Édition internationale

PEROU – Bain de sang pour la sauvegarde de l'Amazonie

La lutte que mènent les peuples indiens de l'Amazonie péruvienne pour conserver leurs terres a dégénéré vendredi dernier en pugilat. Tirs sur les manifestants, émeutes, prise d'otage ? Le gouvernement péruvien et les populations indigènes se livrent un combat sans merci pour la propriété d'une forêt qui souffre déjà en silence

(Rédaction Internationale) - Des affrontements sanglants ont eu lieu les 5 et 6 juin entre les forces de l'ordre péruviennes (AFP) et les Indiens du nord-est amazonien. Les violences qui se sont succédées ont coûté la vie à 23 policiers et 11 indigènes, selon un bilan officiel contesté par les groupes indiens qui annoncent plus de 30 civils tués.

Des indigènes qui ont peur de tout perdre
Il y a plus de deux mois que les Indiens d'Amazonie péruvienne se battent pour l'abrogation d'un décret mis en place l'année dernière par le gouvernement de Lima, qui permet aux compagnies minières étrangères d'obtenir des concessions dans la forêt amazonienne. Les indigènes, qui ont peur d'être dépossédés de leurs terres au profit des investisseurs étrangers, ont multiplié les blocages de routes, fleuves ou oléoducs. Les négociations du Premier ministre Yehude Simon, dépêché spécialement par Alan Garcia pour éviter ce genre de mouvements sociaux, n'ont donné aucun résultat et le mouvement a pris de l'ampleur. Mais alors que 2.500 indigènes bloquaient, vendredi, une autoroute à 1.000 km de la capitale, dans la région de Bagua, les policiers péruviens ont ouvert le feu et les revendications ont dégénéré en lutte armée.

Deux jours de violences
Si les autorités péruviennes nient être à l'origine des hostilités, les chefs des tribus amérindiennes accusent des policiers opérant depuis un hélicoptère d'avoir tiré sur la foule des manifestants. "Il y a douze morts par balles (...) tirées depuis des hélicoptères", a déclaré le dirigeant indigène Alberto Pizango. "Je tiens le gouvernement du président Alan Garcia responsable d'avoir ordonné ce génocide.", a-t-il ajouté. Les indigènes révoltés ont ensuite pillé et incendié des bâtiments publics et ont pris en otage 38 policiers, qui gardaient une station de pompage de pétrole. Samedi, une opération militaire a permis de libérer 22 des 38 otages. 9 policiers ont été retrouvés morts et 7 sont toujours portés disparus. Le président péruvien Alan Garcia a qualifié ces violences de "complot contre la démocratie" et les indigènes de "terroristes". Le mouvement de protestation amérindien dénonce, quant à lui, l'action de Lima envers les populations indigènes et parle de "massacre commis par le gouvernement, dans le cadre d'un plan de cession des ressources naturelles aux entreprises étrangères qui inclut la privatisation de nos terres". 

Une paix relative
Le calme est revenu tant bien que mal dimanche dans la ville de Bagua grâce à un couvre-feu strict entre 15h et 6h et à l'état d'urgence décrété dans toute la région. Des volontaires recherchent cependant toujours avec l'aide de l'église catholique locale et l'accord de la police,"quelque 200 Indiens effrayés cachés chez des familles de Bagua, pour les renvoyer dans leur zone d'origine", a déclaré Santos Esparza, un avocat participant à l'opération. Le président péruvien a indiqué dans un communiqué que son pays allait réagir "avec sérénité et fermeté" à ce soulèvement indigène. Lima craint aujourd'hui que les violences ne se poursuivent comme ce fut le cas par le passé avec le Sentier lumineux, mouvement issu du parti communiste péruvien, dont la guérilla a fait 70.000 morts entre 1980 et 2000. Le président du pouvoir judiciaire péruvien a d'ailleurs lancé un mandat d'arrêt pour sédition, conspiration et rébellion contre le leader indien Alberto Pizango. Celui-ci se serait enfui et aurait trouvé refuge en Bolivie, un pays au gouvernement socialiste et pro-indigène.

Si le mouvement protestataire est aujourd'hui temporairement réprimé par le gouvernement péruvien, la naissance d'un conflit violent dans la région commence à effrayer les investisseurs étrangers, ceux-là même que Lima veut tant attirer sur ces terres. Ainsi, la compagnie pétrolière argentine Pluspetrol a fait savoir qu'elle cessait sa production dans le nord du pays. Elle extrait en temps normal un cinquième environ de la production pétrolière péruvienne.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mardi 9 juin 2009   

En savoir plus

Article de l'Express, Une cinquantaine de tués dans des combats en Amazonie péruvienne
Article du Nouvel Obs, Les affrontements entre Indiens et policiers font au moins 31 morts

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