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Le Gaokao, le baccalauréat chinois, n'est plus le Graal

Chaque année, le Gaokao mobilise la Chine entière. Du 7 au 10 juin, plus de 13 millions de lycéens ont passé cet examen qui conditionne l’accès à l’enseignement supérieur. Longtemps présenté comme l’un des principaux instruments de mobilité sociale du pays, il continue d’ouvrir les portes des universités les plus prestigieuses. Mais dans une Chine où l’enseignement supérieur s’est massifié et où le marché du travail peine à absorber l’afflux de diplômés, sa promesse d’ascension sociale apparaît plus nuancée.

Le concours Gaokao en ChineLe concours Gaokao en Chine
Des étudiants chinois planchent sur le Gaokao.
Écrit par Arthur Fournon
Publié le 25 juin 2026, mis à jour le 23 juin 2026

Un examen toujours convoité

En 2026, 13,35 millions de candidats se sont inscrits au Gaokao, un chiffre en légère baisse par rapport au record de 13,42 millions enregistré l’année précédente. Malgré ce recul, l’examen demeure une étape incontournable pour accéder à l’université.

Son importance tient notamment au poids du diplôme dans la société chinoise. Pendant plusieurs décennies, réussir le Gaokao a constitué pour de nombreuses familles, notamment rurales, le moyen le plus sûr d’accéder à de meilleures conditions de vie. Plusieurs travaux universitaires montrent d’ailleurs que l’expansion de l’enseignement supérieur a contribué à accroître les revenus et la mobilité sociale d’une partie de la population.

Toutefois, les chances de réussite ne sont pas les mêmes pour tous. Des chercheurs ont montré que les élèves issus des campagnes restent sous-représentés dans les établissements les plus prestigieux. Le système du hukou — l’enregistrement administratif des ménages qui rattache chaque citoyen à une localité donnée et conditionne l’accès à certains services publics — continue notamment d’influencer les parcours éducatifs en fonction de l’origine géographique.

 

L’université n’est plus une garantie 

Si le Gaokao conserve son rôle de sélection, la valeur du diplôme obtenu à son issue a évolué. En une décennie, la Chine a connu une expansion spectaculaire de son enseignement supérieur. Selon les données de l’UNESCO, le taux brut de scolarisation dans le supérieur est passé de 29 % en 2012 à 72 % en 2022.

Cette démocratisation a profondément modifié le marché du travail. En 2026, près de 12,7 millions de diplômés devraient arriver sur le marché de l’emploi, un nouveau record. Dans le même temps, le chômage des 16-24 ans demeure supérieur à 16 %.

Plusieurs études soulignent les difficultés croissantes d’insertion des jeunes diplômés. Plus d’un tiers des diplômés occuperaient un emploi sans lien avec leur formation et que près d’un quart travaillent dans des postes pour lesquels ils sont surqualifiés.

Cette situation conduit certains jeunes à se détourner de l’université au profit des filières professionnelles, perçues comme offrant des débouchés plus concrets. Le recul du nombre de candidats au Gaokao observé depuis deux ans s’inscrit en partie dans cette évolution.

 

L’écart se creuse entre les universités

Pour autant, toutes les formations ne sont pas concernées de la même manière. Les grandes universités chinoises continuent d’offrir des perspectives particulièrement attractives.

Au printemps 2025, plusieurs établissements d’élite, dont Tsinghua et l’Université de Pékin, ont annoncé une augmentation de leurs capacités d’accueil, notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle et des technologies stratégiques soutenues par les autorités chinoises.

Ainsi, bien que le Gaokao reste officiellement un examen national, il fonctionne de plus en plus dans les faits comme un concours : obtenir une bonne note ne suffit plus. Ce qui compte est le classement relatif, qui détermine l’université accessible, dans un système de quotas provinciaux très inégaux. 

Dans ce contexte, le Gaokao demeure un puissant levier de mobilité sociale, mais son effet dépend de plus en plus de l’établissement intégré. Là où l’obtention d’un diplôme universitaire suffisait autrefois à distinguer un candidat, la concurrence accrue entre diplômés renforce aujourd’hui le poids du prestige de l’université fréquentée et de l’adéquation de la formation avec les besoins du marché du travail.

 

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