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POLITIQUE URBAINE - Testaccio et le casse-tête de l'ancien abattoir

 

Dans l'historique quartier romain Testaccio, la classe dirigeante ne sait que faire de l'ex abattoir. Alors qu'il a fermé définitivement ses portes il y a 40 ans, aucune solution de réhabilitation globale n'a encore été trouvée. Aujourd'hui, le Mattatoio rouille toujours au c?ur de la Capitale.

Faire parler les ruines

Les épaves de l'ancien abattoir qui trônent au milieu du quartier Testaccio datent de 1889. Imaginée par l'architecte Gioachino Ersoch, l'immense structure est avant-gardiste pour l'époque. Le grand rectangle aux murs de béton chapeauté d'un toit bas et épais dessine un bâtiment avant tout fonctionnel. La ligne directrice de l'architecte était claire : mettre sur pied un abattoir hygiénique construit pour en décupler l'efficacité et la productivité.

Le "Mattatoio" de Testaccio a rempli ses fonctions pendant plus de 75 ans. Incapable de s'aligner sur les nouvelles normes sanitaire et dépassé par les besoins d'une génération baby-boom devenue adulte, il s'éteint en 1975. C'est au-delà du grand raccord, dans la Rome de l'Est qu'?uvre désormais son successeur plus moderne. L'abattoir fantôme de Testaccio tombe alors en désuétude. Entre les mains d'hommes politiques bavards et peu entreprenants, il tente de rester debout affrontant l'érosion du temps qui passe.

Que faire de cet espace abandonné ? C'est la question que s'est posé la Mairie de Rome peu de temps après sa fermeture. Aucun immeuble, pas de maison ni de villa ne devaient prendre racine à la place de l'ancien "Mattatoio" pour éviter d'attiser la spéculation immobilière -"febbre edilizia"- des années 1970. L'administration publique décide alors que les aspects sociaux et culturels de la réhabilitation du lieu l'emportent sur toutes autres dynamiques commerciales.

Un passé devenu bien encombrant

Dans le milieu des années 80, de nombreux architectes, dont le célèbre Paolo Portoghesi, sont consultés pour créer à l'intérieur de l'abattoir désaffecté, la future "Città della Scienza" de Rome. Ils doivent mettre sur pied une structure urbaine dédiée à la Recherche, à l'Enseignement et surtout à la diffusion de la Science à travers des expositions et manifestations.

Malheureusement, l'enthousiasme des premiers instants s'essouffle vite. Cette idée d'un grand centre culturel organique, reste en gestation sans voir le jour. En 2003, face à l'inertie récurrente de projets morts nés, les autorités décident de transformer l'ex Mattatoio en "Città delle Arti". La Ville choisit alors de léguer une partie de son patrimoine à 13 entités publiques romaines. Le MACRO (2.500 m²), l'Accademia di Belle Arti di Roma (8.000 m²), l'association de "l'Altra economia" (2.000 m²) font partie des élus qui se partagent un espace morbide de 100.000 mètres carrés dans lesquels les salles d'exécution des animaux sont restées intactes.

Le vieil abattoir serait-il devenu l'opéra d'une joyeuse cacophonie contre-productive ? Encore 80% de sa superficie totale est inutilisée et fermée au public. Quant aux pavillons du MACRO, leurs horaires ne s'alignent jamais avec celles des autres activités qui s'y déroulent. En 2011, une énième journée de nettoyage de l'ex Mattatoio a été organisée par plusieurs associations romaines. À l'improviste, la structure tant protégée est aussi devenue une décharge publique.

À l'impossible nul n'est tenu

Pour une métropole européenne avoir plus de 100.000 mètres carrés disponibles est un atout et d'autres l'ont bien compris. En 2011, Madrid a clôturé la réhabilitation de son devenu célèbre "Matadero". Ancien abattoir bâti en 1920 puis fermé en 1980, il est rénové une première fois en 2006 pour devenir un centre artistique pluridisciplinaire.

Même credo pour Paris qui avec le "Centquatre"  fait un pied de nez à l'Histoire. Dans le 19ème arrondissement, au 104 rue d'Aubervilliers, le bâtiment qui abritait le Service Municipal des Pompes Funèbres jusqu'en 1997 est devenu, en 2008, un établissement public de coopération culturelle. Une initiative digne d'un coup de baguette magique qui a transformé un lieu mortuaire en espace de vie et de créations.

La barre est-elle trop haute pour la Ville de Rome ? Le rêve d'un projet global de réhabilitation de l'abattoir abandonné pourrait être touché du doigt. En effet, le nouveau maire, Ignazio Marino, semble mettre un point d'honneur à rendre la Capitale de la Dolce Vita plus vivable. À titre d'exemple, ce dernier compte déjà bloquer la Via dei Fori Imperiali à la circulation pour en faire profiter pleinement les piétons. À croire que la révolution urbanistique romaine se met doucement en marche.

Sophie LEI - (www.lepetitjournal.com/rome) ? Jeudi 11 juillet 2013

Crédits photo : commons.wikimedia.org / diversamenteroma.wordpress.com 

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