

Samedi, le Sud-Africain sera le premier athlète handicapé à prendre part à des Jeux Olympiques. Même s'il s'est fixé des objectifs, peu importe ses performances, Oscar Pistorius est d'ores et déjà une légende du sport
(Crédit : AFP)
Oscar Pistorius est un homme de défi. Amputé des deux jambes à l'âge de onze mois à cause d'une malformation congénitale, il les relève un par un sans jamais abandonner. "Ma mère m'a appris à ne pas me désespérer de ce que je n'ai pas mais à me réjouir de ce que j'ai", explique le natif de Johannesburg. Une maxime qu'il applique à la lettre.
Vivre comme tout le monde
Dès l'enfance, équipé de prothèse traditionnelle, Oscar s'essaie à de nombreux sports. Lutte, water-polo, tennis mais surtout rugby, tout y passe ou presque. Il faut finalement attendre une blessure en 2003 et la rééducation qui s'en suit pour voir l'adolescent se découvrir des qualités exceptionnelles pour la course. Un mal pour un bien donc. Après six mois d'entrainement, "Blade runner" - son surnom en référence à ses prothèses en carbone ou "pieds flexibles guépard" - se qualifie pour les Jeux paralympiques d'Athènes. À 18 ans, Oscar Pistorius ne perd pas de temps. Première participation et premières médailles. Une en bronze sur le 100 mètres et une en or sur le 200 mètres, assortie d'un record du monde (21 secondes 97). Un an plus tard, lors de la coupe du monde, il réalise le doublé sur les deux mêmes épreuves. Il ne s'arrêtera plus. En 2006, aux championnats du monde cette fois, c'est sur 100, 200 et 400 mètres qu'il s'impose. À partir de 2007, les records du monde sur les trois distances sont les siens.
(Crédit : AFP)
Une obsession : les Jeux Olympiques
À cette époque, Oscar Pistorius court déjà avec les valides. Depuis deux ans, la fédération sud-africaine d'athlétisme l'autorise à prendre part aux championnats nationaux. En juillet 2007, sur invitation de la fédération internationale (IAAF), il s'aligne au Golden Gala de Rome et au Norwich Union British Grand Prix de Sheffield. De quoi lui mettre une idée fixe en tête?"Blade runner" n'a plus qu'un seul objectif : participer aux Jeux Olympiques à Pékin. Malheureusement, après des semaines de polémique et un examen de deux jours par un expert, le rêve de l'athlète est brisé. Selon le rapport du docteur Peter Brüggemann, les prothèses qu'il utilise pour courir lui procureraient un avantage trop important par rapport aux compétiteurs valides?Le règlement de l'IAAF, modifié quelques mois auparavant, empêche Oscar Pistorius de s'envoler pour Pékin : "l'utilisation de tout outil technique comprenant des ressorts, des roues ou tout autre moyen procurant un avantage à son utilisateur sur un coureur n'y ayant pas recours".
Devant la justice pour pouvoir courir
Peu importe. Ce n'est pas le premier obstacle qu'il aura à surmonter. Il en faut bien plus pour le décourager. Après de nouveaux tests à l'université de Houston et l'aide d'un cabinet d'avocats, le Sud-Africain fait appel de la décision devant le Tribunal arbitraire du sport et obtient gain de cause le 16 mai 2008. Il est toujours temps pour décrocher sa qualification pour les Jeux. Pour être retenu dans l'équipe qui composera le relais du 4x400, il doit se classer parmi les quatre meilleurs de son pays et donc descendre en dessous des 46 secondes?La fédération sud-africaine prend en compte son retard dans la préparation et reporte l'annonce de la sélection au 17 juillet. Pistorius progresse à chaque sortie et se rapproche des meilleurs. Des performances qui semblent effrayer l'IAAF dont le secrétaire général déclare la veille du jour J qu'il préférerait que l'Afrique du Sud ne le sélectionne pas en raison des sérieuses blessures qu'il pourrait provoquer au moment du passage de relais?Finalement, Oscar ne fera pas mieux que 46 secondes et 25 centièmes et ne sera pas qualifié. L'athlète ira bien à Beijing mais uniquement pour les Paralympiques. Il y réalisera un triplé sur 100, 200 et 400 mètres?
(Crédit : AFP)
Avant Londres, une première à Daegu
Peu importe. S'il n'a pas été assez rapide pour réaliser son rêve à Pékin, il le sera pour Londres. L'année dernière, alors que son nouveau record personnel sur 400 mètres est désormais de 45 secondes 07, il est sélectionné pour courir aux championnats du monde de Daegu. Une première pour un athlète handicapé. Il se qualifiera pour les demi-finales en individuel et gagnera une médaille d'argent avec le relais, également synonyme de record national. Un an plus tard, il décroche enfin son billet pour les Jeux de Londres pour le relais mais également en individuel. Un aboutissement ? Peut-être un instant mais rapidement le champion s'est lancé de nouveaux objectifs, notamment celui de descendre en dessous des 45 secondes. "J'espère vraiment au moins atteindre les demi-finales et si je peux améliorer mon record personnel, je serais vraiment très, très heureux", a-t-il expliqué en conférence de presse. Avant d'ajouter, à propos de la polémique qui continue de l'accompagner partout où il passe avec ses lames de carbone, : "Si elles procuraient un tel avantage, pourquoi personne d'autre ne réussit mes chronos ? Ma progression n'est pas due à des changements d'ordre matériel, mais à tous les sacrifices que j'ai fait, à tous mes entraînements".
Après les Jeux Olympiques, Oscar Pistorius défendra également ses trois médailles d'or aux Paralympiques du 29 août au 9 septembre dans la capitale britannique. En manque de défis, il visera également le record du monde du relais 4x100 mètres avec l'équipe sud-africaine?Envers et contre tout, "Blade runner" n'est pas prêt de s'arrêter de courir.
Simon Gleize (www.lepetitjournal.com/jeux-olympiques) vendredi 3 août 2012




































