Alors qu'en France, Parlementaires débattent encore de l’inviolabilité de la Fête du Travail, les Chinois, eux, sont déjà en train de boucler leurs valises. Direction Sanya, les rizières en terrasse du Yunnan ou une île paradisiaque du Sud-Est asiatique. Car en Chine, le 1er mai n'est pas un jour de manifestations et de cortèges syndicaux. C'est un événement économique d'une ampleur vertigineuse, une migration saisonnière qui transforme le pays en fourmilière géante pendant cinq jours. L'occasion de comprendre comment la Chine a fait de cette journée un levier de cette fête ouvrière un outil de régulation économique.


Le 1er mai, les Chinois partent en vacances. Pendant cinq jours, ils dépensent près de 25 milliards de dollars, font exploser les compteurs du tourisme et alimentent une économie qui a besoin de son carburant. La fête du Travail est devenue en Chine un instrument de régulation économique, un "pic de consommation" soigneusement calibré pour doper la demande intérieure. L’occasion pour le gouvernement de tester la résilience de l'économie.
Un 1er mai made in France, réinventé en Chine
L’histoire du 1er mai prend sa source à Chicago, en 1886, lorsqu'une gigantesque grève pour la journée de huit heures tourne au drame. Le 4 mai, à Haymarket Square, une bombe lancée sur la police fait sept morts parmi les forces de l'ordre, suivis d'exécutions sommaires de militants.
Trois ans plus tard, en juillet 1889, Paris accueille le congrès fondateur de la IIᵉ Internationale. C'est là que les délégués, sur proposition du Français Raymond Lavigne, décident de faire du 1ᵉʳ mai une journée de grève internationale pour commémorer les martyrs de Chicago. L'année suivante, les premières manifestations traversent l'Europe. Le 1ᵉʳ mai devient alors le symbole universel de la lutte ouvrière.
En Chine, les premières commémorations apparaissent en 1920, portées par des intellectuels révolutionnaires. Dès le 23 décembre 1949, le nouveau gouvernement de la République populaire en fait un jour férié. En 1999, le gouvernement décide d’étendre les congés à sept jours pour stimuler la consommation et le tourisme. Puis, en 2008, il réduit cette « semaine dorée » à trois jours, à la faveur d'autres congés autour des fêtes traditionnelles (Qingming, Duanwu, Zhongqiu). C’est en 2019, face à la nécessité de relancer la consommation, qu’il l’allonge à nouveau, désormais pour cinq jours.
Un pic de consommation à 25 milliards
Pour se rendre compte de l'ampleur du phénomène, il faut regarder les chiffres de 2025. Pendant ces cinq jours, 3,14 milliards de déplacements intérieurs ont été recensés, en hausse de 6,4 % par rapport à 2024. Les dépenses ont atteint 180,27 milliards de yuans (environ 24,9 milliards de dollars), soit une progression de 8 % sur un an.
Chaque touriste a dépensé en moyenne 574 yuans (environ 74 euros), un chiffre en légère hausse mais encore inférieur à l'avant-Covid. Côté tourisme international, 10,9 millions de personnes ont traversé les frontières pendant les cinq jours, soit une hausse de 28,7 % par rapport à 2024.
Pour le 1er mai 2026, les signaux sont au vert
Quelles dates retenir pour 2026 ? Un arrêté du Conseil des affaires d'État du 5 novembre 2025 a fixé le calendrier. Le 1er mai 2026 tombe un vendredi : les Chinois bénéficient d'un pont jusqu'au mardi 5 mai inclus. Pour compenser ce répit, le samedi 9 mai sera exceptionnellement ouvré.
À moins d'un mois des vacances, la fièvre monte déjà. Les réservations de billets d'avion intérieurs ont augmenté d'environ 8 % par rapport à la même période en 2025. Les professionnels du tourisme prévoient des déplacements sur de plus longues distances, avec un intérêt croissant pour la "consommation d'expérience" — camping, randonnée, circuits culturels — plutôt que pour le simple tourisme de masse.
Et pour cause : les vacances de Qingming, qui ont eu lieu début avril, ont déjà enregistré 135 millions de déplacements, soit une hausse de 6,8 %, pour une manne de 61,4 milliards de yuans de dépenses (+6,6 %). Preuve que le secteur touristique a retrouvé des couleurs.
Cette année encore, le 1er mai 2026 sera suivi de près par les économistes. Les autorités misent sur les vacances pour doper la demande intérieure. Ces pics maintiennent le dynamisme de la consommation des ménages, qui représente plus de la moitié du PIB chinois. Les économistes et analystes du tourisme regarderont notamment de près comment les tensions moyen-orientales impactent les habitudes touristiques des Chinois.
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