

Le nouveau quartier situé au pied du Rocher demeure l'exemple d'un agencement réussi entre zone industrielle et lieu résidentiel avec ses port, logements, héliport, stade, centre commercial... qui voisinent avec des usines à l'aspect futuriste. La différence est quasiment impossible. Et l'avenir se focalise sur «Fontvieille II».
Monaco d'autrefois (H. Clerissi)
Imaginer l'avenir autrement, c'est déjà vouloir changer le présent et réfléchir sur le passé. Mais c'est également partager une forme certaine de connaissance et recréer une image bien souvent déclarée obsolète. Il y a longtemps que la Principauté a fait sienne ce sésame indispensable pour réussir le passage de l'anticipation à l'action. N'a-t-elle pas été profondément remodelée au cours du siècle dernier à Fontvieille, au Larvotto, à la Condamine, à Monte-Carlo? Ne poursuit-elle pas, en ce troisième millénaire, de profondes modifications de son littoral avec une recomposition urbaine des quartiers du Jardin-Exotique et de Saint-Roman ?
Toutefois, en dépit de ces multiples opérations d'aménagement et des constructions architecturales modernes, plusieurs résidents monégasques ont encore en mémoire ces réminiscences d'antan. Sans doute, les exigences de la vie actuelle, en particulier celles de la circulation automobile, ont imposé sur le territoire monégasque des modifications entraînant bien souvent la disparition du patrimoine ancestral. Il est toutefois réconfortant de noter qu'au cours du temps, en dépit de ce progrès «obligé», l'évocation des us et coutumes de jadis demeure. Comme au quartier de Fontvieille où l'on peut parler, sans exagération d'industrie en résidence.
C'est l'exemple d'une cohabitation réussie d'une petite ville à part au pied du Rocher, avec ses port, logements, héliport, stade, centre commercial... qui vit en symbiose avec le monde du travail. La confrontation avec le paysage urbain d'aujourd'hui est saisissante. Des tours de verre et de béton ont remplacé les premières usines de briques et de chaux du temps du prince Albert-Ier. Des grandes voies de circulation ont gommé les ruelles en terre d'antan. Une ville-champignon a poussé sur les terrains vagues et sur un terre-plein de 22 hectares gagné sur la mer... Des constructions anciennes, rien n'a quasiment survécu.
Quatre immeubles et la brasserie
Par quel moyen ce quartier, pratiquement désert jusqu'aux années cinquante, est devenu aujourd'hui le c?ur industriel de la Principauté ? En fait tout a été chamboulé par un immense chantier étalé sur des décennies. Le résultat ? Habitations, bureaux et usines s'intègrent agréablement dans un domaine paysager des plus réussis. Un autre univers de couleurs, de sensations et d'émotions «made in Monaco». Mais la mémoire historique de Fontvieille s'est presque effacée. Car dans les années quarante, il y avait déjà très peu d'habitations. Au plus quatre immeubles et l'imposante brasserie s'étaient solidement ancrés sur cette zone grignotée sur la mer au temps du prince Albert-Ier. Une minoterie et une chocolaterie allaient s'ajouter à la petite agglomération. Les trois patrons avaient rapidement fondé le Crédit Foncier pour avoir une banque à Monaco. Plus tard, la S.B.M. installait ses entrepôts pour abriter les décors. La laiterie arrivait quasiment en même temps. Les implantations de la SMEG, Biotherm, Silvatrim? seront bien plus tardives. C'est l'immeuble «Le Thalès» qui a marqué véritablement le début de la grande ère industrielle au début des années soixante. La vocation de ce quartier était toute tracée...
A cette époque toutefois, on pouvait voir des baigneurs sur la plage de galets. Il y avait juste quelques pointus amarrés au môle du petit port. La majorité des allées et venues étaient effectuées par les ouvriers des usines, sauf les jours d'épreuves sportives avec les mouvements de foule aux abords de l'ancien stade Louis-II. La Méditerranée s'avançait jusqu'au boulevard Prince-Héréditaire-Albert...
Quelle image rappelle-t-elle encore cette période? Il faut se limiter au vieux port qui a conservé la forme et la cale de halage. Sa jetée sert maintenant d'amorce au quai Jean-Charles-Rey. Certes, Fontvieille n'avait rien d'agréable avec ses terrains vagues, baraquements et grandes cheminées. Quand la Sadim a voulu créer son terre-plein, c'était surtout pour prouver sa maîtrise dans le domaine des grands travaux sous-marins. Monaco était la façade internationale rêvée pour afficher le départ d'une technologie innovante.
Une superficie pour l'avenir de la Principauté
Cependant, l'opération présentait un vague plan d'urbanisme déraisonnable où les constructions dépassaient bien au-delà la place du Palais. Aussi, à l'époque, le prince Rainier était déjà convaincu de l'utilité de maîtriser une superficie qui compterait pour l'avenir de la Principauté. Dans le cas contraire, on allait au-devant d'un déséquilibre visuel et d'une monstruosité. Sans les efforts du Souverain pour convaincre les institutions et organismes frileux, hostiles à tout changement dans le projet, Fontvieille n'aurait pas connu son harmonie actuelle. Par exemple, la construction du nouveau stade bordée par les limites du territoire monégasque a divisé par deux le nombre des logements sociaux (500 au lieu de 1.000) et la superficie de la zone industrielle (53.000 m2 au lieu de 100.000 m2).
Aucune nostalgie cependant chez les anciens? Auparavant, cette zone n'avait aucun attrait. C'était même la partie monégasque que l'on oubliait. Aujourd'hui, on y a intégré des usines dans un ensemble architectural qui n'a rien de choquant par rapport aux autres quartiers de la Principauté. C'est une véritable ville que l'on a créée avec ses multiples centres vitaux, économiques et attractifs. Il ne reste plus maintenant qu'à se pencher sur l'amélioration de la circulation avec le prochain aménagement de la ZAC Saint-Antoine.
C'est une évidence: l'avenir n'a pas dit son dernier mot à Fontvieille. «Fontvieille II» projette une nouvelle emprise sur la mer afin d'améliorer encore son tissu urbain avec le déplacement de l'héliport. Et même s'il reste à «digérer» quelques forts investissements financiers antérieurs, les seul détails contraignants, aujourd'hui, demeurent... topographiques !
Jean-Marie FIORUCCI. (www.lepetitjournal.com - Monaco) mercredi 13 juin 2007


































