Peu de régions ont autant nourri l’imaginaire occidental que le Tibet. Situé sur le plus vaste plateau d’altitude de la planète, à plus de 4 000 mètres d’altitude moyenne, il fascine autant par ses paysages que par sa culture religieuse et son histoire. Pour les expatriés en Chine, il constitue aussi l’une des destinations les plus singulières accessibles depuis Pékin en train, ou Shanghaï par la célèbre route G318.


Le Tibet historique
Longtemps perçu comme un royaume mystérieux caché derrière les plus hautes montagnes du monde, le Tibet a inspiré explorateurs, écrivains et aventuriers. Les lecteurs français connaissent souvent les récits d’Alexandra David-Néel, qui atteignit Lhassa au début du XXe siècle, ou l’histoire d’Heinrich Harrer, popularisée par son livre autobiographique, Sept ans au Tibet, adapté en film avec Brad Pitt. Aujourd’hui encore, le Tibet conserve une place particulière dans l’imaginaire collectif.
Lorsque l’on parle du Tibet, il est utile de distinguer le Tibet historique de l’actuelle Région autonome du Tibet.
Le Tibet historique se compose traditionnellement de trois grandes régions : l’Ü-Tsang au centre, le Kham à l’est et l’Amdo au nord-est. Aujourd’hui, la Région autonome du Tibet ne couvre qu’une partie de cet ensemble. Sur les six à sept millions de Tibétains vivant en Chine, environ 3,6 millions résident dans la Région autonome, tandis que plusieurs millions vivent dans les régions tibétaines du Qinghai, du Sichuan, du Gansu et du Yunnan.
Ainsi, les préfectures autonomes de Yushu et Golog dans le Qinghai, de Garzê et Aba dans le Sichuan ou encore de Gannan dans le Gansu sont profondément marquées par la culture tibétaine. Cette présence explique pourquoi l’influence tibétaine dépasse largement les frontières administratives actuelles du Tibet.

Lhassa, cœur historique du Tibet
Située à 3 650 mètres d’altitude, Lhassa (Lasa en Chinois) demeure le principal centre religieux et culturel du monde tibétain.
Dominant la ville depuis la colline rouge, le palais du Potala est sans doute le monument le plus emblématique du Tibet. Construit principalement entre 1645 et 1694, il compte plus de mille pièces. Ancienne résidence des dalaï-lamas et siège du gouvernement tibétain, il abrite notamment les impressionnants stupas funéraires des dalaï-lamas passés, recouverts d’or et de pierres précieuses.
Au pied du Potala se trouve le temple du Jokhang, fondé au VIIe siècle. Il est considéré comme le sanctuaire le plus sacré du bouddhisme tibétain. Chaque jour, des milliers de pèlerins y convergent avant d’effectuer la kora, le circuit rituel du Barkhor, autour du temple. Malgré les profondes transformations urbaines des dernières décennies, Lhassa demeure le principal lieu de pèlerinage du plateau tibétain.

Les grands monastères de Lhassa
Autour de la capitale s’élèvent trois grands monastères qui ont longtemps constitué les principaux centres intellectuels du Tibet.
Fondé en 1419, Sera est célèbre pour ses débats monastiques. Chaque après-midi, les moines y confrontent leurs connaissances philosophiques dans des joutes oratoires rythmées par de spectaculaires claquements de mains. Cette pratique demeure l’un des symboles les plus connus de l’enseignement bouddhique tibétain.
Drepung, fondé en 1416, fut pendant plusieurs siècles l’un des plus grands monastères du monde, accueillant jusqu’à dix mille moines. Il constituait un véritable campus religieux regroupant plusieurs collèges d’études et les anciennes résidences de dalaï-lamas avant leur installation au Potala.
Plus éloigné de la ville, perché à plus de 4 300 mètres sur une crête montagneuse dominant toute une vallée, Ganden impressionne autant par son cadre que par son importance historique. Fondé en 1409 par Tsongkhapa, il est le berceau de l’école Gelug, également appelée école des « Bonnets jaunes », qui deviendra la principale branche du bouddhisme tibétain et celle à laquelle appartiennent les dalaï-lamas.

Shigatsé et la route de l’Everest
À environ 270 kilomètres de Lhassa se trouve Shigatsé, deuxième ville du Tibet, située à près de 3 850 mètres d’altitude.
Pendant plusieurs siècles, Shigatsé (Xigaze en chinois) fut la capitale de la région du Tsang, rivale politique de Lhassa. Son principal monument est le monastère de Tashilhunpo, fondé en 1447. Il demeure le siège traditionnel des panchen-lamas, deuxième autorité spirituelle du bouddhisme tibétain après le dalaï-lama.
Au-delà de Shigatsé, la célèbre route G318, qui relie Shanghaï au Népal sur plus de 5 000 km, traverse certains des paysages les plus spectaculaires du plateau. Elle conduit vers le nord de l’Himalaya et les vues grandioses sur l’Everest.
Le « camp de base » côté tibétain est aujourd’hui davantage un site panoramique qu’un véritable camp d’alpinisme. Les visiteurs n’accèdent plus au camp des expéditions, mais les vues sur la face nord de l’Everest restent exceptionnelles. À plus de 5 000 mètres d’altitude, le monastère de Rongbuk, souvent présenté comme l’un des plus hauts du monde, constitue le point d’observation privilégié.
Le plateau tibétain est entouré des plus hautes montagnes du monde : sur les quatorze sommets dépassant 8 000 mètres d’altitude recensés sur Terre, huit se trouvent sur le territoire chinois ou à sa frontière immédiate dans l’Himalaya tibétain. Nulle autre région du monde ne concentre autant de très hauts sommets. Cette géographie exceptionnelle explique le surnom de « toit du monde » souvent attribué au plateau tibétain.

Voyager au Tibet aujourd’hui
Pour les voyageurs étrangers, le Tibet possède un statut particulier au sein de la Chine. L’entrée dans la Région autonome du Tibet nécessite un permis spécifique obtenu par l’intermédiaire d’une agence agréée. Les itinéraires doivent être validés à l’avance et les déplacements en dehors de Lhassa s’effectuent avec chauffeur et guide.
L’une des façons les plus spectaculaires de rejoindre le Tibet reste le train. Depuis Pékin, le trajet dure environ quarante heures ; depuis Shanghai, près de quarante-cinq heures ; depuis Chengdu, environ trente-quatre heures. La ligne Xining-Lhassa, inaugurée en 2006, traverse des paysages de haute altitude uniques au monde. Le point culminant du trajet est le col de Tanggula (Tanggu La), à environ 5 072 m d’altitude, où ce trouve la gare ferroviaire la plus haute du monde. Le train traverse aussi la vaste région de Tuotuohe, dans le nord du plateau tibétain : un territoire quasi désertique de toundra alpine où naît le fleuve Yangtsé.
Au fil du voyage apparaissent yaks, antilopes tibétaines, lacs salés et vastes steppes d’altitude. Les voitures sont équipées d’un système d’oxygénation destiné à faciliter l’adaptation progressive des voyageurs.
Plusieurs itinéraires sont possibles : quelques jours consacrés à Lhassa et à ses monastères, une boucle de sept à huit jours vers Shigatsé et l’Everest, une traversée jusqu’au Népal ou encore un long périple vers le Kailash et le lac Manasarovar pour un séjour de deux semaines.
Les meilleures périodes pour découvrir le Tibet sont généralement d’avril à juin et de septembre à octobre. L’été est plus vert mais aussi plus humide, tandis que l’hiver offre des paysages très dégagés, peu de touristes et une lumière magnifique, au prix de températures souvent rigoureuses.

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