

Dans son roman sobrement intitulé 1981, le rédacteur en chef du Canard enchaîné retrace les premiers jours de la France mitterrandienne à travers le regard d'une galerie de personnages fictifs mais aussi réels. Le parallèle avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée s'impose et amuse
Eric Emptaz livre une analyse à la fois grave et ironique (photo Grasset)
Alors que Nicolas Sarkozy goûte aux saveurs de l'état de grâce présidentielle, Eric Emptaz, le rédacteur en chef du Canard Enchaîné, nous livre un roman mettant en scène l'arrivée de François Mitterrand à l'Elysée. Plus que l'homme d'État, l'auteur nous dresse les portraits de personnages réels ou fictifs, tous en pleine ébullition dans cette France qui s'est réveillée socialiste le 10 mai 1981.
Pour les uns, la gauche et "Mitrand"sont arrivés au pouvoir, la nomination des 4 ministres communistes a effrayé. Certains envisagent l'exil, si ce n'est le leur, tout du moins celui de leurs capitaux. La famille Husson de tradition giscardienne organise clandestinement des transferts de fonds en Suisse et se sent trahie par les amours printanières du cadet. En effet, Louis s'est enamouraché d'une jeune Elise, elle-même en poste à l'Elysée, en charge de la communication sous l'?il tranquille de Jacques Séguéla.
Courtisans d'hier et d'aujourd'hui
Pour les autres, "Mitterrand"est parvenu au pouvoir, c'est la liesse et il faut prendre part à la construction de la mythologie. Eric Emptaz décrit avec ironie et amusement les grands barnums de la cérémonie du Panthéon et de l'ascension de Solutré. Des célébrités ont joué des coudes pour emboîter au plus près le pas du président. Parmi les courtisans, on retrouve Dalida accompagnée de son chevalier servant Pascal Sevran, le célèbre beau-frère Roger Hanin et Jacques Attali. Bref tous ceux - hormis Dalida - qui aujourd'hui sont à nouveau aimantés par l'État de grâce, celui du tout nouveau président Sarkozy.
Dans les entrelacs amoureux et politiques se dessinent également les grandes mutations sociales des années 80, les années pub sur lesquelles Eric Emptaz insiste un peu lourdement en scandant les slogans de l'époque. En filigrane, le portrait du dernier bourreau annonce la fin de la peine de mort et le trio amoureux du roman découvre, sans en connaître le nom, le sida.
Toutefois, même si le ton est mâtiné de gravité, la distance de l'histoire s'accorde très bien avec celle de l'ironie. 1981 nous livre ainsi une satire des états de grâce présidentielle de 1981 et 2007.
Véronique BARDAY. (www.lepetitjournal.com ) jeudi 12 juillet 2007
1981, Eric Emptaz, Grasset, 266 pages, 17.90?
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