Édition internationale

Florent Aydalot : "L'Institut Français de Chine s'adresse à toutes et à tous !"

Florent Aydalot est ministre-conseiller pour les affaires culturelles, éducatives et scientifiques à l’Ambassade de France en Chine et Directeur de l’Institut français de Chine. Il nous reçoit alors que la 20ème édition du festival Croisements bat son plein et revient pour nous sur les temps forts de l’année, et sur ce qui fait la force du réseau culturel et éducatif de la France en Chine.

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Écrit par Arthur Fournon
Publié le 6 mai 2026, mis à jour le 25 mai 2026

Les échanges humains au cœur de la relation France Chine.  

Pouvez-vous vous présenter, nous parler de votre parcours et de vos fonctions actuelles ?

Je suis diplomate de carrière. Cela fait pratiquement vingt ans que je sers au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Ma carrière m’a amené dans des pays assez variés : en Inde, au Tchad, en Iran et désormais en Chine. Depuis six mois, j’exerce les fonctions de ministre-conseiller pour les affaires culturelles, éducatives et scientifiques (NB : le terme « éducatif » recouvre à la fois l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur).

 

Pouvez-vous nous expliquer où se situe votre rôle dans la relation bilatérale franco-chinoise ?

Qu’est-ce qui fonde une relation bilatérale ? Les échanges institutionnels bien sûr : les visites de haut niveau, les échanges entre autorités politiques ou entre administrations, ou encore les différents mécanismes de dialogue. Les relations commerciales également : les échanges de biens et de services, les investissements, les flux financiers. Et puis, il y a ce qu’on appelle maintenant  « les échanges humains », c’est-à-dire la somme des rapports qu’entretiennent des individus d’un pays vis-à-vis d’un autre.

C’est très vaste et cela inclut notamment tout le champ des coopérations du service dont j’ai la charge : les coopérations universitaires, scientifiques, culturelles, éducatives, linguistiques, patrimoniales, sportives… Mon rôle est donc d’approfondir les relations entre la France et la Chine au travers de ces coopérations, dans le respect des orientations qui sont données par nos autorités politiques.

Preuve de l’importance des échanges humains avec la Chine, un dialogue consacré à ces thématiques se tient tous les deux ans au niveau des ministres des Affaires étrangères. La dernière édition s'est tenue à Paris l'été dernier. Ces thématiques sont également mises à l’honneur à chaque visite présidentielle en Chine. Ce n’est pas un hasard si, lors de sa visite d’Etat en Chine en décembre 2025, le président de la République a tenu, une nouvelle fois, à se rendre dans une université, en l’occurrence l’université du Sichuan. Il a voulu personnellement et directement s’adresser à des étudiants chinois pour les encourager à entreprendre des études en France.

 

Une relation de très long terme.

La France et la Chine sont deux pays de très forte culture. Quand les échanges commerciaux vont moins bien, est-ce la culture qui permet de maintenir un lien ?

Les échanges humains façonnent une relation sur le très long terme. Un étudiant qui part à l’étranger en est souvent durablement marqué ; cette expérience peut donner un cours différent à sa carrière, peut-être même à toute sa vie. Cela vaut autant pour les étudiants chinois qui viennent en France que pour les étudiants français qui viennent en Chine.

Idem pour la culture. Rappelez-vous en 2024 l’exposition « Château de Versailles – Cité interdite », consacrée aux échanges d’objets précieux entre la France et la Chine aux XVIIe et XVIIIe siècles. On dirait avec les mots d’aujourd’hui que ces dons relevaient d’une forme de coopération dans le domaine des métiers d’art. Trois siècles plus tard, ils continuent de produire des effets. Des centaines de milliers de visiteurs Chinois sont venus à la Cité interdite pour voir des œuvres qui sont habituellement au Château de Versailles ou des pièces qui sont dans les collections chinoises et qui ont été offertes par le Roi Louis XIV.

