Édition internationale

L'industrie chinoise du bambou se porte bien

En janvier 2026, les autorités chinoises ont annoncé que la valeur annuelle de la filière bambou dépassait désormais 520 milliards de yuans (environ 74 milliards de dollars). Une performance qui illustre l’importance croissante d’une ressource que Pékin présente à la fois comme un moteur de développement rural et comme une alternative aux matériaux plus polluants.

Forêt de bambous Forêt de bambous
Écrit par Arthur Fournon
Publié le 25 juin 2026, mis à jour le 21 juin 2026

Une puissance mondiale du bambou

La Chine possède près de 8 millions d’hectares de bambouseraies, l’une des plus vastes superficies au monde. Le pays produit environ 150 millions de tonnes de bambou chaque année et compte plus de 10 000 entreprises spécialisées dans sa transformation.

L’industrie ne se limite plus aux paniers ou aux échafaudages traditionnels. Le bambou est aujourd’hui utilisé dans la construction, l’ameublement, les revêtements de sol, le textile, la papeterie, les emballages, la vaisselle, les ustensiles jetables et même certains matériaux composites.

Cette diversification a permis à la Chine de devenir le principal exportateur mondial de nombreux produits dérivés du bambou, notamment vers l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie du Sud-Est.

 

Bambou contre plastique 

La question est devenue centrale depuis le lancement du programme international « Bamboo as a Substitute for Plastic » (BASP), porté conjointement par la Chine et l’Organisation internationale du bambou et du rotin (INBAR). Dans certains usages, le remplacement est déjà une réalité. Les pailles, couverts, assiettes, brosses à dents ou emballages rigides en bambou sont désormais courants sur de nombreux marchés. Pour ces produits simples, le bambou constitue une alternative crédible aux plastiques à usage unique.

Les études les plus récentes suggèrent un intérêt environnemental réel : les couverts en bambou présentent une empreinte carbone inférieure à celle des équivalents en plastique à usage unique. Pour les produits réutilisables, l’avantage climatique apparaît après un nombre relativement limité d’utilisations. En revanche, il ne remplacera pas les plastiques techniques utilisés dans l’automobile, l’électronique, la médecine ou les emballages alimentaires complexes. Le bambou n’est donc pas un substitut universel mais plutôt une solution ciblée pour certaines catégories de produits.

 

Un outil de développement rural

Pour la Chine, l’enjeu consiste moins à éliminer le plastique qu’à développer une filière industrielle capable de conquérir certains marchés en forte croissance : matériaux biosourcés, produits réutilisables, construction durable ou biens de consommation à faible empreinte carbone. Avec une industrie déjà valorisée à plus de 520 milliards de yuans, des millions d’emplois ruraux et un soutien politique affirmé, le bambou apparaît aujourd’hui comme bien plus qu’une curiosité botanique. Il est devenu un secteur économique à part entière.

Selon les autorités forestières, la filière ferait vivre plus de 29 millions de personnes à travers la culture, la récolte, la transformation et le commerce des produits dérivés L’exemple le plus souvent cité est celui du district d’Anji, dans la province du Zhejiang. Considéré comme l’un des principaux centres du bambou en Chine, il a développé depuis plusieurs décennies un modèle associant production agricole, industrie de transformation et tourisme vert. En 2024, plus de 51 000 foyers ruraux du district auraient tiré une partie de leurs revenus de la filière. Les revenus liés au bambou y ont augmenté d’environ 6 500 yuans par ménage sur l’année.

Pour Pékin, le bambou représente ainsi un outil de revitalisation rurale particulièrement attractif : il mobilise peu de terres cultivables, crée de la valeur localement et s’inscrit dans les objectifs nationaux de transition écologique.

 

 

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