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SÉNATEUR RÉGNARD : "On assiste à un jeu de massacre au Quai d’Orsay"

Par Marie-Pierre Parlange | Publié le 09/10/2018 à 18:25 | Mis à jour le 09/10/2018 à 18:45
Damien Régnard sénat Français de l'étranger

Installé aux Etats-Unis, à la Nouvelle-Orléans, depuis 22 ans, Damien Régnard vient d’être élu « par surprise » sénateur LR des Français établis hors de France. Cet entrepreneur parfois impatient de 52 ans, ancien patron de la Chambre de commerce franco-américaine, se dit en « phase de réadaptation » au rythme français sous les ors de la République mais il entend user de tout son poids au Sénat pour faire avancer la cause des Français de l’étranger au Parlement. 

 

Lepetitjournal.com : Vous venez de prendre vos fonctions de sénateur, à la suite de l’invalidation de l’élection de Jean-Pierre Bansard, avez-vous un commentaire à faire sur le sujet ? 

C’était très inattendu. Je savais qu’un recours avait été déposé mais les comptes de campagne avaient été validés par la commission nationale au mois de mars. La tête de liste étant responsable des comptes, j’ai été appelé en tant que 3eco-listier à remplacer Jean-Pierre Bansard. Je n’étais pas dans l’attente du poste mais chez moi en train de lancer différents projets. J’ai été plus que surpris. 

 

Vous êtes depuis longtemps engagé auprès des Français de l’étranger. Membre de l’Assemblée des Français de l’étranger depuis 2009, vous avez été candidat aux Législatives en 2012 et 2017. Comment envisagez-vous ce rôle de sénateur ?

Pour moi, c’est un engagement vis-à-vis de nos communautés plus qu’un engagement en politique. Si j’ai commencé avec l’associatif et que je suis allé à l’Assemblée des Français de l’Etranger, c’est pour faire aboutir des dossiers où on était un peu bloqués. 

Je me suis présenté aux Législatives car, me sentant très "américain", j’estimais qu’on était mal représenté. Je vis en Louisiane depuis 22 ans, je maitrise les problématiques, j’avais cette légitimité. De plus en 2017, l’absence de soutien du candidat investi LR (Frédéric Lefebvre ndlr) au candidat de la droite m’a poussé à agir, même si je me doutais que mes chances seraient faibles. Cela m’a valu d’être suspendu par Les Républicains. Aujourd’hui je suis rattaché au groupe LR au Sénat. Je suis plutôt conservateur (sourire), même si le parti idéal n’existe pas. 

Je garde à 200% un regard sur les Français de l’étranger. 

Mon arrivée au Sénat m’aide à débloquer des dossiers. Avec les autres parlementaires des Français de l’étranger de tout bord, il n’y a pas de clivage partisan quand on est dans le concret. On a plus de poids et de réactivité. Je suis aussi là pour être le relais des conseillers AFE, qui connaissent, maîtrisent les problématiques. J’explique aux parlementaires, présidents de groupes d’amitiés, ce rôle essentiel des élus locaux. C’est comme ça que je vois mon mandat. 

 

Quels sont vos chevaux de bataille ? 

L’enseignement est une priorité. J’étais à l’origine de la création de 3 écoles différentes. Deux Chartered schools et une école privée avec programmes FLAM qui marchent très bien. 

La volonté du Président de doubler les effectifs n’a pas de sens avec les moyens actuels. 

 

Mme Cazebonne en charge de cette mission a une bonne connaissance du dossier mais elle doit faire un carré avec 3 baguettes. Comment doubler le nombre d’élèves si on baisse le budget, si on ne doit pas augmenter l’enveloppe des bourses, l’investissement dans l’immobilier... Je préfèrerais un discours réaliste. Cela m’énerve que les annonces de Paris ne s’accompagnent pas de moyens. C’était pareil avec le gouvernement précédent. Aux Etats-Unis, on a la positive attitude : on a un projet ? De quoi a-t-on besoin ? Et on y va. C’est une approche différente. 

 

Comment pourrait se développer alors l’enseignement français à l’étranger ? 