Ainsi donc, les échanges humains peuvent avoir une fécondité et une durabilité extraordinaires, séculaires même dans certains cas.

 

Un doctorant étranger sur dix en France est Chinois

Vous insistez beaucoup sur les échanges, notamment dans l’éducation. En quoi cela consiste exactement sur le plan universitaire ?

La coopération universitaire passe par la mobilité étudiante : des étudiants français en Chine, des étudiants chinois en France. Elle s’appuie notamment sur les instituts franco-chinois. Il s’agit de structures d’enseignement – et non pas de recherche - avec une double tête : une université chinoise et un (ou plusieurs) établissement d’enseignement supérieur français. Ils structurent nos échanges universitaires, favorisent la mobilité et la présence du français dans l’enseignement supérieur chinois. Cela peut notamment se traduire par l’envoi de professeurs qui dispensent des enseignements en français dans les universités chinoises.

Quelques repères : les étudiants chinois forment le troisième groupe d'étudiants étrangers en France, soit un peu moins de 30 000 étudiants. Et parmi les doctorants étrangers en France, la Chine est la première nationalité représentée : un doctorant étranger sur dix est de nationalité chinoise. Dans l’autre sens – les étudiants français en Chine – les effectifs d’étudiants français en Chine ont longtemps été significatifs. La crise de la Covid a entraîné une baisse drastique de ces flux, une division par 10 : on est passé d’environ de 10 000 à 1 000. La reprise est désormais fermement engagée, avec environ 3 000 étudiants aujourd’hui.

 

Et du côté de la coopération scientifique, comment cela se traduit-il concrètement ?

La coopération scientifique s’appuie sur des échanges techniques entre des communautés de recherche. Tous les deux ou trois ans, des commissions mixtes tenues au niveau des ministres de l'enseignement supérieur et de la recherche définissent des thématiques prioritaires de coopération. Celles-ci sont actuellement au nombre de quatre : chimie théorique, vieillissement, neutralité carbone et changement climatique, environnement et biodiversité. Cela ne veut pas dire que la coopération se limite à ces domaines, mais ce sont sur ceux-ci que les efforts se concentrent.

On a aussi les Partenariats Hubert Curien (PHC) Cai Yuanpei, qui jouent un rôle central dans l’émergence de nouvelles collaborations entre équipes françaises et chinoises, en favorisant la mobilité de jeunes chercheurs et en soutenant des projets fondés sur l’excellence scientifiques. Il en existe actuellement une grosse quarantaine.

 

Croisements est le premier festival étranger en Chine

Parlons culture. Le festival « Croisements » bat son plein. Quelle est son ampleur et quelle place occupe-t-il ?

2026 marque les 20 ans du festival « Croisements » qui s’impose aujourd’hui comme le plus grand festival artistique français à l’étranger et le plus grand festival étranger en Chine. Il a été créé dans le prolongement de l’élan initié par les Années Croisées France-Chine (2003-2005).

Pour nous comme pour les Chinois, « Croisements » est devenu une marque, une référence. Notre ambition est de présenter toute la culture française dans sa diversité : cinéma, musique classique, théâtre, danse, comédies musicales, patrimoine, réalité virtuelle, photographie, ou encore musiques actuelles. L’objectif est également de toucher un public aussi large que possible sur le territoire chinois. Pékin et Shanghai occupent naturellement une place importante, mais le festival est aussi présent dans plusieurs dizaines de villes chinoises : 44 cette année.

« Croisements » c’est donc toute la culture, aussi largement possible avec le souci constant de proposer une programmation de haut niveau. De grandes institutions françaises sont régulièrement invitées en Chine : la Comédie française, des orchestres philharmoniques, les Manufactures nationales ou encore de grands théâtres… La liste est très longue !

