
La libido en berne, son couple bat un peu de l’aile. Sa femme, lectrice de Tao magazine, vire doucement chamano-post new-age tandis qu’une tondeuse à gazon broyeuse d’orteil lui pose des problèmes et que la vie locale ne le réjouit pas autant que prévu. La prose est râleuse et ludique, le récit drôle et un peu convenu jusqu’au moment où Jack reçoit un coup de fil du rédacteur en chef d’un hebdo racoleur mais lucratif.
Une famille peut en cacher une autre
C’est à propos d’Hemingway, un auteur dont Hemrit, comme Chérel, est un spécialiste. Il ne s’agit pas exactement d’Ernest, mais de Gregory, le fils cadet qui a été retrouvé mort dans une prison de Miami. Il avait soixante-neuf ans… et portait une robe.
À partir de l’écriture de cet article de commande, un fil complexe rassemble le grand écrivain américain -figure de la virilité s’il en est-, les interrogations sur l’identité masculine, et les histoires familiales. Au fil de son enquête, Jack rencontre une vielle femme fascinante, Mrs Hicks, la maîtresse Pauline, la mère de Gregory… De sa bouche, il apprend certains liens avec sa propre famille, au moment de la guerre civile, et part donc pour l’Espagne.
Tous ces éléments ne tiendraient pas ensemble sans le talent de narrateur de Guillaume Chérel. Son style alerte surjoue parfois la désinvolture. Mais avec un roman au programme si disparate, il réalise l’exploit de toucher par la simplicité et l’authenticité de sa voix. Un roman plaisant, surprenant et intéressant.
Jean Marc Jacob. (LPJ) 20 mai 2005
Les pères de famille ne portent pas de robe, Guillaume Chérel, Julliard, 260p, 19 €
Également en librairie
— Portrait d’une absente, Stéphane Jougla (Gallimard) : Une femme travaille dans l’appartement d’une autre, absente. Peu à peu, elle se glisse dans ses meubles, ses vêtements, sa vie, jusqu'à prendre sa place auprès de ses amis et de son mari. À la limite du fantastique, Stéphane Jougla explore méticuleusement un changement d’identité troublant.
— L’idiot du village, Patrick Rambaud (Grasset) : Un matin de 1995, le héros de L’idiot du village se retrouve sans explication plausible en possession d’un journal des années 50. Il a de plus en plus fréquemment des visions de ces années-là, jusqu’au jour où, invraisemblablement, il se trouve plongé dans le Paris de son enfance, près des Halles encore pleines de vie. Patrick Rambaud signe une fantaisie nourrie du fantasme de l’impossible retour vers le passé. (LPJ – 20 mai 2005)




































