Édition internationale

ROMAN – Henry Bauchau sur le boulevard de la mort

Le boulevard périphérique du Belge Henry Bauchau vient d'être couronné par le 34e prix du Livre Inter. Son jury salue ainsi une écriture rigoureuse inscrite dans les mouvements intérieurs et circulaires d'un narrateur confronté à trois décès éloignés dans le temps

Lorsque la réalité contemporaine renvoie aux morts du passé
Rendre une visite quotidienne à sa belle-fille qui se meurt d'un cancer de l'autre côté du périph' réveille la mémoire d'un grand-père dont la jeunesse lors de la deuxième guerre a été marquée par deux épisodes tragiques. A mesure qu'il arpente les couloirs du métro ou compte les portes parisiennes depuis le bus, reviennent à lui les souvenirs lumineux de Stéphane qui lui a appris la varappe avant d'être assassiné à 28 ans.
La mémoire de la rencontre avec son bourreau quelques années plus tard est plus méandreuse : l'itinéraire du Russe blanc converti au nazisme revient hanter un narrateur au fil de sa rêverie dans les transports en commun : "Cinq ans de RER, cinq fois par semaine;cela vous donne une expérience, un poids d'expériences que l'on porte en soi comme une mince douleur, mais aussi comme une source de vie."

Etre mystérieusement éveillé à sa condition mortelle
Soyons clair, il est plus question dans Le boulevard périphérique de mort que de vie. Bien sûr la logique de l'espérance maintient sur le fil une famille confrontée à la maladie. Mais, pour l'essentiel Bauchau tente d'apprivoiser la mort de jeunes personnes, tandis que lui se dirige lentement vers la sienne alors que seul le regard des autres lui apprend qu'il vieillit.
Entre l'auteur et son narrateur, la cloison est mince. A 95 ans, Henry Bauchau conserve de ses années de psychanalyste le sens aigu d'une temporalité circulaire où les événements rebondissent les uns contre les autres. Aussi les phrases sont-elles un peu sèches. Les personnages ne se définissent que dans leurs actions. La souffrance ne se plaint pas. Le temps s'écoule voilà tout, en revenant sans cesse aux fragmentations de la vie d'un homme.
"C'est bien d'être heureux, c'est bien de jouir. Mais il n'y a pas de devoir de jouir, pas de devoir d'être heureux. Je dis ça tout haut presque sans y penser et je sens que cette parole porte un peu."De la même manière son roman n'est pas heureux, mais il porte beaucoup.
Betty RUBY. (www.lepetitjournal.com) vendredi 6 juin 2008

Le Boulevard périphérique, Henry Bauchau, Actes Sud, 255p, 19?50
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