« Croisements » représente plus de 300 événements chaque année. 326 sont programmés cette année. Mais l’indicateur le plus significatif reste celui du public. Des millions de personnes assistent chaque année à des spectacles ou événements français. En 2024, année exceptionnelle marquée par le 60ème anniversaire des relations diplomatiques, le festival a attiré 5,5 millions de spectateurs. NB : ces chiffres ne comptabilisent pas les audiences en streaming. Certains de nos événements, notamment dans le domaine de la littérature, peuvent être suivis par plus d’un million de personnes en streaming !

 

Quels sont les temps forts de l’édition 2026 de Croisements ?

Cette édition accorde une place particulièrement importante à la musique, avec la venue de grands orchestres français tels que l’Orchestre de Paris en avril, l’Orchestre philharmonique de Radio France en mai, ainsi que l’Orchestre de l’Opéra Royal du Château de Versailles. Cela faisait dix ans qu’on n’avait pas eu d’orchestre philharmonique français en Chine

Dans les métiers d’art et le patrimoine, une grande exposition des Manufactures nationales consacrée à la tapisserie française s’est ouverte début mai dans le sud de la Chine. Dans le domaine de l’art contemporain, plusieurs artistes français exposeront leurs œuvres, parmi lesquels Jean-Michel Othoniel. Par ailleurs, l’année 2026 marque le bicentenaire de la photographie, ce qui donnera lieu à de nombreuses expositions organisées dans plusieurs villes chinoises.

La programmation fait aussi une large place au spectacle vivant. Le Petit Prince constitue à cet égard un projet assez emblématique : une coopération franco-chinoise de bout en bout, de l’écriture jusqu’au jeu de scène. Le rôle principal est tenu par un comédien français, tandis que les autres personnages sont interprétés par des acteurs chinois.

Il y aura aussi de la danse contemporaine ou des comédies musicales comme Cyrano de Bergerac avec Laurent Bàn - très apprécié du public chinois. On peut encore citer la Fête de la musique, la Fête des Bulles pour la BD et le roman graphique, le Panorama du cinéma français… Tout cela est accessible sur le site de l’institut français (法国文化) :  https://faguowenhua.com.

 

84% des Chinois ont une opinion favorable de la France

En dehors de « Croisements », comment occupez-vous le reste de l’année culturelle ?

Il y a eu des sondages : 84 % des Chinois ont une opinion positive ou très positive de la France. Et quand on leur demande à quoi la France leur fait penser, le premier mot qui vient, c’est la culture. Il existe donc une attente forte dans ce domaine.

« Croisements » constitue le temps fort de notre saison culturelle, d’avril jusqu’à l’été, mais l’activité se poursuit tout au long de l’année. En dehors de « Croisements », il y a eu au cours des derniers mois des expositions remarquables : à Shanghai, des expositions du Louvre – première fois en dix ans –, du musée Picasso et du musée d’Orsay sur les impressionnistes. À Pékin, l’exposition « Couleurs » de Pompidou. À Chengdu, « Au fil de l’or » du musée Branly. Deux de ces expositions – « Les impressionnistes » et « Au fil de l’Or » - ont franchi la barre du million de visiteurs !

 

Quels sont les autres temps forts dans l’année, et que nous réservez-vous pour la fin de l’année 2026 ?

Nous avons plusieurs temps forts au cours de l’année. En mars, c’est le Mois de la francophonie, avec des expositions et des tournées littéraires : Éric-Emmanuel Schmitt est venu cette année. Il existe également le « Choix Goncourt de la Chine », dans le cadre duquel des étudiants chinois désignent leur propre lauréat parmi la sélection du prix Goncourt. Leur choix a souvent coïncidé avec celui du jury Goncourt en France, mais ce ne fut pas le cas cette année, puisqu’ils ont distingué Natacha Appanah pour La Nuit au cœur.

