Mercredi 2 décembre 2020

Gaëlle Hintzy-Marcel, l’artiste qui sculpte la liberté

Par Rachel Brunet | Publié le 21/10/2020 à 20:57 | Mis à jour le 22/10/2020 à 16:29
Photo : Gaëlle Hintzy-Marcel ©️Tamara Gillon Photography
Gaëlle Hintzy-Marcel

Gaëlle Hintzy-Marcel est parmi les Women Artists from France to USA qui exposent ces 23 et 24 octobre à la galerie VITORI + MO, à Chelsea. Sculpteure, elle expose durant ces deux journées Itinerancy #03 des oeuvres produites pendant le confinement. Une période difficile qui a toutefois permis à l’artiste d’explorer de nouveaux matériaux, de les dompter et d’avancer vers plus de liberté.

 

 

Gaelle Hintzy-Marcel

©️Gaëlle Hintzy-Marcel

 

Itinerancy #03

« C’est génial de pouvoir enfin exposer » lâche Gaëlle Hintzy-Marcel. Et de rajouter « quand tu es artiste, tu as besoin de montrer ton art. Nous en avons besoin pour avancer ». Et après de longs mois sans pouvoir exposer, la sculpteure attend avec impatience Itinerancy #03 où elle mèlera son art à celui de Carole Jury, Pascale Roux de Bézieux et Marine Futin.

À la mi-mars, l’atelier où sculpte l’artiste ferme ses portes. Pandémie oblige ! Elle se retrouve à créer chez elle, dans des conditions improvisées. Entre son salon et son jardin, Gaëlle Hintzy-Marcel ne se laisse pas abattre. Au contraire ! De cet enfermement imposé née une nouvelle inspiration, un besoin de créer encore plus fort. Un moyen de s’évader et de recouvrer une certaine liberté. « Pour l’exposition Itinerancy #03, je présente des sculptures auxquelles j’ai plus pensé que d’habitude ». En effet, avec son atelier temporaire dans sa maison, elle a vécu sa création 24h sur 24 et 7 jours sur 7.

« J’ai travaillé d’autres matériaux, j’ai fait plus de modelage, j’ai fait de nouvelles explorations, ce qui m’a poussée vers de nouvelles choses ». De la même manière, l’artiste explique « j’ai fait évoluer le travail que j’avais fait avant, j’ai fait évoluer la féminité de mes sculptures avec des robes en bois. J’ai aussi créé du démontable ». C’est aussi sa création acharnée qui lui a permis de trouver une sorte de liberté, en plein confinement « dans mon travail, plus j’apprends à dompter les matériaux, plus j’ai de liberté » explique la sculpteure.

Des sculptures qui semblent prendre leur envol, un point d’interrogation, de la légèreté mais aussi de la défiance, sans doute à l’égard du virus. Une envie d’évasion, de sortir de là, de s’échapper. Avec toujours beaucoup de poésie, de sensibilité et de finesse. C’est l’apport artistique de Gaëlle Hintzy-Marcel à l’exposition Itinerancy #03.

 

« La sculpture est ma façon de m’exprimer »

Parisienne de naissance, citoyenne du monde de part son expatriation, New-Yorkaise de coeur, Gaëlle Hintzy-Marcel est une artiste accomplie. Il y a 25 ans, elle suit son mari à New York, c’est leur première expatriation. Jeune couple, leurs trois enfants arriveront bien plus tard. Son mari est alors en « coopération » et New York est une révélation. Ils se font une promesse : revenir y vivre, plus tard. Promesse tenue, mais après des années passées en Inde, en Indonésie et en Russie. Pendant ces années, dans différents pays, dans différentes cultures, Gaëlle Hintzy-Marcel a affirmé son art, a affiné sa démarche. L’art, une passion qui la tient depuis sa plus tendre enfance.

« Enfant, j’aimais voir l’art » explique-t-elle. C’est à Paris qu’elle commence la sculpture, en intégrant l’atelier Terre & Feu. Mais c’est sa vie d’expatriée qui la fait progresser, découvrir,  s’enrichir, créer toujours et encore...

En Indonésie, elle découvre le bronze, matériaux qu’elle affectionne particulièrement. « Je travaillais avec Ajis Saleh, un prof génial, j’ai énormément appris ». En Russie, les choses se corsent « je suis arrivée en plein hiver, je ne comprenais rien, j’étais complètement perdue, mon installation là-bas a été une véritable souffrance ». C’est d’ailleurs au pays des tsars qu’elle sculpte la souffrance. « En fait, c’était ma propre souffrance ». Et de rajouter « la sculpture est mon art, c’est aussi ma façon de m’exprimer ». 

