

Difficile de ne pas croire en Dieu dans une Capitale qui respire le Catholicisme. Pourtant, ils sont nombreux à avoir fait ce choix au-delà du poids d'une culture dominante et des conventions sociales. Raffaele Carcano, diplômé en Histoire des Religions et secrétaire général de l'Unione degli Atei e degli Agnostici Razionalisti (UAAR) depuis 2007, répond à nos questions.
Que signifie être athée dans la Capitale italienne et combien êtes-vous ?
En général, être athée signifie avoir la liberté de faire ses propres choix en matière de religion, sans obligations de croire en un Dieu ou un autre. Par exemple, si j'avais des enfants, je les laisserais choisir ce qui leur convient le mieux. Dans la ville qui abrite le Vatican, la voie de l'athéisme est celle du non-conformisme.
Rome n'est pas une ville neutre, elle est marquée, dans ses murs et dans ses m?urs, par le catholicisme. Par exemple, le matin je me réveille au son des cloches de la paroisse près de chez moi. Comme d'autres athées, quand je prends l'autobus, je suis assailli par les publicités où s'exhibe le Pape Francesco. Au bureau (ndlr. dans une banque de la Capitale), je suis confronté au conditionnement mental de mes collègues qui eux croient en Dieu et le montrent.
Les informations que nous avons nous permettent de penser qu'entre un sixième et un septième de la population romaine est athée et donc vit au quotidien ce genre de situations. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que l'UAAR de Rome, siège national de notre association, rassemble plus de 350 non croyants.
Quelles relations entretenez-vous avec les religions ?
Parfois nous nous battons ensemble pour défendre des causes communes comme, par exemple, la suppression de "l'ora di religione" dans l'enseignement public. Une heure hebdomadaire de leçon sur la religion catholique qui se déroule dans les écoles élémentaires. Elle est financée par l'Etat et permet même aux élèves de gagner des points bonus s'ils y participent. Dans une école de Pise, nous avons réussi à faire changer les choses. Après l'intervention d'un juge, les enfants non catholiques ont pu participer à d'autres ateliers. C'est un grand pas qu'il puisse exister une alternative pour ces enfants.
Existent-ils des "Héros" de la communauté athée ?
Nous n'avons pas de "Héros" car se sont, par définition, partiellement des divinités. Pour nous, les personnes emblématiques sont celles qui s'engagent au quotidien dans de petites actions contre les discriminations faites aux athées. Nous restons très attachés, bien entendu, à la philosophie des Lumières, au travail de Darwin et de l'écrivain Beccaria qui ont fait beaucoup pour changer le regard fantaisiste que les religions posent sur le monde.
Contrairement à Londres où il existe une "église" pour les non-croyants, à Rome, il n'y a aucun lieu dédié aux athées. Après tout, ce n'est pas le premier de nos problèmes. Ce qui intéresse l'UAAR et les athées de Rome, c'est de pouvoir s'exprimer librement, sans être opprimés.
Vous parlez de liberté d'expression, vous sentez-vous entendu par la sphère politique italienne?
(Rires). Le fait qu'il existe une association pour défendre les athées contre les discriminations et appuyer leurs revendications est déjà la preuve qu'il y a une lacune de ce côté là. Nous ne sommes pas entendus par les hommes politiques de notre pays. Ces derniers répondent parfaitement au bien connu "Réflexe de Pavlov" en obéissant au doigt et à l'?il aux ordres de l'Eglise. Dans ce contexte, vous comprenez qu'il est très difficile de faire entendre sa voix.
Justement, de quelle manière l'UAAR s'organise-t-elle pour faire entendre la voix des athées ?
En ce moment, nous préparons une campagne publicitaire dans les grandes villes d'Italie qui a pour slogan : "10.000.000 vivono bene senza D", soit uniquement avec le "io" de "Dio". Avec cette opération d'envergure nationale, nous souhaitons avant tout faire connaître l'UAAR. Notre combat consiste à dire tout haut qu'il est possible de vivre sans Dieu, comme le font plusieurs millions de personnes dans le monde. Ensuite, nous continuons de contester l'otto per mille, cet impôt qui revient tout droit à l'église si vous ne cochez pas une simple case sur votre déclaration de revenus. Par le biais de pétitions et en concertations avec d'autres associations, nous ?uvrons aussi pour la légalisation de l'euthanasie en Italie. Jamais un tel projet de loi n'a pointé son nez au Parlement.
Sophie LEI - (www.lepetitjournal.com/rome) ? Mercredi 19 juin 2013
Crédit photo : www.uaar.it / Wikimédia commons




