La fin d’année est d’avantage consacrée au livre et du débat d’idée. La Chine est le premier pays de cession de droits pour les auteurs français. L’édition, c’est le premier marché à l’export de nos industries culturelles – avant le cinéma et les jeux vidéo. Et au sein de l’édition, la Chine est numéro un. Le principal temps fort est le prix Fu Lei, consacré à la traduction et à l’édition. Ce prix met à l’honneur les traducteurs et occupe une place singulière dans le paysage culturel franco-chinois. Il n’a pas d’équivalent dans les autres langues : il n’y a pas de prix Fu Lei du russe, de l’italien ou du japonais. Le prix Fu Lei en sera bientôt à sa 18ème édition. Les tables rondes et la cérémonie de remise des prix rencontrent un public très large, avec plusieurs millions de spectateurs en ligne. L’événement se tient généralement à la fin du mois de novembre.

 

 275 000 visiteurs par an à l'Institut Français

Vous disposez d’un réseau très large : Institut français, Alliances françaises, lycées, écoles labellisées, instituts franco-chinois. Pouvez-vous nous en donner un aperçu ?

Concernant le réseau institutionnel d’abord, le service de coopération et d’action culturel a des antennes dans les consulats généraux – Shenyang, Canton, Wuhan, Chengdu, Shanghai.

Il y a ensuite un lieu ouvert au public : l’Institut français de Pékin. Il dispose d’une salle de cinéma (plus de 300 séances par an), d’une librairie (8 000 à 10 000 livres en rayon), d’une médiathèque (25 000 ouvrages) ou encore d’une salle polyvalente, la « black box ». L’Institut français de Pékin accueille 275 000 visiteurs environ chaque année.

Les alliances françaises sont au nombre de quatorze en Chine continentale. Elles proposent des cours de français et une offre culturelle.

Le réseau comprend également dix espaces et quatre antennes de Campus France, chargées de promouvoir les études en France et d’accompagner les étudiants dans leurs démarches de mobilité.

Les établissements AEFE – l’Agence de l’enseignement du français à l’étranger – quant à eux, sont au nombre de sept en Chine, notamment à Pékin et à Shanghai. Ils accueillent des élèves de multiples nationalités.

Si on regarde un peu plus loin du côté de l’éducatif, on peut parler des écoles chinoises labellisées « France Éducation » : des écoles secondaires chinoises avec des disciplines non linguistiques en français (maths, histoire, sport). Il y en a une trentaine en Chine – plus de la moitié des labellisés en Asie.  Les établissements AEFE – l’Agence de l’enseignement du français à l’étranger – quant à eux, sont au nombre de sept en Chine : lycée français de Shanghai, de Pékin, etc. Ils accueillent d’abord les petits Français, mais aussi des Chinois et d’autres nationalités. Et enfin on compte 27 instituts franco-chinois, qui sont des instituts d’enseignement supérieur, nés d’une coopération entre universités.

 

Pourquoi les Chinois veulent-ils tant apprendre le français ?

On estime à 110 000 le nombre de Chinois qui étudient le français dans le secondaire et le supérieur – environ 30 000 dans le secondaire et 80 000 dans le supérieur. Bien sûr, ces chiffres restent très éloignés de ceux de l’anglais. Mais, parmi les autres langues étrangères, le français occupe une place solide. Dans l’enseignement supérieur, si on regarde les étudiants qui étudient une langue autre que l’anglais, un quart environ choisit le français.

 

L'Institut Français est aussi celui des Français de Chine

Un dernier message pour les lecteurs francophones de Chine ?

Le programme WeChat Faguowenhua (法国文化) est bilingue, donc lisible par tous. Le mini-programme de l’Institut français de Pékin permet de voir l’agenda, d’acheter ses tickets. 

Pour ceux qui n’habitent pas à Pékin : l’Institut pense aussi à vous. Il est ainsi possible de commander des ouvrages français à la librairie – l’Arbre du Voyageur – un service largement plébiscité, notamment par les établissements scolaires situés en dehors de la capitale. Le même principe s’applique à la médiathèque : si vous êtes membre, vous pouvez emprunter. Le livre est envoyé par la poste, renvoyé par la poste.

Si vous n’avez pas les moyens de venir à l’Institut français de Pékin, celui-ci peut venir à vous !

 

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