 

Gaelle Hintzy-Marcel

©️Gaëlle Hintzy-Marcel

 

Mais la Russie n’a pas été que souffrance, elle a aussi été une vraie révélation. « J’y ai été très heureuse et surtout c’est là que je suis devenue “sculpteure” j’ai pris confiance en moi ! J’ai souffert trois mois puis ce fut extraordinaire pendant 4 ans. J’ai travaillé dans la périphérie de Moscou dans l’atelier de Vadim Kirillov qui est un sculpteur génial qui crée pour lui et fait aussi des commandes de grandes sculptures en bronze. C’est la que mes sculptures ont gagné en force et en technique » relate l’artiste.

De sa vie en Inde, elle ramène de la sérénité, de l’apaisement, acquis par la philosophie du yoga qu’elle découvre, qu’elle apprend, qu’elle pratique et qui lui permet de porter un autre regard sur le monde et sur les relations aux autres, bref, un autre regard sur la vie.

Aujourd’hui, c’est cette perception d’équilibre, de confiance, d’humilité que Gaëlle Hintzy-Marcel sculpte. « Je me sers du corps pour expliquer mes émotions. Mes personnages sont souvent des femmes, mais pas seulement, parfois simplifiés, toujours très authentiques, évoquent avec des détails amplifiés, des bras ou des jambes allongées, des pieds ancrés dans le sol, des postures d’épaules, de mains ou de tête, des états d’esprit comme l’équilibre, l’espoir, la gratitude, la féminité, l’incertitude, l’amour et la mémoire. Comme des messages imprimés dans la matière. »

New York toujours en tête, « mon mari a créé l’opportunité de revenir ici ». Et de rajouter « avant de revenir nous installer, nous avons fait un petit voyage de repérage. Avant d’arriver, j’étais déjà inscrite à l’Art Student League. » Gaëlle Hintzy-Marcel le reconnaît « certaines villes donnent plus la possibilité de créer », et New York en fait partie. Aujourd’hui New-Yorkaise, Gaëlle travaille, en plus du bronze, désormais le métal et l’étain. Il y a deux ans, elle décroche le « Merit Award » de la Art Student League dans la catégorie « semi abstract » ce qui lui permet d’accéder aux ateliers dédiés au métal, une véritable aubaine pour la sculpteure française qui a exposé aux quatre coins du monde. Le confinement lui a permis de découvrir, encore et toujours. L’art n’a pas de limite. Il est une perpétuelle exploration.

Elle fait partie de Women Artists From France to USA, un groupement de femmes artistes. Ensemble, elles défient les protocoles de l’exposition, loin des galeries aseptisées, normées et finalement ennuyeuses. Elles sont dans le partage, elles montent elles-mêmes leurs expositions. Elles mélangent leur art. Au-delà d’une exposition, ce sont des conversations artistiques qu’elles engagent. Les sculptures de Gaëlle Hintz-Marcel se mêleront à l’art d’autres Women Artists ces 23 et 24 octobre. Aux peintures abstraites de Carole Jury, aux photographies de Pascale Roux de Bézieux et aux pastels de Marine Futin.

Émouvantes, poétiques, douces et fascinantes sont les adjectifs qui pourraient résumer les sculptures de l’artiste. Encore une belle âme à découvrir. Encore un travail extraordinaire à admirer. L’art est de retour. Il faut le célébrer !

 

Gaëlle Hintzy-Marcel

©️Gaëlle Hintzy-Marcel

 

Pour découvrir le travail de Gaelle Hintzy-Marcel

Exposition Itinerancy #03 à la galerie VICTORI + MO -  242W 22 Street, New York (Entre 7e et 8e avenue)

Vendredi 23 octobre  et samedi 24 octobre

Réservation obligatoire : réservez ici

Respect des obligations sanitaires obligatoire

Pour en savoir davantage sur les artistes

 

Le Petit Journal New York, French Wink,  She for S.H.E, Women of culture et Monsieur Brunold sont partenaires de cette exposition.

 

Gaelle Hintzy-Marcel

 

Rachel Brunet

Rachel Brunet

Après être passée par la presse économique et la presse spécialisée, Rachel Brunet est la directrice et la rédactrice en chef de l’édition New York du Petit Journal.
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