Édition internationale

PORTRAIT – Les défis gastronomiques de Joaquim Dias Soeiro, enseignant à l’Université Taylor’s

Il est midi lorsque Joaquim Dias Soeiro, directeur du Programme de « Licence Arts Culinaires et Service de Table » à l'université Taylor's  nous reçoit dans le restaurant gastronomique du campus. Le cadre est peu commun et le service n'a rien à envier au savoir-faire français. Rencontre avec ce pédagogue investi, passionné de vin et de cuisine qui a su se débrouiller comme un chef en Malaisie.

(crédits: Joaquim Dias Soeiro)


Conter une histoire par le menu

Originaire de la région parisienne, Joaquim Dias Soeiro a un accent chantant et un sourire chaleureux typiques du Sud de la France.  Il explique avoir déménagé très tôt dans sa jeunesse dans le Sud-Ouest, où cet éclat dans la voix est une fierté régionale au même titre que les vignobles ou le patrimoine historique.

Joaquim fait défiler son histoire pour lepetitjournal.com qui le presse de questions. Le récit commence près de Cahors, chef-lieu du département du Lot, connu pour sa haute gastronomie et son terroir. Loin de la restauration rapide, il grandit là, au milieu des vignes, et goûte très tôt aux plats gastronomiques locaux tels que le foie gras ou les truffes noires. C'est donc sans la moindre hésitation que le jeune homme se dirige vers l'hôtellerie et les arts de la table à l'heure des choix d'orientation. Passionné, il apprend les fondamentaux de la gastronomie française et se découvre un intérêt tout particulier pour les vins et spiritueux.

D'abord, le jeune élève reste « au pays » puisqu'il passe son Bac technologique non loin du domicile parental. Puis, il met les voiles plus au sud à Toulouse pour un BTS Arts culinaires et une Licence, découvrant les joies de la vie étudiante. C'est au cours de ses études dans la ville rose qu'il entend parler de la Malaisie pour la première fois. Attirés par des envies d'ailleurs, ses camarades de classe tentent l'aventure d'un échange avec l'université Taylor's de Kuala Lumpur.

Mais pour Joaquim, grand amoureux de la culture gastronomique française, il n'est pas encore l'heure de quitter l'hexagone. Et puis, il a un rêve qui passe avant tout autre chose, celui de devenir professeur. Qu'importent les obstacles sur son passage ! Après deux ans en IUFM, la chance lui sourit. Il décroche un emploi à Lille dans un hôtel-restaurant gastronomique 5 étoiles réputé, l'Hermitage Gantois, suivi d'un contrat au Sébastopol, restaurant récompensé d'un macaron au Guide Michelin. Et l'enseignement dans tout ça ? L'objectif final n'est certainement pas perdu de vue. Ses expériences pratiques lui permettent de devenir formateur en restauration au CFA de Marne-la-Vallée. C'est au cours de cette même année, lors de ses congés d'été, que le français décide de retrouver ses amis à Kuala Lumpur. Tombés amoureux de la Malaisie, ces derniers s'y sont installés définitivement.

Lors de ce séjour exotique, Joaquim découvre avec enthousiasme l'institution Taylor's et ses professeurs. Ce n'était pas prévu mais en deux semaines, ce passionné obtient l'ouverture d'un poste, effectif la rentrée suivante. Il est désormais prêt à s'envoler pour de nouvelles aventures!


La Malaisie, la surprise du chef ?

Arrivé avec l'entrain de l'explorateur, ses débuts en Malaisie sont stimulants mais non sans difficultés. Il faut au jeune professeur améliorer son anglais et s'adapter à un autre environnement. Rapidement à l'aise dans son nouveau pays, il choisit de suivre des cours de management international du tourisme en plus de ses activités. Des journées bien remplies qui finissent par payer ! Joaquim obtient son diplôme de master deux ans après son arrivée.

Au départ, le français est en charge des cours de management de la restauration. Dans ce domaine, son expérience et son parcours lui valent une expertise très appréciée. Il est enfin un enseignant, un vrai ! Son intégration est plus que rapide, elle est fulgurante. Joaquim se révèle un pilier de l'équipe. Il participe activement à l'élaboration et à l'adaptation des programmes d'enseignement, des méthodes et des systèmes d'évaluation.

Au fur et à mesure, l'université confie au jeune français enthousiaste de plus en plus de responsabilités. Sa touche tricolore séduit autant professeurs qu'étudiants qui le regardent avec admiration. Aujourd'hui, moins de six ans après son arrivée, il est le directeur du Programme de Licence et a à sa charge pas moins de 18 professeurs et 350 élèves. Une belle réussite pour un trentenaire !


L'enseignement de la culture gastronomique française pour vocation

Bien sûr, ce succès n'est pas dû au hasard. Si Joaquim Dias Soeiro a été promu, c'est qu'il s'implique de tout son cœur dans ses fonctions. Son objectif ? Améliorer continuellement l'approche pédagogique donnée aux étudiants. Il ne veut pas s'arrêter à un simple apprentissage de techniques mais bel et bien leur enseigner l'analyse et la réflexion. Son idée est de pousser leur créativité à s'exprimer plus librement, une vision bien française.

Equitable et juste, Joaquim sent le potentiel caché en chaque élève et met tous les moyens à sa disposition pour l'encourager. Il est à la fois un professeur, un collaborateur et un directeur de programme impliqué, peut-être même un confident et un ami. «C'est un travail très dynamique, véritablement à plein temps. Il faut être sur tous les fronts» souligne-t-il.

Malgré la longueur des journées, le français se sent épanoui à naviguer entre ses multiples fonctions : « La Malaisie est un cadre idéal pour tout enseignant».  Il avoue cependant qu'il a dû réapprendre son métier dans ce pays qui n'est pas le sien : « Le système universitaire malaisien est plutôt basé sur l'apprentissage par cœur. Il y a moins de place pour la réflexion ou l'analyse. Je dois vraiment insister pour amener mes étudiants à réfléchir. Ce n'est pas facile pour eux. Ni pour moi, du coup.»

Joaquim évoque aussi les différences culturelles qui ne cessent de le surprendre: « Ici, c'est très particulier. Les dates limites ne sont pas forcément respectées. Disons que les Malaisiens ont une notion du temps différente de la nôtre. Alors, il faut s'adapter... Il y a aussi cette culture des ‘'meetings'' omniprésente. C'est frustrant car les réunions quotidiennes prennent beaucoup de temps sur la semaine de travail. »

En trouvant encore un peu de place dans son emploi du temps, le directeur s'investit également au sein de l'Association des Sommeliers de Malaisie. Le réseau, qui ne cesse de s'agrandir, lui permet d'organiser des interventions pour ses élèves auxquels il enseigne principalement l'œnologie. Enfin, outre ses fonctions, le directeur ne manque pas de projets personnels. Entre participer à des conférences et assister aux salons du vin qui s'organisent un peu partout en Asie, Joaquim Dias Soeiro est un homme actif qui s'intéresse de près à l'évolution de la région Asie-Pacifique.

S'il faut un mot de la fin, Joaquim veut encore insister sur sa chance d'être en Malaisie, un pays où tout reste à inventer. « Le pays commence à se développer en terme d'industrie hôtelière et de restauration gastronomique. Les opportunités ne manquent pas et vont se multiplier dans les années à venir». Des opportunités pour le professeur et ses élèves certes, mais aussi pour nous, fins gourmets qui espérons bien un jour pouvoir gouter au talent de l'université Taylor's !


Laetitia Hirth (www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur.html) Mardi 1er Mai 2012

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.