

(Photo: DR)
Le Petit Journal : Le Bafici et vous, quelle est l'histoire ?
Bernard Bénoliel: J'ai été invité pour la première fois en 2001 par Quintin, alors directeur du festival. Et je suis revenu trois fois depuis. La première fois, j'ai présenté une programmation sur la vitesse. Et cette année, sur le cinéma fixe, l'image, la photo. Les deux thèmes se rejoignent : à partir du moment où une photo se trouve dans un film, elle est emportée par son mouvement, par sa vitesse.
Les photos peuvent aussi être utilisées par des techniciens pour restaurer ou reconstituer à partir d'images un film dont il n'existerait plus de copie. Par exemple, toutes les copies du film Four Devils (1928) de l'Allemand Friedrich Murnau ont disparu. La réalisatrice Jeanet Bergstrom a rassemblé ce qu'elle avait (photos du film, du tournage, restes de pellicule) pour composer un film qui raconte non seulement le film de Murnau mais aussi l'histoire de ce film. Le résultat est à la croisée du cinéma contemporain et de la restauration d'une ?uvre appartenant à l'histoire.
LPJ: Qu'aimez-vous dans ce festival ?
BB: Son ouverture d'esprit : il y a beaucoup de réceptivité, de réflexion sur le cinéma. On peut faire se rencontrer théorie et spectateurs parce que la fréquentation est très importante. Les gens ont faim de culture, soif de savoir et c'est galvanisant. On peut programmer du cinéma réputé difficile, inexportable, radical : les films des réalisateurs Jean Eustache, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet par exemple sont montrés au même titre que les autres.
Par ailleurs, un tel festival permet de se rassurer sur le fait qu'un film reste universel. Si chaque film a de fait une nationalité, son but est de voyager. Le Bafici est un peu une plaque tournante, un aéroport pour ces « avions-films », un lieu d'où ils partent vers d'autres destinations.
Cette ambition correspond à notre façon de voir les choses. Il était donc évident pour nous d'être présent et de jeter des ponts entre la Cinémathèque et ce festival. Nous avons prêté des copies, fourni des indications sur les ayants-droit, proposé des programmations.
LPJ: Quel est votre souvenir préféré à Buenos Aires ?
BB: Mon souvenir le plus fort, c'est ce lieu : la Boca. Une fois passées les maisons, il y a un petit port. Je me suis assis un moment, à regarder la circulation des bateaux. Le soir tombait et les lumières étaient sublimes. J'avais l'impression d'être perdu dans le monde, et c'est rare, de nos jours, de se trouver dans un endroit qui n'existe nulle part ailleurs. J'étais très bien là, comme si j'étais au bout de la ville, et avec cette lumière. C'était une vraie halte.
Louise Durette (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) le 14 avril 2009


