Il y a des alternatives à apporter avec du public local, des coûts réduits, du financement privé. Aujourd’hui les établissements ne savent plus s’ils doivent rester dans le réseau conventionné, homologué. Il faut mettre le paquet sur les grands établissements, les vaisseaux amiraux comme les Lycées français de Chicago, de New York et de San Francisco. On n’aura jamais ça à la Nouvelle-Orléans ou à Oklahoma city. Donc il faut préserver cet étendard et être créatif, souple, flexible. 

 

La députée Anne Genetet a rendu son rapport sur la Mobilité des Français : qu’en retenez-vous ? 

Ce rapport très attendu comporte de bons diagnostics. Mais je suis pessimiste sur la révision de la fiscalité sur les Français de l’étranger. Bercy bloquera sans doute. On l’a vu sous le gouvernement précédent. Il y a plusieurs milliers de dossiers de remboursement de la CSG pour des Européens en attente !! 

Il y a de moins en moins de contrats d’expatriés à l’étranger. Il faut en tenir compte. La santé est pour moi une priorité et j’espère qu’avec la Caisse des Français de l’étranger on va pouvoir mettre l’accent sur la télémédecine. 

La réforme de la CFE sera votée en novembre. Elle va dans le bon sens.  Elle va débloquer entre autres l’accès à la carte vitale pour les Français de l’étranger. 

 

Votre avis sur le rayonnement culturel de la France ? 

Je veux me battre pour la défense du Ministère des Affaires étrangères. C’est sans doute vain mais on assiste à un jeu de massacre. Je vois une déconsidération du personnel de ce ministère dans son ensemble. Effectifs sabordés, moyens sabordés… Cela me rend triste et très préoccupé. 

La décision du 3 août 2018 par lequel l’exécutif a allongé la liste des emplois à la décision du gouvernement
 (22 postes en tout!) m’a profondément choqué. Il n’y a pas que M. Besson - que je ne connais pas - à Los Angeles. Il y a aussi Québec, Tel Aviv, l’Australie… Ce n’est pas que le Président réserve des postes à ceux qui partagent ses idées qui me gène, ses prédécesseurs faisaient de même, mais aller chercher des diplomates hors du quai d’Orsay est un scandale. Ils ne sont pas du sérail ! J’ai vécu Katrina. Je sais qu’en cas de catastrophe, il faut un chef d’équipe avec de l’expérience, une formation. C’est un métier. Le ministre ne se bat pas pour son ministère. La France a besoin d’un outil en état de marche.

 

Certaines fonctions ne peuvent-elles pas être réorganisées ? 

Réorganiser ? Rien ne fonctionne. Le consulat, c’est la mairie des Français de l’étranger. Je suis pour la dématérialisation mais les nouvelles technologies ne sont pas opérationnelles. La qualité de service dégringole. Sur le terrain malheureusement je ne vois pas d’amélioration. Ces situations m’énervent.  J’aimerais là encore moins de grands discours et plus de moyens. 

 

 

Constatez-vous une perte d’influence de la France aux Etats-Unis ?  

Je ne veux pas dénigrer la France. Les entrepreneurs français aux USA marchent bien, on a des atouts et des compétences. Des usines comme Michelin en Oklahoma avec 2000 salariés aux petites startups et aux artisans, une de mes missions est de les accompagner et les aider. Mais la France n’aide pas particulièrement ! Au contraire, on va vous demander de fermer votre compte bancaire en France ou, si vous voulez avoir une activité de chaque côté de l’Atlantique, vous embêter avec des tracasseries administratives. 

France is back, pour moi, c’est le pendant de Make America great again. L’Amérique a toujours été grande et la France n’est jamais partie des USA. J’étais président de la chambre de Commerce franco-américaine à l’époque de la crise irakienne, on est resté, on s’est battu. 

 

 

Que pensez-vous de l’équipe de France à l’export, cette alliance des chambres de commerce, de Business France, des conseillers du commerce extérieur ? 

J’ai été CCE, j’ai été président pendant 10 ans de la chambre de commerce franco-américaine. Ce centralisme me fatigue. Les chambres de commerce à l’étranger, c’est du 100% privé, local. Il n’y a pas un euro d’aide. Ce n’est pas avec des mégastructures qu’on pourra répondre à des attentes spécifiques. De Paris, on ne peut pas tout savoir. 

