

C'est devant un auditoire composé notamment de décideurs marocains et français que le président du directoire de la SA Le Monde, invité par le président de l'IMRI Jawad Kerdoudi, a apporté ses lumières d'analyste politique français sur la prochaine élection présidentielle. Pour Jean-Marie Colombani, ce scrutin est marqué par une forte volonté "de renouvellement de la classe politique"et par une issue indécise. Du fait notamment de l'arrivée dans l'arène de "la surprise"François Bayrou. Pour Colombani le score actuel du président de l'UDF, est déjà une performance. "Fera-t-il le coup de Giscard de 1974, qui était alors un homme seul sans parti politique, doté de sa seule intelligence, fulgurante ?". Ce "chrétien social européen"surfe sur un programme "d'union nationale"qui séduit, "pour redresser une France qui se dit en déclin depuis 30 ans...". Selon le journaliste, les "gaffes"de Ségolène Royal, candidate par ailleurs "de la génération Delors, mal à l'aise dans les archaïsmes du PS", puis celles de François Hollande qualifiant de "riches"les personnes gagnant plus de 4.000 euros par mois, a fait glisser le vote des classes moyennes vers l'étonnant Bayrou. Un candidat qui attire aussi des électeurs de droite "inquiets de la boulimie de pourvoir"d'un Nicolas Sarkozy qui veut incarner "la rupture, le renouveau". Comme Ségolène Royale à gauche, qui use des mêmes qualificatifs, de femme nouvelle, depuis les élections internes au PS.
Europe et ambition française
Les Français veulent un(e) président(e) "ayant une capacité à gouverner, avec une exigence de proximité", proche des préoccupations des électeurs qui n'espèrent plus rien des thèmes éculés de naguère, du genre "changer la vie". Cette attente de la société pour un(e) président(e) de proximité a déjà des effets sur la forme du débat politique actuels "où les journalistes sont remplacés par un panel d'électeurs-citoyens". Le patron du Monde estime "inédit le rapport de force gauche-droite" actuel. "Les sondages placent aujourd'hui la gauche à seulement 40 %. Le score de la gauche est anormalement faible après cinq années de gouvernement de droite. Elle devrait être au moins à 43 % pour être assurée d'être présente au second tour. Il faut attendre maintenant les simulations réelles de vote avec la totalité des douze candidats aujourd'hui en lice".
À son avis, la France devra retrouver sa place au sein de l'Union européenne qu'elle a perdue avec le non au référendum. "C'est par l'Europe que le pays retrouvera une ambition française. On a donné un coup d'arrêt à cela à cause du référendum absurde décidé par Chirac et voulu par Hollande".
Pour lui, la réforme constitutionnelle en faveur du quinquennat reste inachevée, mais "il y a un consensus sur l'idée de renforcer les pouvoirs du Parlement". Il a rappelé que l'idée d'une sixième République a été évoquée la première fois par François Léotard dans les années 1986, puis reprise par le socialiste Montebourg, et Royal et Bayrou. Sarkozy y voit lui un facteur "d'instabilité".
Quant à la question que tout le monde voulait poser, Colombani s'est bien gardé de jouer les devins: "Sarkozy est en bonne position pour la victoire, mais ils peuvent aussi être quatre à prétendre à un second tour...".
Didier BOUVILLE. (www.lepetitjournal.com - Casablanca) lundi 26 mars 2007




































