alerte et mordante, l'histoire rappelle celle d'imposteurs connus, et l'homme sans qualité témoigne d'un monde où la naïveté la dispute à la vénalité.
Je m'appelle François, Charles Dantzig, Grasset ? (F.P. www.lepetitjournal.com jeudi 1er novembre 2007)


