On nous dit que les ambassadeurs doivent être nos VRP ? Qu’ils soient dans l’équipe, oui, qu’ils mettent à disposition la résidence, leur influence et des contacts, oui, mais il faudra qu’on m’explique comment l’ambassadeur peut tout faire. 

 

Quelle est votre position sur la réforme constitutionnelle à venir ? 

C’est très démagogique. Il y a une méconnaissance du rôle de chacun, de la légitimité des élus. On dit souvent qu’aux USA il y a seulement 100 sénateurs, mais on oublie qu’ils ont chacun 40 collaborateurs et que dans chaque Etat il y a aussi un capitole. 

Réduire le nombre d’élus ne nous rendra pas plus efficaces. Je ne comprends pas cette attaque du travail parlementaire et trouve dangereux de réduire encore l’influence du parlement. L’élu est au service de ses concitoyens, sa légitimité vient de son travail. Aujourd’hui la démocratie fonctionne à peu près. 

Il faudrait peut-être signer moins de lois et appliquer les décrets ! Foutons la paix aux gens, responsabilisons les parents, les industriels… Je ne suis pas pour un libéralisme débridé mais je voudrais décorseter, ouvrir les fenêtres. C’est en cela que les parlementaires venus d’ailleurs apportent beaucoup, et pas seulement aux 3 millions de Français à l’étranger. 

Marie Pierre Parlange

Marie-Pierre Parlange

Diplômée de l'EM Lyon, de chinois et d’Histoire de l'Art, elle a vécu de nombreuses expatriations, de Milan à Singapour en passant par Istanbul, Casablanca, Pékin ou Bangkok. Elle a rejoint lepetitjournal.com en 2008 et en est la directrice éditoriale.
7 Commentaire (s)Réagir
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ours vaudois ven 12/10/2018 - 16:51

"Bercy bloquera sans doute." C'est un très honnête aveux. Les parlementaires ne gouvernent plus. Notre pays est gouverné par des juges, des journalistes et Bercy.

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kris mer 10/10/2018 - 13:34

1- Tout et son contraire ce perpétuel discours politicard ….au cas il faudra retourner sa veste….pour rester dans le circuit des privilèges. ««…Il faut mettre le paquet sur les grands établissements, les vaisseaux amiraux…..»» et plus loin ««……Ce n’est pas avec des mégastructures qu’on pourra répondre à des attentes spécifiques.»» faut donc savoir ?? 2- Toujours toujours éviter de parler de l’évidence qui fâche : la France est redevenue Royauté avec prébendes et privilèges et donc aucun élu lui-même faisant partie de ces privilégies n’ose en parler et moins encore agir car ce serait contre eux-mêmes. ««…….les annonces de Paris ne s’accompagnent pas de moyens….Effectifs sabordés, moyens sabordés…moins de grands discours et plus de moyens…. comment l’ambassadeur peut-il tout faire……Réduire le nombre d’élus ne nous rendra pas plus efficaces…..»» Ben oui le beurre et l’argent du beurre voilà bien ici la France qui nous dirige !! En France il est impossible de sanctionner une incompétence prouvée par les faits, les chiffres qui indiquent qu’on n’a pas atteint les résultats promis…aux USA pas d’excuse seuls les chiffres comptent, on vire sec de haut en bas quitte á reprendre les meilleurs ensuite … en France on recase les copains avec une promotion de surcroît pour rester copain mais tout ça sur le dos des citoyens qui en crèvent. Aucune mention par ce monsieur de nos 6 M de fonctionnaires…. privilégiés, en particulier les plus hauts fonctionnaires de l’Etat et en particulier ceux évoluant en seigneurs à l’étranger bourrés d’avantages en nature. Or le Français moyen paie et paie toujours mais lui tombe au mieux au chômage et au pire dans les 7 autres M dans la misère ! Savent-ils regarder les chiffres ? Encore et toujours cette technocratie qui n’a jamais dirigé une entreprise qui nous dit comment faire en plein monde capitaliste? Sait-elle comment on fait aux USA justement pour dégager des budgets. Coupes drastiques immédiates dans les points couteux jusqu’à retrouver coute que coute l’équilibre soit souvent le personnel en excès et les frais inhérents. En France on croît s’en sortir á l'inverse comme le veut ce monsieur ou la miss Cazebonne et la Genetet qui tiennent le même discours ! Au lieu de se retrousser les manches, ils veulent ajouter des «moyens» financiers et humains et irrémédiablement dès le départ on est déjà moribond les premiers finançant les seconds et évidemment rien ne reste pour agir. ««…….La France a besoin d’un outil en état de marche…….»» ben oui mais n’importe quelle mécanique si bien construite soit-elle ne peut supporter longtemps des surcharges énormes. Or nous y sommes et ces politicards ne veulent toujours rien faire car sans l’électorat fonctionnaire et celui des protégés sociaux ils ne seraient….. pas élus. Tout le reste n'est que bavardage, un de plus !

