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ROMAN - Epoustouflant étourdissement

Joël Egloff livre dans L'étourdissement une vision glaçante de la routine sous pollution. Grâce àune écriture fine, ludique et poétique, le livre Inter 2005 vaut vraiment le détour

Chaque chapitre vaudrait une chanson (Photo : John Foley / Opale)

Làbas, les belles journées ressemblent àun sale temps par une nuit polaire. D'oùque le vent vienne, ça sent affreusement mauvais et, quand le brouillard tombe, même la route qui mène àl'abattoir disparaît.
Le narrateur, qui n'a ni nom ni prénom, travaille en effet àl'abattoir, depuis des années sans avoir obtenu la moindre augmentation, ni la moindre évolution de poste. La présence de son copain Bortch l'aide àtenir le coup, mais de toute manière, ce n'est qu'une question de temps, car c'est certain jure-t-il, il va s'en aller.
Tandis qu'enfant il passait ses vacances àla station d'épuration, adulte il récupère àvélo tout ce que jettent les gens et s'en sert pour améliorer le confort de la grand-mère. Réglée comme une horloge au gréde la météo, sa vie suinte l'ennui et le désespoir résigné.
Un Jacques Brel longue durée
L'étourdissement rappelle l'univers de Jacques Brel. Chaque chapitre vaudrait une chanson tant le propos est précis, hyper-réel et poétique en même temps. Joël Egloff réussit un tour de force en faisant d'un sujet déprimant un objet fascinant àlire.
Tout tient dans le style. Il raconte l'ennui avec une telle verve et une ironie corrosive qu'on se prend àne plus vouloir quitter le monde glauquissime de l'abattoir. L'humour noir fait parfois vaciller le récit dans des scènes quasi burlesques -comme quand le narrateur et son ami doivent annoncer àMadame Pignolo qu'elle est une fraîche veuve.
Ce court roman qui a reçu àjuste titre le prix du Livre Inter 2005 mérite d'être embarquésur le trajet des vacances.
Anne LAPIERRE. (LPJ) 22 juillet 2005

L'étourdissement, Joël Egloff, Buchet-Chastel, 142p, 14€

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