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PARCOURS D’EXPAT - Jean-Louis Gassée et le vaste fun de la Silicon Valley

Jean-Louis Gassée est considérécomme un maître de la high-tech, un messie de la réussite numérique, LE Français qui s'est imposéaux Etats-Unis. Au final pourtant, c'est un type plutôt marrant, avec une vision singulière de l'expatriation
Jean-Louis Gassée sera présent au Sénat lors de la Journée des Français de l'étranger du 4 mars


"Que sais-tu faire et pourquoi ça t'intéresse ?"(Photo : Allegis Capital)

Comme pas mal d'expats qui ont réussi àl'étranger, Jean-Louis Gassée est un être singulier au parcours atypique. Parti pour être chercheur en mathématiques, il a étécontraint d'interrompre ses études pour gagner sa vie plus tôt que prévu. Après avoir étébarman àDeauville, maître d'hôtel dans une boîte de strip-teaseuses àMontparnasse ou employéàla SNCF, il a très vite découvert que les affaires l'amusent.

Il entre chez Hewlett Packard en 1968, monte Apple France en 1981, et rejoint la Californie quatre ans plus tard, à41 ans. Là, il crée le système BE OS, entre en bourse et en conflit avec Microsoft, gagne un procès mirobolant, revend Palm source l'an dernier et devient associé-gérant de Allegis Capital, une sociétéde capital risque.
C'est donc un maître de la high-tech, toujours amuséet plutôt marrant qu'on retrouve aujourd'hui dans la Silicon Valley oùil continue àaider les Français qui débarquent àcréer leur entreprise. Il les invite aussi àparticiper aux réunions chaque premier lundi du mois àDBF, une association qu'il a cofondée, il y a 11 ans, pour créer du lien entre les Français de la vallée.
Comme il ne leur était pas aiséde parler d'eux ou de leur vie professionnelle sans ennuyer l'auditoire, désormais Gassée les interviewe en public : qu'ont-ils réussi, raté, quelles sont leurs passions ?
Amusons-nous, surtout !
Clairement, Jean-Louis Gassée considère la vie trop courte pour se perdre en ronds de jambe. C'est d'ailleurs ce qui transparaissait de ses chroniques àLibération entre 1995 et 2003. Il va revenir bientôt àses impressions en direct de la folie de la Silicon Valley. 20 minutes ?le gratuit des villes françaises, désormais dirigépar Frédéric Filloux, un ancien de Libé? l'y a ré-invité.
Car dans ce petit paradis des allumés de la high-tech, Jean Louis Gassée exulte et réfléchit. "Je suis un plumitif d'occasion, un cuisinier du dimanche"dit-il.
Il semble heureux comme un gamin, par exemple, d'avoir désormais un pied-à-terre àSt-Germain, juste en face de Science-po, au centre mondial de la gauche caviar.
Porteur de virus
Il s'amuse aussi de l'engouement actuel des médias pour les "succes story"des expats. "Voilà20 ans que je vis aux USA. En ce moment, la France regarde ses expatriés de façon positive, car il faut porter le flambeau hors des frontières. La journée organisée par le Sénat témoigne de ce que l'expatriation apporte au pays natal : une image positive de la France àl'extérieur et un enrichissement àl'intérieur via la circulation d'infos, de sentiments et d'argent aussi. Mais ces périodes fastes sont aussi récurrentes qu'un mouvement de balancier. Évidemment, l'expat fait rayonner la France àl'étranger. Mais qu'il soit dans la lumière ou dans l'ombre, ça ne change pas grand-chose au bout du compte : il ne sera jamais qu'un porteur de virus", explique-t-il.

Jean-Louis Gassée adore son pays natal. Il y va aussi souvent que possible puisque sa culture est française. Mais il adore aussi son pays d'accueil car il n'existe pas d'autre endroit au monde où, quelles que soient les motivations sexuelles, les orientations religieuses, ou les considérations politiques, on ne demande jamais rien d'autre que "que sais-tu faire et pourquoi ça t'intéresse ?"
Betty RUBY. (LPJ) 28 février 2006

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