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Patrick Brun jeu 18/10/2018 - 13:15

Je suis assez d'accord avec vous. Comme toujours et vous avez raison, il dit: donnez l'argent et vous allez voir ce que vous allez voir...!.......et on ne voit jamais rien bien au contraire. Au lieu de faire les choses dans le bon ordre. 1) le constat des lieux. 2)Quel est l'objectif à atteindre. 3) Est-il possible d'atteindre l'objectif avec nos moyens. 4) Agir. S'il faut faire des économies drastiques pour atteindre l'objectif, il faut prendre les mesures nécessaires quelqu'en soit le prix. Dur mais c'est comme ça. Je vous rejoins encore, ce monsieur semble oublier que l'éducation nationale en est un exemple frappant et......consternant. On ne cesse jamais, année après année d'augmenter les moyens de l'éducation nationale. Les très récentes évaluations sont dramatiques et prouvent à l'évidence que le succès ne dépend pas uniquement des moyens mis en oeuvre. On pourrait même penser le contraire.....! Nos impôts qui ont atteint le chiffre record mondial de 1 000 milliards d'euros qui vont augmenter de 45 milliards en 2018, alors qu'en même temps (pour faire "branché") le déficit de la France augmente ....quant à la dette ......oublions là.! Je pense que ce monsieur et tous les autres seraient mieux inspirés de s'offrir des cours particuliers d'arithmétique. Je gagne 100€ et j'en dépense 150.....j'ai peut-être un souci dans mes dépenses.......sachant que je ne peux pas gagner plus.......parce que 1 000 milliards....ça suffit..!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! M;;;;!

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Jihème jeu 11/10/2018 - 20:22

"Encore et toujours cette technocratie qui n’a jamais dirigé une entreprise qui nous dit comment faire en plein monde capitaliste? " Ah bon ?!... Pourtant ce monsieur est chef d'entreprise aux Etats-Unis depuis plus de 20 ans et a présidé la chambre de commerce franco-américaine. Il faudrait peut-être nuancer et objectiver votre commentaire furibard. Il y a beaucoup de bon sens, résultant d'une longue pratique du terrain et des rapports avec l'administration du pays d'origine, autant qu'avec celle du pays de séjour chez ce monsieur, il me semble.

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kris sam 13/10/2018 - 17:30

Ben oui il a beaucoup de bon sens ce monsieur, comme les autres pour...... parler pour parader pour mousser certes! Mais combien a-t-il investi lui-même de sa poche «sur le terrain US»?? Il n'en dit rien! Quels ont été ses résultats pour lui ?? Rien encore ! le pays d'origine ?? Rien! et celui de séjour ?? Moins que rien! Alors est-ce de business ou politicaillerie ou businesserie á la franchouille parisienne dont on parle ?? Un titre ronflant n'a rien avoir avec un CA et moins encore avec des profits pour soi et ..pour son pays on en est loin ! , Ma «culture» française a été pour moi un capital énorme au USA or j'en vois la décadence de la France á cause d'eux ! Voilá pourquoi je suis furibard Tous ces olibrius qui toujours des le départ «manquent de moyens» le sont par simple manque d'avoir su prendre des risques avec leur argent. La connaissance des USA c'est ça! Ils se disent «sur le terrain» oh oui on en voit plein en souliers vernis dans toutes les ambassades de France surtout en cocktails ou pire en charentaises fonctionnarisées et ne savent pas ce qu'est une paire de bottes. Voilá le terrain dont je parle, ce ne semble pas être le sien et ce n'est certainement pas celui des USA. Ce pleurnichard n'en connait rien ! Désolé.

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