À Pékin, l'Alliance Française occupe une place singulière dans le paysage culturel et éducatif. À la fois école de langue, lieu de programmation culturelle et espace de rencontre entre la Chine, la France et le monde francophone, elle accueille chaque année plusieurs milliers d'apprenants et un large public curieux de découvrir les cultures francophones. Entretien avec Hélène Bekker, codirectrice de l'Alliance Française de Pékin depuis 2023.


Pour commencer, pouvez-vous vous présenter brièvement ? Quel est votre parcours et comment êtes-vous arrivée à la co-direction de l’Alliance française de Pékin ?
Fonctionnaire du ministère de l’Éducation nationale, je travaille depuis plus de trente ans dans le domaine de la coopération éducative et culturelle internationale. Mon parcours m’a conduite à diriger des Alliances Françaises en Australie, au Kenya et en Équateur. J’ai également travaillé au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, à la Fondation des Alliances Françaises et à France Éducation international.
Le fil rouge de mon parcours, c’est la conviction que la langue et la culture sont de formidables vecteurs de dialogue entre les sociétés. J’ai toujours aimé travailler à la rencontre de cultures différentes et construire des projets avec des partenaires locaux.
J’ai pris mes fonctions de codirectrice de l’Alliance Française de Pékin en 2023. J’exerce cette responsabilité aux côtés de ma collègue Luna BAO, codirectrice chinoise de l’établissement depuis 2017. Notre binôme incarne l’esprit même de l’Alliance Française de Pékin : une institution fondée sur la coopération, le dialogue et la confiance mutuelle entre partenaires chinois et français.
Une école de coopération franco-chinoise
Pour les lecteurs qui ne connaissent pas ou peu l’institution, qu’est-ce que l’Alliance française de Pékin et que propose-t-elle aujourd’hui au public pékinois ?
L’Alliance Française de Pékin fait partie du réseau mondial des Alliances Françaises, qui rassemble environ 800 établissements dans 130 pays. Depuis plus de 140 ans, ce réseau contribue à la diffusion de la langue française, à la promotion des cultures francophones et au dialogue entre les peuples. Créée en 1998, l’Alliance Française de Pékin est une école de coopération franco-chinoise de l’Université des langues et des cultures de Pékin (BLCU), l’une des universités chinoises les plus reconnues dans le domaine des langues et des échanges internationaux. Cette double identité fait sa singularité : nous sommes à la fois ancrés dans un réseau culturel mondial et pleinement intégrés à l’environnement universitaire chinois.
Notre action repose sur deux piliers complémentaires : l’enseignement du français et la programmation culturelle. Nous accueillons chaque année plusieurs milliers d’apprenants et organisons de très nombreux événements destinés à faire découvrir les cultures françaises et francophones au public pékinois, et à encourager le dialogue culturel entre la France et la Chine. Expositions, rencontres littéraires, concerts, cinéma, spectacles, conférences, débats d’idées, ateliers ou encore événements liés à la Francophonie rythment la vie de l’Alliance tout au long de l’année. En 2025, plus de 30 000 personnes ont participé à nos activités culturelles. Nous travaillons en étroite collaboration avec l’Ambassade de France en Chine, l’Institut français de Chine, BLCU ainsi qu’avec de nombreux partenaires chinois, français et francophones.
Depuis 2025, nous développons également une programmation ambitieuse au sein de l’Espace pour les échanges humains franco-chinois de BLCU, dont l’Alliance Française de Pékin est l’un des acteurs fondateurs. Nous y assurons notamment la gestion de la Salle de l’amitié franco-chinoise, un espace d’exposition dédié à la création artistique et au dialogue interculturel. Nous y présentons des projets qui illustrent la diversité des échanges artistiques entre la France, les pays francophones et la Chine. À l’automne, nous accueillerons la première résidence d’artiste portée par l’Alliance Française de Pékin avec la photographe française Lorraine Thiria. Ce projet, labellisé par le ministère français de la Culture dans le cadre du Bicentenaire de la photographie, donnera lieu à une exposition inédite mettant en dialogue des images réalisées en France et en Chine.
Le français ouvre des perspectives bien au-delà de la France
Comment percevez-vous l’intérêt pour la langue et la culture françaises à Pékin aujourd’hui ? A-t-il évolué ces dernières années ?
Oui, il a évolué, mais il reste très fort. Pendant longtemps, apprendre le français était souvent lié à un projet d’études en France. Cette motivation demeure importante, mais elle n’est plus la seule. Aujourd’hui, nous rencontrons des profils très variés : des étudiants, bien sûr, mais aussi des professionnels, des entrepreneurs, des passionnés de culture ou simplement des personnes qui souhaitent élargir leurs horizons. Nous constatons également que les jeunes générations recherchent davantage une expérience globale. Elles veulent apprendre une langue, mais aussi comprendre une culture, rencontrer des personnes venues d’autres horizons et participer à des échanges internationaux.
Dans ce contexte, le français conserve de nombreux atouts. C’est une langue de culture, mais aussi une langue de mobilité, d’innovation, de diplomatie et de coopération internationale. Elle ouvre des perspectives bien au-delà de la France, vers l’ensemble du monde francophone. Ce qui me frappe surtout à Pékin, c’est la curiosité sincère que nous rencontrons pour la création artistique, les débats intellectuels, la littérature, le cinéma ou encore les enjeux de société.
Dans le contexte pékinois, comment l’Alliance française adapte-t-elle son offre aux attentes des différents publics ?
L’un de nos principaux défis est précisément de répondre à la diversité des publics que nous accueillons. Nous adaptons constamment notre offre de cours, nos méthodes pédagogiques et nos formats d’apprentissage afin de répondre aux attentes d’étudiants, de professionnels, d’enfants, d’adolescents ou encore d’apprenants qui souhaitent simplement pratiquer le français pour le plaisir.
Sur le plan culturel, nous cherchons également à proposer une programmation ouverte et accessible. Les attentes du public évoluent rapidement et nous avons à cœur d’aborder des sujets qui résonnent à la fois en Chine et dans les espaces francophones. La création de l’Espace pour les échanges humains franco-chinois nous permet d’aller encore plus loin dans cette démarche en développant des projets qui associent davantage les institutions, les artistes et les jeunes des deux pays.
Cette capacité d’adaptation repose aussi sur notre modèle de codirection. Avec Luna BAO, nous croisons en permanence nos regards et nos expériences. Cette complémentarité est une véritable richesse pour comprendre les attentes de nos publics et construire des projets qui ont du sens dans le contexte chinois.
L'Alliance Française de Pékin est avant tout une maison ouverte
Pour finir, quel message aimeriez-vous adresser aux lecteurs du Petit Journal, qu’ils soient francophones, francophiles ou simplement curieux de découvrir l’Alliance française ?
Je leur dirais que l’Alliance Française de Pékin est avant tout une maison ouverte. Bien sûr, on peut y apprendre le français. Mais on peut aussi y découvrir des artistes, assister à une conférence, voir un film, participer à un atelier ou simplement rencontrer des personnes venues d’horizons différents.
Dans un monde où les échanges internationaux peuvent être complexes, nous croyons profondément à l’importance du dialogue et des rencontres humaines. C’est ce qui donne tout son sens à notre action. Avec Luna BAO et l’ensemble de nos équipes chinoises et françaises, nous avons la chance de faire vivre chaque jour ce lieu de rencontre entre la Chine, la France et le monde francophone.
J’invite donc tous les lecteurs à venir nous rendre visite. Qu’ils soient francophones, francophiles ou simplement curieux, ils trouveront à l’Alliance Française de Pékin un espace d’ouverture, de découverte et d’échange.










